Le procès de Serge Audette, accusé du meurtre de Patricia Ferguson en 1996 à Pointe-aux-Trembles, a repris lundi au palais de justice de Montréal.
L’identité du premier témoin appelé à la barre ne peut être dévoilée en vertu d’une interdiction de publication ordonnée par le tribunal.
Ce témoin est toutefois un élément clé dans l’arrestation d’Audette en 2023.
Des aveux, une arrestation
Le témoin a affirmé avoir fait la connaissance de Serge Audette au tournant des années 2000 à l’Établissement de La Macaza, un pénitencier fédéral à sécurité moyenne situé dans les Laurentides.
Les deux hommes se seraient liés d’amitié en raison d’intérêts communs.
Le témoin a raconté qu’Audette lui a toutefois menti sur les raisons de son incarcération – affirmant qu’il était détenu pour vol – avant de finalement avouer qu’il était en prison parce qu’il avait violé des femmes.
Selon le témoignage de l’homme, Audette et lui finiront par se recroiser à l’Établissement Archambault, un pénitencier fédéral situé à Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Laurentides, en 2021-2022.
C’est lors de cette deuxième rencontre qu’Audette aurait commencé à parler du cas de 1996 [la disparition de Patricia Ferguson] en mentionnant au témoin que les crimes majeurs étaient «sur lui».
Selon le témoin, Audette lui aurait alors raconté qu’il avait échangé des stupéfiants à Patricia Ferguson contre des faveurs sexuelles et que l’échange aurait mal tourné.
«Il n’y avait pas de preuve en 96, il n’y en a pas plus aujourd’hui. De toute façon, ils ne la retrouveront pas [Patricia Ferguson]», aurait affirmé Serge Audette, en pleurs, à son ami détenu.

Serge Audette sera libéré en octobre 2022 et le témoin le mois suivant.
L’homme affirme alors avoir été contacté par des enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) concernant la disparition de Patricia Ferguson.
S’il refuse dans un premier temps de collaborer avec la police, il finira par accepter, chose qu’il affirme regretter aujourd’hui. Le témoin a souligné que ce n’était pas dans ses habitudes de donner des informations à la police et qu’il avait eu des mauvaises expériences à la suite de cette collaboration, dont des menaces.
Le témoignage de la fille de Patricia Ferguson l’aura toutefois poussé à accepter d’aider la police.
«Quand j’ai entendu la petite fille qui a pensé que sa mère l’avait abandonné, c’est venu me chercher. C’est la seule raison pourquoi j’ai décidé de m’embarquer là-dedans», a-t-il confié devant le tribunal.
Le témoin acceptera de rencontrer Serge Audette à plusieurs reprises, notamment au restaurant, au centre d’achat et à l’appartement de l’accusé. Il a également dit à la Cour qu’il lui parlera aussi plusieurs fois au téléphone.
«Quand j’ai entendu la petite fille qui a pensé que sa mère l’avait abandonnée, c’est venu me chercher. C’est la seule raison pourquoi j’ai décidé de m’embarquer là-dedans.»
Chacun des rendez-vous sera enregistré par la police qui souhaite que le témoin fasse parler l’accusé. Le témoin affirme toutefois avoir fait ses démarches avec un certain malaise.
«C’était mon ami pareil Serge Audette. J’ai trahi quelqu’un. Je n’ai jamais pensé qu’il aurait des accusations après», a-t-il affirmé jusqu’à maintenant.
Le témoin est incarcéré à l’heure actuelle en lien avec une affaire d’introduction par effraction.
Le procès
Audette a comparu pour l’homicide involontaire de Patricia Ferguson en juin 2023.
Aujourd’hui âgé de 72 ans, il a tenté de mettre fin aux procédures judiciaires intentées contre lui en réclamant un arrêt des procédures pour «abus de pouvoir de l’État». Sa requête a été rejetée.
Le procès de Serge Audette s’est donc ouvert lundi dernier avec le témoignage de Sabrina Ferguson, la fille de Patricia.
Aujourd’hui âgée de 30 ans, Sabrina Ferguson a été adoptée par ses grandes tantes alors que sa mère était disparue depuis plusieurs années.
Pendant de longues années, Sabrina ignorera ce qui est arrivé à sa mère. C’est en 2020 qu’une détective privée entrera en contact avec elle et lui soumettra l’hypothèse qu’il était arrivé quelque chose de grave à Patricia Ferguson en 1996.
Sabrina a appris au cours du documentaire L’appartement 5 que sa mère a vraisemblablement été victime d’un acte criminel.
Une disparition «passée sous silence»
Patricia Ferguson a disparu le 6 juin 1996. À l’époque, personne n’avait entendu parler de la disparition de cette jeune femme de 23 ans passée sous le radar des médias à Montréal.
Le dossier de Patricia Ferguson prendra une autre tournure en 2022 alors que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) réactive le dossier, et ce, à la suite d’informations recueillies dans le cadre d’une enquête de la journaliste de Noovo Info Marie-Christine Bergeron et de Maryse Saint-Germain, détective privée de l’organisme Meurtres et disparitions irrésolues du Québec (MDIQ).
Leurs découvertes ont été mises en lumière dans la série documentaire L’appartement 5, présentée sur Crave.
On y apprend au fil de l’enquête qu’un homme aurait accompagné Patricia Ferguson quelques instants avant sa disparition, mais qu’il refusait de communiquer des informations à ce sujet. Cet homme était Serge Audette.
Audette a un lourd passé criminel ayant notamment été déclaré délinquant dangereux en lien avec plusieurs agressions sexuelles commises notamment dans les années 1980 et 1990.
Avec des informations d’Audrey Bonaque, Marie-Christine Bergeron et de Marika Simard pour Noovo Info.
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