Maëlyne Lugez ne se serait pas enlevé la vie. Le coroner Luc Malouin conclut plutôt que l’adolescente de 13 ans est morte accidentellement par noyade après avoir vraisemblablement subi un malaise dans un boisé de Lévis, tout en adressant plusieurs critiques au Service de police de la Ville de Lévis (SPVL) pour la façon dont les recherches ont été menées.
Le corps de Maëlyne avait été retrouvé le 7 novembre 2024, environ 24 heures après sa disparition de l’École secondaire de l’Horizon, le visage partiellement submergé dans un ruisseau situé à moins d’un kilomètre de l’établissement.
Un premier rapport du coroner avait conclu à un suicide, notamment dans un contexte où l’adolescente avait récemment été hospitalisée en pédopsychiatrie et présentait des idées suicidaires sans plan précis.
Mais à la suite d’une enquête publique, le coroner Luc Malouin arrive à une conclusion toute autre.
«Je suis convaincu que Maëlyne n’a pas posé un geste visant à mettre fin à ses jours», écrit-il dans un nouveau rapport publié lundi. Il conclut plutôt à un «évènement accidentel et malheureux».
La «vision tunnel» de la police
Au-delà des circonstances du décès, le rapport se montre critique envers le travail du SPVL. Le coroner estime notamment que les policiers ont trop fortement orienté leurs recherches en fonction du profil suicidaire de Maëlyne.
Or, elle correspondait également à un autre profil prévu dans les guides policiers: celui d’une enfant âgée de 13 à 15 ans.
Dans un tel cas, les recommandations ne sont pas de relâcher la pression, comme cela peut parfois être fait auprès d’une personne suicidaire, mais plutôt «d’inonder les secteurs isolés de ressources mobiles».
«En oubliant ce deuxième profil, les officiers du SPVL ont orienté leur travail d’une seule façon», écrit Me Malouin.
Il reconnaît toutefois que le SPVL est habitué à traiter des fugues de jeunes. Le jour de la disparition de Maëlyne, le corps policier en gérait cinq autres et, selon un haut gradé du service, environ 95 % des fugueurs sont habituellement retrouvés rapidement dans un rayon de 300 mètres ou grâce à la géolocalisation de leur téléphone.
Cette fois, aucune de ces méthodes n’a fonctionné.
Des recherches suspendues trop tôt
Les recherches terrestres ont été interrompues vers 21 h 15 le soir de la disparition, notamment en raison de la noirceur et de la fatigue des policiers. Elles n’ont repris que le lendemain matin.
Le coroner souligne cependant que le guide de pratique du SPVL prévoyait d’étendre les recherches dans les boisés, sentiers et endroits isolés jusqu’à un rayon minimal d’un kilomètre.
Or, tous ces secteurs n’avaient pas été vérifiés lorsque les recherches ont été suspendues.
Maëlyne a finalement été retrouvée à moins d’un kilomètre de l’école.
Un malaise avant la noyade
Selon le scénario retenu par le coroner, Maëlyne voulait vraisemblablement s’isoler dans un endroit calme. Elle aimait marcher en forêt et avait notamment éteint son téléphone cellulaire.
Des analyses ont révélé un taux élevé de bêta-hydroxybutyrate dans son sang, un élément qui pouvait altérer son état de conscience. Le bêta-hydroxybutyrate est fabriqué par le foie à partir des graisses lorsque l’organisme manque de glucose – en cas de jeûne prolongé, par exemple.
L’hypothermie aurait également pu contribuer à une détérioration de son état. Si la journée du 6 novembre avait été relativement clémente, le mercure est descendu sous les 10 °C vers 18 h, puis sous les 5 °C à compter de 22 h. Le coroner estime que Maëlyne est vraisemblablement décédée tard dans la soirée du 6 novembre ou au début de la nuit suivante.
Le coroner croit que Maëlyne aurait subi un malaise pendant qu’elle marchait dans le boisé. Elle aurait laissé son sac à dos, retiré ses chaussures, puis se serait affaissée avant de ramper jusqu’au ruisseau, où elle aurait perdu connaissance et se serait noyée.
Le pathologiste a expliqué qu’une noyade volontaire en maintenant sa tête sous l’eau demeure possible, mais qu’elle nécessiterait «une grande force physique et beaucoup de détermination».
«Je ne crois pas que Maëlyne avait la force physique et cette détermination», tranche le coroner.
«On ne peut reprocher à la SQ de ne pas être intervenue»
Le rapport tranche également un différend entre le SPVL et la Sûreté du Québec (SQ) sur la responsabilité de l’arrêt des recherches.
Selon le coroner, aucune véritable demande d’assistance n’avait été adressée à la SQ le soir du 6 novembre. Le SPVL avait plutôt demandé de l’information et des conseils.
«On ne peut reprocher à la SQ de ne pas être intervenue» alors qu’elle avait été informée que les recherches étaient suspendues, écrit le coroner, qui va plus loin. «Le SPVL est l’unique responsable de cette décision.»
Le rapport précise toutefois que rien ne permet d’affirmer que Maëlyne aurait survécu si les recherches avaient été menées autrement. Le coroner insiste d’ailleurs sur la bonne foi et le dévouement des policiers impliqués.
Deux recommandations
Au terme de son enquête, Me Malouin recommande au SPVL de mettre à jour les connaissances de son personnel en matière de recherches terrestres et d’application des guides de pratiques policières.
Il recommande également à la Sûreté du Québec de mieux faire connaître aux autres corps policiers les ressources spécialisées qu’elle peut mettre à leur disposition, notamment celles de sa Division des mesures d’urgence.

