QUÉBEC — Le chef libéral Pablo Rodriguez assure qu’il reste en poste et qu’il peut encore gagner les prochaines élections, alors que les appels à sa démission se multiplient.
«J'ai été élu par les militants parce qu'ils savent que j'ai l'expérience pour battre la CAQ et battre le Parti québécois (...) Je ne vais nulle part», a-t-il affirmé en mêlée de presse, jeudi, en marge du caucus de son parti.
Or, la pression s’accentue sur le chef. L’ancien député libéral Raymond Bernier recueille des signatures d’anciens élus pour une lettre qui demande carrément la démission de Pablo Rodriguez.
«Je respecte Pablo, sauf que dans les circonstances si on veut avancer, être capable de se recruter des gens, être capable d'avoir des bénévoles, être capable d'avoir des cartes de membre et des candidats, bien on n'a pas le choix», a-t-il affirmé en entrevue avec La Presse Canadienne jeudi.
M. Bernier indique avoir obtenu pour l’instant une dizaine de signatures, dont celles de Jean D’Amour, Lucie Charlebois, Margaret Delisle, Richard Merlini, Stéphane Billette et Pierre Giguère.
Il assure ne pas être l’instigateur de la lettre et dit ne pas savoir qui est derrière cette initiative. Raymond Bernier ajoute que d’autres personnes récoltent des signatures en ce moment.
Dans la missive, on écrit que Pablo Rodriguez «a plongé le Parti dans un marasme qui nuit au recrutement des candidats, découragé les membres qui étaient pourtant très mobilisés durant la course à la direction et retarde la conception de plateforme. L’élan inspiré par l’arrivée d’un nouveau chef a fondu comme neige au soleil et ce qui devait nous galvaniser a fini par nous diviser».
«Dans ce contexte et parce que nous avons l’intérêt du Québec à cœur, nous croyons qu’il serait dans l’intérêt du PLQ que Pablo Rodriguez démissionne sans délai», ajoute-t-on.
Mercredi, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a déclenché une «enquête criminelle» sur le Parti libéral du Québec (PLQ). La nouvelle a eu l’effet d’une bombe.
Depuis, plusieurs ex-élus du PLQ se sont exprimés dans différents médias pour demander le départ du chef ou pour qu’il réfléchisse à son avenir.
«Les dés sont jetés»
Selon l’ancienne ministre libérale Christine St-Pierre, l’enquête de l’UPAC est la goutte qui a fait déborder le vase.
«Ça vient plomber son leadership (...) C’est à lui de prendre la décision, mais je l'invite à réfléchir sérieusement aux intérêts supérieurs du parti», a-t-elle soutenu.
En entrevue avec La Presse Canadienne plus tôt jeudi, l’ex-ministre libéral Serge Simard a demandé le départ de Pablo Rodriguez.
«Les dés sont jetés. Le mal est fait. Donc, à partir de ce moment-là, si on veut mettre ça derrière le parti – un parti qui a quand même fait énormément pour le Québec, il faut le dire – il faut qu'on arrête ça là et puis qu'on remplace le chef. On n'a pas le choix, on est rendu là», a-t-il affirmé.
M. Simard a appuyé Charles Milliard dans la chefferie. Il l’invite à se relancer dans la course si le chef libéral devait partir. «J'avais confiance en Charles. J'ai encore confiance. S'il décide de le faire, bien, ça sera parfait», a-t-il dit jeudi.
«La situation dans laquelle le parti se trouve est extrêmement préoccupante. Je pense que M. Rodriguez, dans ce contexte, doit certainement se poser de bonnes questions», a affirmé l’ancien adversaire de Pablo Rodriguez dans la chefferie, Karl Blackburn, à RDI mercredi.
M. Blackburn n’a d’ailleurs pas fermé la porte à remplacer Pablo Rodriguez s’il décidait de quitter. «Il est clair que s’il y a six mois je pensais pouvoir devenir le chef du PLQ et le premier ministre du Québec, six mois plus tard, je le pense encore», a-t-il ajouté.
«C’est un fait de la vie»
Dans les dernières semaines, plusieurs nouvelles troublantes sont sorties dans les médias concernant la course à la chefferie de Pablo Rodriguez.
La semaine dernière, le chef libéral a exclu la députée de Chomedey, Sona Lakhoyan Olivier, du caucus en raison d’une enquête de la commissaire à l’éthique portant sur l’utilisation des ressources de son bureau de comté pour la course à la chefferie.
Le mois dernier, le «Journal de Montréal» a révélé des textos suggérant que des membres qui appuyaient Pablo Rodriguez lors de la course à la direction auraient eu des récompenses en argent. Les personnes à l’origine de ces messages ne sont toutefois pas nommées dans l’article.
La station de radio Cogeco a ensuite affirmé que les deux personnes derrière ces mystérieux textos étaient la députée libérale Sona Lakhoyan Olivier ainsi que la députée caquiste Alice Abou-Khalil. Les deux élues ont démenti et ont envoyé des mises en demeure à Cogeco.
Mme Lakhoyan Olivier a assuré qu’elle n’avait rien à se reprocher.
Le député libéral Marc Tanguay a défendu le maintien en poste de son chef malgré l’enquête de l’UPAC. «Le chef bénéficie de l'appui du caucus. C’est un fait de la vie qu'un chef n'est pas exclu de façon temporaire», a-t-il expliqué.
«On est terriblement blessés»
Au caucus jeudi, les mines des élus étaient basses.
«Ce sont des moments extrêmement difficiles. Chaque jour, on apprend des nouvelles. Je tiens à rappeler que je n'étais pas dans la course d'aucun candidat», a dit le député libéral, Monsef Derraji, sans réaffirmer clairement son appui à son chef.
Le député libéral Enrico Ciccone a dit que ses électeurs commençaient à lui parler de la situation de son parti.
«On vit une situation qui n'est pas facile aujourd'hui. On est terriblement blessés. On travaille tellement fort pour nos gens dans nos comtés. Ce qu'on veut savoir, c'est toute la vérité», a-t-il soutenu.
Le chef parlementaire, André Fortin, a redonné son appui à Pablo Rodriguez. «Moi, j'ai pleinement confiance dans l'intégrité de M. Rodriguez. Les enquêtes sont là pour avoir tous les faits. Moi, je veux qu'on se rende au bout des faits.»
«Je suis capable d'aller à la guerre avec lui. Il n'y a rien de mal qui a été fait durant la campagne», a affirmé la députée Linda Caron.
Thomas Laberge, La Presse Canadienne

