Le premier ministre Mark Carney assure que son gouvernement s’efforce d’élargir l’accès aux marchés pétroliers asiatiques, alors que le Canada est confronté à la perspective de voir le pétrole vénézuélien supplanter le produit canadien sur le marché américain.
De passage à Paris pour des discussions sur l’Ukraine, mardi, M. Carney a été interrogé quant à savoir si la volonté du président américain, Donald Trump, de prendre le contrôle de l’industrie pétrolière vénézuélienne renforçait la nécessité de construire un oléoduc vers la côte nord-ouest de la Colombie-Britannique.
«Nous nous réjouissons des perspectives d’une plus grande prospérité au Venezuela. Mais nous voyons également la compétitivité du pétrole canadien», a mentionné M. Carney en anglais, notant que nous avons au Canada un «produit compétitif».
«Dans ce contexte, avec un oléoduc et des exportations vers l’Asie […] nous diversifierions nos marchés. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons signé un protocole d’accord global avec l’Alberta. Nous allons donc travailler dans ce sens.»
L’administration Trump a choqué le monde samedi lorsqu’elle a capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro lors d’un raid militaire. Depuis plusieurs mois, les États-Unis ont mené des frappes aériennes contre des bateaux vénézuéliens qui, selon Washington, se livraient à la contrebande de drogue.
M. Trump a déclaré ouvertement qu’il prévoyait de prendre le contrôle de l’industrie pétrolière du pays et d’encourager les entreprises américaines à revitaliser le secteur.
Poilievre réclame un oléoduc
De son côté, le chef conservateur Pierre Poilievre a transmis une lettre à M. Carney mardi matin, dans laquelle il lui demande d’approuver rapidement la construction d’un nouveau pipeline vers le Pacifique.
M. Poilievre a écrit dans sa missive que les événements survenus ces derniers jours au Venezuela ont «bouleversé le paysage énergétique mondial».
Il a averti que la production de pétrole brut lourd du Venezuela «pourrait rapidement rebondir pour atteindre des niveaux historiques», ce qui la mettrait en concurrence directe avec le Canada dans les raffineries américaines spécialisées.
«Chaque baril que les États-Unis achètent au Venezuela pourrait signifier un baril de moins en provenance du Canada. Nous avons donc besoin de nouveaux marchés pour vendre notre production, et nous en avons besoin rapidement», a plaidé M. Poilievre.
Le Canada et d’autres démocraties ont condamné le régime de Nicolás Maduro après les élections de 2018 et 2024, considérées comme truquées, et après des années de violations des droits de la personne.
M. Poilievre a écrit que le Canada avait eu raison de refuser de reconnaître un «régime illégitime» et a dit soutenir le droit du peuple vénézuélien à choisir son propre avenir démocratique.
Carney rassurant
À Paris, M. Carney a souligné qu’un Venezuela «fonctionnel et non corrompu» produisant plus de pétrole serait bénéfique pour la population du pays et la stabilité dans l’hémisphère occidental.
Il s’est montré confiant quant à la capacité du pétrole canadien à rester compétitif, puisque ce dernier représente une option à «faible risque», selon lui.
«Des progrès considérables ont été réalisés en matière de réduction des coûts et de faible teneur en carbone, ce que permettra le projet de captage du carbone Nouvelles voies», a fait valoir le premier ministre.
Le protocole d’accord signé par Ottawa avec le gouvernement de l’Alberta à la fin de l’année dernière lie le projet d’oléoduc côtier au projet de captage du carbone proposé par l’Alliance Nouvelles voies. Les responsables gouvernementaux ont souligné que les deux projets devaient être réalisés conjointement.
Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde, avec environ 303 milliards de barils, soit environ 17 % de toutes les réserves mondiales de pétrole.
L’industrie pétrolière vénézuélienne est en mauvais état après des années de négligence et de sanctions internationales. Selon les analystes, il faudrait des années et des investissements importants pour augmenter considérablement la production, mais certains experts estiment que le pays pourrait doubler ou tripler assez rapidement sa production actuelle, qui est d’environ 1,1 million de barils par jour.
L’Alberta aussi
M. Poilievre a noté que M. Carney n’a pas clairement exprimé son soutien à la construction d’un oléoduc vers la côte de la Colombie-Britannique et que de nombreux députés libéraux s’opposent à cette idée.
L’accord conclu entre Ottawa et l’Alberta stipule que l’oléoduc serait construit et financé par le secteur privé, tandis que les communautés autochtones bénéficieraient d’avantages et d’une copropriété.
L’accord mentionne également qu’une demande formelle pour le projet sera prête à être soumise au Bureau des grands projets — un organisme créé par le gouvernement de M. Carney au début de son mandat afin d’accélérer le processus d’approbation des grands projets d’infrastructure — d’ici le 1er juillet.
Dans sa lettre, M. Poilievre a écrit que les conservateurs demandent au gouvernement libéral de s’engager à approuver cette proposition dans un délai de 60 jours.
Lundi, la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a écrit sur les réseaux sociaux que les événements au Venezuela «soulignent l’importance d’accélérer le développement des pipelines afin de diversifier nos marchés d’exportation de pétrole», y compris un oléoduc vers la côte.
Elle a ajouté que sa province travaille sur la demande qu’elle enverra au Bureau des grands projets et qu’elle «s’attend à ce que le gouvernement fédéral agisse de toute urgence».


