Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a réagi à la menace du président américain Donald Trump d’augmenter les droits de douane sur les voitures et les camions l’année prochaine, en lui répondant qu’il pouvait «aller se faire voir».
Dans un message publié lundi matin sur sa plateforme Truth Social, Trump a déclaré qu’il augmenterait les droits de douane sur «toutes les voitures, tous les camions, petits et grands, les pièces automobiles et l’acier» pour les porter à 50% à compter du jour de l’An.
Ce texte est la traduction d’un article de CTV News.
Cette déclaration est intervenue trois jours après que le Canada s’est retiré des négociations commerciales, avant l’expiration du délai fixé par les États-Unis pour augmenter les droits de douane sur divers produits canadiens.
S’exprimant peu après la publication du message de Trump dans l’émission The Morning Rush with Bill Carroll sur la station Newstalk 580 CFRA d’Ottawa, M. Ford a lancé: «Nous allons lui mettre la pression à fond, et nous achetons 400 % de voitures de plus que n’importe qui d’autre dans le monde.»
Cette déclaration constituait une réaction immédiate après qu’on venait de lui informer lors de l’émission de la publication de Donald Trump sur les réseaux sociaux.
Le premier ministre ontarien a également suggéré de rallier à notre cause la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, «afin que les voitures qu’ils fabriquent ne puissent pas faire le plein, car nous contrôlerons l’approvisionnement en pétrole et en gaz à destination de cette région».
«Peut-être devrions-nous lui facturer le triple pour le pétrole, le triple pour la potasse, pour l’uranium, pour nos métaux et nos terres rares», a-t-il proposé lundi matin.
«Il faut lui sortir le grand jeu. Il est arrogant. Il est prétentieux, et vous savez, comme l’a dit Ronald Reagan, si vous faites match nul avec un tyran, qu’est-ce qui empêchera ce tyran de s’en prendre à vous le lendemain, et le surlendemain ? Et c’est exactement ce qu’est Donald Trump : un tyran. Il va avoir un réveil brutal», a-t-il ajouté.
Le premier ministre Mark Carney a annoncé en fin de semaine que le Canada imposerait des droits de douane «à hauteur de chaque dollar» aux États-Unis en réponse aux nouveaux droits de douane américains, ces mesures de rétorsion entrant en vigueur le 8 septembre.
Le Canada devrait se préparer à réduire ses exportations d’électricité, selon Ford
Doug Ford en a remis un peu plus tard lundi en soutenant que Ronald Reagan aurait «vomi» face aux politiques commerciales du président Donald Trump et a menacé de couper l’approvisionnement en électricité et en minéraux critiques aux États-Unis alors que M. Trump intensifiait la guerre commerciale.
En entrevue avec l’Associated Press, M. Ford a indiqué que M. Trump avait sous-estimé la volonté des Canadiens d’endurer des difficultés économiques plutôt que de céder à la pression américaine.
«Il sous-estime le Canada. Nous sommes tous prêts à nous battre, a mentionné M. Ford. Ici, l’ambiance est à son comble, tout le monde est prêt pour une guerre économique. Les gens savent qu’ils vont devoir faire des sacrifices.»
M. Ford a affirmé que M. Trump avait «déclaré la guerre, une guerre économique contre son ami et allié le plus proche», avant d’évoquer M. Reagan, dont M. Ford avait précédemment mis en avant l’opposition aux droits de douane dans une campagne publicitaire télévisée destinée aux Américains.
Le premier ministre ontarien a fait remarquer que M. Trump conservait un portrait de M. Reagan près de son bureau.
«Il serait en train de vomir sur lui depuis son portrait s’il savait ce qui se passe. Il se retournerait dans sa tombe en ce moment même, a déclaré M. Ford. Il devrait peut-être retirer ce portrait du mur et le déplacer ailleurs. Car à l’heure actuelle, Ronald Reagan serait dégoûté par le président Trump.»
M. Ford a avancé que «tout était sur la table» si le conflit s’aggravait, y compris la coupure de l’approvisionnement en électricité et en minéraux stratégiques en provenance de l’Ontario.
Il a également appelé le Canada à envisager d’utiliser le pétrole et la potasse comme moyens de pression.
«Je leur couperai l’approvisionnement, a soutenu M. Ford à propos des minéraux stratégiques. Vous n’obtiendrez pas un grain de sable de l’Ontario.»
Les minéraux stratégiques revêtent une importance croissante pour la sécurité nationale et l’industrie manufacturière américaines.
Le Pentagone cherche à sécuriser davantage ses approvisionnements en minéraux utilisés dans les avions militaires, les missiles, les munitions et l’électronique, alors que Washington tente de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, qui domine l’exploitation minière ou le traitement de plusieurs minéraux d’importance stratégique.
M. Ford a notamment cité le nickel à haute teneur expédié vers les États-Unis et l’uranium raffiné en Ontario.
Le premier ministre Ford a ajouté que le Canada devrait envisager des mesures de rétorsion de plus en plus sévères si Donald Trump continuait à cibler les industries canadiennes, notamment celles du pétrole et de la potasse, tandis que l’Ontario pourrait augmenter les prix de l’électricité ou cesser d’exporter de l’électricité vers le sud.
«Nous alimentons 1,5 million de foyers et d’entreprises, a rappelé M. Ford. Toutes les options sont sur la table. Je ferai tout ce qu’il faudra.»
Si M. Trump continue à tenter de démanteler l’industrie manufacturière canadienne, a martelé M. Ford, «il ferait mieux d’avoir un paquet de piles».
La question de l’industrie automobile
Doug Ford a accusé M. Trump de ne pas chercher simplement à obtenir un meilleur accord commercial, mais de vouloir vider de leur substance les industries canadiennes et délocaliser la production vers le sud.
Il a affirmé que M. Trump voulait faire du Canada un État vassal.
Le secteur automobile revêt une importance particulière pour l’Ontario, qui est le cœur de l’industrie canadienne de la construction automobile.
M. Ford a également révélé qu’il s’était opposé à l’accord préliminaire que M. Carney envisageait avant que le Canada se retire des négociations.
M. Ford a expliqué qu’il n’était pas disposé à réintroduire les alcools américains dans les rayons des magasins ontariens dans le cadre d’un accord et qu’il était prêt à rompre publiquement avec l’accord proposé.
Le premier ministre ontarien a expliqué qu’il comprenait que Washington avait cherché, à un stade avancé des négociations, à inclure une disposition qui aurait limité la capacité du Canada à négocier des accords commerciaux avec d’autres pays sans l’accord des États-Unis.
M. Carney a qualifié cette exigence d’inacceptable et l’a présentée comme une question de souveraineté canadienne.
«Pour qui se prend-il?, a lancé M. Ford à propos de Donald Trump. Il se moque de nous.»
Pourtant, malgré une rhétorique de plus en plus hostile, M. Ford a estimé que le Canada devait rester disposé à négocier.
«Je ne crois jamais qu’il faille quitter la table des négociations, a précisé M. Ford. Continuons à négocier et voyons où cela nous mène.»

