En marge d’une annonce au chantier Davie lundi, le premier ministre Mark Carney a admis qu’il n’était pas surpris des nouvelles menaces tarifaires de Donald Trump.
«Cette réplique est révélatrice. Nous avons appris que les Américains veulent détruire nos grandes industries», a-t-il déclaré lors de la période des questions, évoquant les secteurs de l’automobile, de l’acier et de l’aluminium.
«C’est l’une des grandes raisons pour lesquelles nous avons dit non. C’était un bad deal», a insisté M. Carney.
Il a poursuivi en qualifiant de «surprenante» la volonté américaine de nuire au partenariat automobile nord-américain; le plus efficace du monde dans ce secteur au monde selon lui.
«C’est quoi le message aux travailleurs du Michigan, de l’Ohio, du Kentucky, de l’Alabama, qui dépendent absolument de leur plus grand consommateur au monde, le Canada?», s’est-il demandé.
Lorsque - et si - un accord sera conclu entre le Canada et les États-Unis, M. Carney a souligné qu’il s’agirait d’une entente «entre deux pays souverains», «équitable» et «efficace», qui favoriserait les travailleurs canadiens et américains.
Couper l’électricité aux Américains?
Questionné à savoir si, comme le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, l’a suggéré, il envisageait de cesser d’acheminer de l’électricité à nos voisins du Sud, Mark Carney a mentionné qu’il ne s’agissait pas de sa stratégie pour le moment.
«Nous mettons l’accent sur bâtir un Québec, un Canada, fort. On cherche des partenaires fiables à travers le monde. On les trouve partout dans le monde... sauf aux États-Unis et en Russie», a-t-il lancé.
«Si c’est nécessaire de faire d’autres choses... on verra. Mais on commence avec des initiatives positives.»
De son côté, Christine Fréchette a avancé que le Québec et le Canada se trouvaient aujourd’hui dans un nouveau paradigme. «Il faut d’abord et avant tout reposer le plus possible sur nos propres ressources, nos propres talents, en même temps de développer de nouvelles alliances. En matière de représailles, nous allons regarder ce qui est possible d’adopter comme mesures», a-t-elle révélé, précisant ne rien exclure.
Le premier ministre canadien a aussi balayé du revers de la main les propos de son homologue américain sur la dépendance du Canada au commerce américain et sur le fait que les États-Unis n’ont pas besoin du Canada.
«Oh, non, non. Ce n’est pas vrai. Nous sommes des fournisseurs d’énergie, de matériaux critiques, de produits clés dans les chaînes d’approvisionnement des automobiles et d’autres secteurs.»
— Mark Carney, premier ministre du Canada
La culture québécoise, un irritant pour les États-Unis?
Samedi, Mark Carney a nommé les raisons qui ont empêché la signature d’un accord commercial avec les États-Unis. Du nombre, on retrouvait selon lui les concessions demandées sur la protection de la langue française et la culture québécoise.
«Pour les Américains, les questions sur la langue française, la culture québécoise, la culture canadienne, ce sont des irritants. Non. Ici, au Québec, au Canada, ce sont des droits. Des droits fondamentaux», a martelé le premier ministre.
Nouvelle escalade
Vendredi dernier, M. Carney a suspendu les négociations commerciales avec les États-Unis, de sorte que les droits de douane de 50 % sur des produits canadiens représentant 28 milliards $ sont bel et bien entrés en vigueur samedi.
M. Carney a confirmé que le Canada imposera des droits de douane de rétorsion sur des produits américains à compter du 8 septembre. Plus de détails sur ces droits de douane doivent être dévoilés au cours des prochains jours.
Lundi, le président Donald Trump a répliqué avec une salve frontale contre l’économie canadienne, en menaçant de porter à 50% les tarifs sur les automobiles et l’acier provenant du Canada à partir de janvier 2027.
«Ils se croient tout permis, et pourtant, NOUS N’AVONS PAS BESOIN DU CANADA, C’EST EUX QUI ONT BESOIN DE NOUS !», a-t-il écrit sur Truth Social.
Dans sa tirade, le président accuse le Canada «d’avoir arnaqué» son pays pendant des années. Il donne en exemple les «tarifs canadiens ridiculement hauts» visant les fermiers américains, qui auraient mené à un déficit de 60 milliards $ entre les deux pays selon lui.
«Le Canada ne sera plus traité comme un État ! Que ce soit sur le plan commercial ou à d’autres égards, c’est l’une des pires nations dans le monde avec qui négocier», poursuit-il, ajoutant que 95% du commerce canadien est fait avec les États-Unis, ce qui est «l’inverse» pour son pays.
