Le verdict est tombé dans le procès civil de Gilbert Rozon, qui était accusé par neuf plaignantes d’agression sexuelle, qui se sont fait connaître sous le nom de «Courageuses».
L’ex-magnat de l’humour âgé de 70 ans devra verser un montant de plus de 880 000 $ à huit des neuf demanderesses.
Rozon était poursuivi pour un total de près de 14 millions $ en dommages-intérêts à la suite d’allégations d’agression sexuelle et d’inconduite.
Tour à tour, des demanderesses et leurs avocats ont pris la parole lors d’une conférence de presse qui a eu lieu peu après l’annonce du verdict.
«Aujourd’hui, pour moi, le mot justice a enfin trouvé un sens. Ma voix, nos voix, qui s’étaient perdues dans les longs corridors du palais du même nom, ont enfin brisé le mur du silence. Aujourd’hui, nous sommes debout. Debout contre les mythes et préjugés, debout contre les mensonges éhontés, debout contre l’arrogance et le mépris. Debout, et nous ne baisserons plus jamais la tête.»
— Annick Charrette, Courageuse
Une autre Courageuse, Martine Roy, a qualifié la journée de mardi de «grand jour» pour elle... qui la ramenait néanmoins à un moment de sa vie «qu’elle n’avait pas choisi».
«Pendant longtemps, comme tant d’autres, j’ai porté cela en moi. Gagner ce procès, ce n’est pas effacer ce qui s’est passé. Mais c’est d’enfin voir cette vérité reconnue. C’est reprendre un pouvoir qui m’avait été enlevé. C’est transformer une blessure en force», a témoigné Mme Roy.
«Aujourd’hui, la honte a changé de camp», a lancé quant à elle Patrica Tulasne.
L’un des avocats des Courageuses, Me Bruce Johnson, a parlé d’une victoire pour l’«accès à la justice» et «pour toutes les victimes».
«Gilbert Rozon, c’est un prédateur sexuel, un menteur […] C’est une grande victoire non seulement pour les huit plaignantes qui ont eu gain de cause, mais pour les autres victimes de Gilbert Rozon.»
— Me Bruce Johnson, avocat des Courageuses
Me Johnson a ajouté que ce jugement représentait un signal pour la société que le «comportement exhibé par [Gilbert Rozon] pendant des décennies n’est plus tolérable». «C’est fini, ce temps-là de l’impunité pour des gestes comme ce prédateur a commis», a-t-il ajouté.
Neuf femmes — Patricia Tulasne, Lyne Charlebois, Anne-Marie Charrette, Annick Charrette, Sophie Moreau, Danie Frenette, Guylaine Courcelles, Marylena Sicari et Martine Roy — avaient intenté des poursuites contre M. Rozon pour des faits reprochés qui se seraient produits entre 1980 et 2004, période durant laquelle il a fondé Juste pour rire.
Seule l’action de Marylena Sicari a été rejetée par la juge Chantal Tremblay dans son jugement, alors que chacune des autres demanderesses aura droit à des dommages-intérêts compensatoires ou punitifs.
Pas une question d’argent
Lors de la période de questions, alors que les Courageuses étaient questionnées à savoir si elles étaient déçues du montant de loin inférieur à la somme de 14 millions $ qui était demandée, Lyne Charlebois a nié l’idée avec véhémence.
Celle-ci a souligné que le 14 millions $ en question avait été régulièrement été abordé dans la médiatisation du procès et que cela avait pu ternir l’image de la démarche des Courageuses.
«Tout le long, on s’est fait achaler avec ce 14 millions $, comme si on faisait ça pour l’argent, alors qu’on a été refusées au pénal [...] Ça n’a pas de prix, ce qu’on vit. Il n’y a rien qui va venir nous consoler», a-t-elle affirmé.
«Entre “vol” et “viol”, il y a une petite voyelle, seulement, de différence. Et on est jugées comme si on était des voleuses [...] Est-ce qu’on est déçues d’avoir seulement 85 000 $ au lieu de 1,8 million $? Je ne suis pas déçue, je trouve ça risible. J’espère juste que ça ne découragera pas les autres femmes à dénoncer.»
Questionné sur un autre sujet, Me Johnson a choisi de rebondir sur cet enjeu. «Combien est assez pour me donner la vie que je n’ai pas eue? 1 million $, ça ne serait pas assez, en réalité», a-t-il soutenu.
Sa collègue Anne-Julie Asselin s’est néanmoins dite satisfaite de l’ampleur des montants qui seront accordés à huit des neuf demanderesses.
«Les montants octroyés aux victimes de violence sexuelle sont de plus en plus représentatifs du tort causé à ces personnes. La juge reconnaît que les dommages accordés par le passé traduisaient souvent mal l’ampleur réelle du préjudice réel subi par les victimes», a-t-elle commenté.
Tout au long de cette saga judiciaire, Gilbert Rozon a justement nié les allégations et affirmé que les femmes avaient formé une coalition contre lui dans le but de s’enrichir.
Un autre chapitre qui se clôt
La semaine dernière, la poursuite en diffamation intentée par Gilbert Rozon contre Julie Snyder et Pénélope McQuade avait aussi pris fin, alors que les deux camps avaient annoncé la fin des procédures.
McQuade et Snyder avaient dénoncé publiquement Rozon dans le cadre d’une émission en septembre 2020, racontant des détails de leurs agressions sexuelles. Ce dernier avait répliqué en intentant une poursuite en diffamation contre les animatrices, leur réclamant 450 000 $.
Gilbert Rozon a quitté Juste pour rire en 2017 et a ensuite vendu l’entreprise.
Avec de l’information de La Presse canadienne
