Le processus inhabituellement court visant à remplacer la flotte vieillissante de sous-marins du Canada touche vraisemblablement à sa fin.
L’appel d’offres pour la construction de la prochaine flotte de sous-marins semblait porter sur tout sauf sur les navires eux-mêmes — même si les deux modèles en lice sont, à certains égards, très différents.
À aucun moment au cours de cet appel d’offres qui a duré deux ans, le gouvernement fédéral n’a réellement évoqué les capacités des sous-marins. La marine a clairement indiqué très tôt que l’un ou l’autre des modèles ferait très bien l’affaire.
Comme le prochain sommet de l’OTAN se tiendra en juillet, le gouvernement fédéral devrait annoncer son choix du constructeur dans les prochains jours.
Le Canada souhaite acquérir jusqu’à 12 nouveaux sous-marins pour sa marine, une commande importante dont la valeur est estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Deux entreprises sont en lice : la sud-coréenne Hanwha Oceans et l’allemande TKMS. Toutes deux se livrent une lutte acharnée pour remporter le contrat depuis que leurs noms ont été annoncés en août 2025.
Hanwha a lancé une campagne publicitaire massive, inondant les aéroports canadiens d’affiches et envahissant la télévision hertzienne et les plateformes de diffusion en continu pour mettre en avant son KSS-III.
Même son concurrent — un leader du marché européen chargé de fournir la plupart des sous-marins conventionnels de l’OTAN — a remarqué ces publicités apparues aussi loin des côtes que Winnipeg et Calgary.
«C’est complètement fou, franchement», observe Oliver Burkhard, PDG de TKMS. Nous ne sommes pas habitués à cela.»
Ses concurrents habituels — les constructeurs français, espagnols, italiens, britanniques et suédois — ne font pas cela, a-t-il ajouté.
Les appels d’offres se concentrent généralement sur les capacités réelles des sous-marins, et les arguments de vente s’adressent directement aux gouvernements — et non au grand public.
«C’est inhabituel. Qu’ils essaient donc, lance M. Burkhard. S’ils réussissent, ils pourront peut-être affirmer qu’il s’agissait d’une stratégie de grande envergure et qu’ils ont remporté le marché grâce à leur campagne publicitaire. S’ils ne l’emportent pas, ce sera alors le plus populaire qui aura perdu… le perdant le plus populaire.»
Mais Hanwha n’est pas un concurrent comme les autres. Bien que cette entreprise n’ait jamais exporté de sous-marins auparavant, elle met en avant son immense chantier naval et a proposé à Ottawa un calendrier de livraison effréné.
Hanwha affirme que ces publicités s’inscrivent dans une stratégie à long terme. C’est une marque très connue en Corée, mais elle n’est pas encore reconnue dans des pays comme le Canada en tant que fournisseur de premier plan dans le domaine de la défense, souligne son PDG canadien, Glenn Copeland.
«Il s’agit de la notoriété de la marque et de faire comprendre nos capacités. Comme les gens l’ont compris, nous sommes une entreprise assez puissante», fait-il valoir.
Des observateurs impressionnés
Si les détails des offres restent confidentiels, la dimension publique de la campagne coréenne a impressionné certains observateurs.
«La Corée a mis le paquet pour remporter ce marché, constate Paul Mitchell, professeur d’études de défense au Collège des Forces canadiennes. D’une certaine manière, la victoire leur est acquise, à moins qu’ils ne la laissent filer.»
Dès le début, Hanwha a proposé un calendrier de livraison ambitieux: quatre navires mis à l’eau d’ici 2035, puis un navire par an. Les Allemands ont dû reviser leur propre calendrier pour accélérer les livraisons en fin de processus.
«Les atouts du navire allemand par rapport au navire coréen sont plus difficiles à quantifier : l’interopérabilité, l’agencement du navire lui-même, et j’ajouterais le facteur linguistique. On a affaire à des marines qui maîtrisent extrêmement bien l’anglais, dit le Pr Mitchell. Et la langue va constituer un véritable enjeu majeur.»
La plupart des experts estiment que la course est serrée.
Il est difficile de prédire la fin de la course. Personne ne le sait vraiment, car Ottawa garde le secret le plus total sur ce dossier.
Le comportement du gouvernement fédéral au cours des deux dernières années a également été quelque peu inhabituel. Il a modifié les règles et les procédures habituelles afin d’accélérer ce qui est probablement le plus gros marché militaire de l’histoire du Canada, l’avançant de plusieurs années.
Ottawa a pris la décision surprise de repousser la date limite de dépôt des offres ce printemps. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a déclaré publiquement qu’elle espérait que les soumissionnaires incluraient dans leurs dossiers une proposition visant à ouvrir une nouvelle usine automobile au Canada afin de venir en aide au secteur automobile en difficulté.
Cela a donné lieu à une offre supplémentaire de la part de Hanwha : une éventuelle coentreprise pour la construction de véhicules militaires.
Ceux qui suivent de près les achats militaires n’ont pas été totalement surpris.
«Je dirais que c’est tout à fait dans la norme pour le Canada, honnêtement», dit le Pr Mitchell.
Le gouvernement fédéral souhaite remplacer ses sous-marins vieillissants de la classe Victoria au cours de la prochaine décennie.
Dans le cadre de projets d’acquisition d’une telle envergure, les retombées économiques occupent souvent le devant de la scène.
«Il s’agit d’une acquisition de capacités assez inhabituelle, en partie parce que sa valeur est très importante, commente Darren Hawco, un officier de marine à la retraite qui travaille désormais chez Deloitte. De nombreux marchés portant sur des capacités militaires sont d’une valeur modeste. Ce marché est différent en raison de son ampleur, de ses retombées sur le plan stratégique et de son potentiel économique pour le Canada dans son ensemble.»
Le vice-amiral à la retraite Mark Norman se dit «vraiment impressionné» par les deux soumissionnaires.
«Les Coréens se sont montrés extrêmement dynamiques et ont pris les devants sur la scène publique. Ils ont communiqué ouvertement, non seulement en concluant des accords, mais aussi en expliquant la nature de ces accords, raconte-t-il. Les Allemands ont eux aussi travaillé d’arrache-pied, mais davantage en coulisses.»
Il ajoute qu’il n’est pas convaincu qu’une des deux entreprises dispose d’un avantage clair, car la décision d’Ottawa dépendra de la manière dont elle évaluera la valeur des retombées économiques et des partenariats stratégiques proposés. Se contenter de comparer publiquement les capacités ne suffit pas à un constructeur de sous-marins.
«La différence entre une Toyota Camry et une Honda Accord réside essentiellement dans les préférences de l’acheteur, a déclaré M. Norman. Elles font toutes les deux essentiellement la même chose. Elles ont toutes les deux la même configuration, c’est fondamentalement le même produit. Elles sont simplement présentées différemment et offrent leurs performances de manière légèrement différente et nuancée.»
Le prochain sommet de l’OTAN doit se tenir le 7 juillet à Ankara, en Turquie.

