Guy Turcotte a dévoilé mardi des faits qui n’étaient jusqu’ici pas connus du public, selon la mère des victimes de l’ex-cardiologue, soit leurs enfants Anne-Sophie et Olivier.
Pendant l’audience de son ex-conjoint devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC), Isabelle Gaston a posé «un gros morceau» dans le casse-tête de la tragique nuit du 20 au 21 février 2009.
«Je me vois en train de mourir, […] donc je vais les amener avec moi»: ces mots sont presque extraits «textuellement» de l’évaluation psychiatrique du dernier procès de Turcotte en 2015, rappelle son ex-conjointe.
Mais dans une entrevue exclusive accordée à Noovo Info, Isabelle Gaston affirme qu’elle retient maintenant une nouvelle «vérité» sur la séquence qui a coûté la vie à ses enfants.
Isabelle insiste sur comment, devant la CLCC, Turcotte a dit qu’il était cardiologue, et savait donc quelle incision il aurait pu faire pour que meure son garçon Olivier, qui avait 5 ans.
Isabelle Gaston paraphrase les mots prononcés par Turcotte, à qui la CLCC a refusé une permission de sorties avec escorte pour visiter ses parents.
«Quand j’ai donné un coup, j’ai vu que ça lui faisait mal, donc je me suis dépêché à en donner plein d’autres pour alléger leur souffrance», cite-t-elle, en attendant d’obtenir les enregistrements de la commission. Pour la mère, «c’est comme d’essayer de tricoter une raison qui est complètement insensée».
«La vérité prend du temps»
Il aura donc fallu du temps, mais la vérité continue donc de «transcender», selon Isabelle Gaston, 17 ans après le double meurtre survenu à Piedmont et qui a choqué le Québec – d’abord «pour Olivier et Anne-Sophie», quoique la vérité «fait du bien» à la mère des victimes.
Elle affirme avoir été victime de violence verbale au fil des années, dans une affaire pour laquelle deux procès ont eu lieu avant la condamnation du médecin à la prison à perpétuité. «Je suis aimée [de la majorité des gens], mais vous savez, c’est toujours le 1% ou 2% sur 5 ou 6 millions… Même s’ils sont peu nombreux, ça laisse quand même des traces.»
Selon Isabelle Gaston, Turcotte a caché, voire tordu des bouts de la vérité sur l’hiver 2009. «Les bouts qui ne font pas son affaire, il y avait tendance à ne pas s’en souvenir», avance-t-elle.
«Dans sa détresse, quand il dit […] qu’il se voyait mort, qu’il n’y avait pas d’autre alternative, il a quand même descendu les escaliers, pris un couteau, l’a aiguisé, puis remonté en haut, fait un enfant, puis un autre…», se souvient la mère d’Olivier et Anne-Sophie.
Guy Turcotte, la ligne du temps | Il a été reconnu coupable en 2015 de meurtres au deuxième degré pour avoir poignardé à plusieurs dizaines de reprises, en 2009, son fils Olivier, âgé de 5 ans, et sa fille Anne-Sophie, âgée de 3 ans. Le drame a eu lieu dans la maison familiale à Piedmont, trois semaines après la séparation de Guy Turcotte et de sa femme à l’époque. Turcotte a été condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans. Turcotte avait initialement été déclaré non responsable criminellement des meurtres, en 2011, mais ce verdict a été infirmé en appel.
Du soulagement, mais pas de victoire
C’est donc avec un grand «soulagement» qu’Isabelle Gaston accueille la décision de la CLCC.
«Moi je vois quelqu’un qui lit des livres, à qui on enseigne des propos et des principes, et qui les répète», a-t-elle dit à sa sortie de l’audience, lors de laquelle elle était assise derrière Turcotte. «Je trouvais ses réponses vagues et superficielles. Je suis tellement soulagée que les commissaires aient vu clair.»
Si elle se positionne en faveur d’une réhabilitation pour les délinquants, dont Guy Turcotte, Isabelle Gaston n’est pas convaincue à ce stade que son ex-conjoint a fait tout le nécessaire pour mériter une sortie.
«C’est ce que j’ai aimé des commissaires: ils n’ont pas évacué toute la violence qu’Olivier et Anne-Sophie ont vécue» de la part d’un père qui devrait être «aimant et protecteur», dit leur mère, qui se garde toutefois de parler d’une victoire personnelle.
«Je ne considère pas que j’ai gagné quelque chose» dans le revers essuyé par Turcotte pour visiter sa famille, nous dit Isabelle Gaston. «Ses parents, ils peuvent se rendre à la prison, ils peuvent quand même visiter leur fils ou ils peuvent le voir en Zoom.»
«Savez-vous combien je donnerais pour voir mes enfants ne serait-ce que 15 secondes en Zoom?»
— Isabelle Gaston, ex-conjointe de Guy Turcotte
Anne-Sophie aurait 20 ans aujourd’hui. Olivier, 22 ans. «Je donnerais ma vie pour les revoir», dit Isabelle Gaston. Il faut donc «arrêter de voir ça comme si elle a gagné», selon l’ex-conjointe de Turcotte.
«Non, ce qu’on a gagné, dans le fin fond, c’est qu’il doit rester à la place où il doit demeurer tant qu’il n’a pas rempli ses conditions, soit de reconnaître pleinement et entièrement tout ce qu’il a commis, autant dans les procédures judiciaires que lors de [cette soirée-là]», croit Isabelle Gaston. «Quand ça va arriver, ben là, on pourra dire qu’il a fait du chemin et qu’il a droit à une réhabilitation.»
Avril 2028, l’horizon de libération conditionnelle
Ce droit, Guy Turcotte ne l’a pas acquis mardi à Sainte-Anne-des-Plaines devant la CLCC, mais il peut continuer à demander des permissions de sortie jusqu’en avril 2028, date à laquelle il pourra demander la libération conditionnelle.
«Un jour, je me dis que ça va sûrement arriver», concède Isabelle Gaston, qui a confiance en le système judiciaire. «À ce moment-là, ça sera parce qu’il a avancé dans son processus de reconnaissance de ce qu’il a fait – pas parce qu’il répète par cœur des paroles qui viennent de livres ou de ce que son thérapeute a dit.»
Le devoir de «mémoire» d’Isabelle Gaston
D’ici là, Isabelle Gaston, «facilement émerveillée» et aujourd’hui mère d’un fils qui s’appelle Xavier, se donne la «job» d’être «la mémoire de ce qu’il se passe» et de lutter contre l’accumulation de ses «blessures de guerre».
«Mon devoir de maman, c’est de faire en sorte que cette personne-là, elle ne passe pas à travers les mailles du filet», affirme-t-elle
«Je suis capable de reconnaître qu’il y a du beau dans la vie», continue la mère d’Anne-Sophie et Olivier. «Mais quand je suis toute seule et que les portes sont fermées, des fois, je la trouve difficile, la vie.»
Comme «toutes les victimes», Isabelle Gaston se trouve obligée de «porter ce poids».
Avec de l’information de Lili Mercure et de Jennifer Gravel pour Noovo Info, ainsi que de l’information de La Presse canadienne.
Précision
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