Guy Turcotte s’est vu refuser mardi devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) sa demande de sortie de prison temporaire sous escorte. Il désirait pouvoir rendre visite à ses parents.
Après avoir étudié le dossier, les commissaires ont jugé que la sortie n’était pas souhaitable à ce stade de sa détention considérant notamment la gravité des gestes posés, et malgré ses efforts de réhabilitation.
«La CLCC retient que vous avez commis le pire des crimes en prenant la vie de vos enfants que vous deviez chérir et protéger.»
Si le dossier de Guy Turcotte présentait une absence de risque pour la société et une structure de plan de sortie réaliste, et que ce dernier a un comportement en prison ne justifiant pas un refus, c’est le critère sur le bien-fondé de la sortie qui a mené au refus des commissaires.
«Le caractère souhaitable de la sortie n’est pas suffisamment établi. Une réinsertion sociale doit avoir un rythme qui tient compte de tous les éléments, notamment des victimes», a-t-on expliqué, en présence d’Isabelle Gaston, l’ex-conjointe de Guy Turcotte et mère des victimes.
Remords «sincères»
Les commissaires ont tout de même précisé qu’ils jugeaient «sincères» les remords de Guy Turcotte et qu’il était clair que l’ex-cardiologue était engagé dans un processus de changement, entre autres sur le plan de la gestion des émotions.
«Il faut faire la différence entre reconnaître que vous avez progressé et jugé que ce bénéfice soit suffisant à rendre la sortie souhaitable.»
— La CLCC au sujet de Guy Turcotte
Turcotte dit avoir «travaillé» sur la gestion de ses émotions
C’est la première fois que Guy Turcotte présentait une demande de sortie avec escorte.
L’homme de 54 ans est apparu le crâne rasé devant la CLCC. Il a écouté le témoignage d’une victime et de son agent correctionnel. On l’a vu verser quelques larmes à certains moments.
Lors qu’il a été questionné sur la difficulté qu’il a à gérer ses émotions, le meurtrier a indiqué à la CLCC avoir «travaillé l’expression de sa colère et de sa tristesse» en assurant et «devoir continuer à le faire.»
«Je ne pourrai jamais m’excuser assez du tord que j’ai causé», a-t-il dit.
L’ex-conjointe de Turcotte présente à l’audience
Isabelle Gaston, mère des victimes, se trouvait derrière lui lors de l’audience.
L’ex-conjointe de Turcotte a d’ailleurs fait une déclaration devant les commissaires l’exhortant «d’assumer sa pleine responsabilité» et de «reconnaître le tort irréparable causé à Olivier, Anne-Sophie, moi et d’autres».
«Lorsque mon garçon et ma fille sont décédés en 2009, une bonne partie de qui j’étais est aussi morte. Ma famille n’a plus jamais été la même. Il manquera toujours deux belles personnes.»
— Isabelle Gaston, mère d’Olivier et Anne-Sophie Turcotte
Guy Turcotte a écouté le témoignage la tête baissée. On l’a vu pleurer à certains moments.
L’audience a été suivie par de nombreux observateurs, en présentiel et en visioconférence, dont des victimes des gestes de l’ex-cardiologue, des proches de Turcotte ainsi que des représentants des médias et de la CLCC.
L’agent correctionnel responsable du dossier de Guy Turcotte a plaidé en faveur de l’octroi d’une sortie de prison temporaire sous escorte. Son avocat également.
Celui qui représentait l’ex-médecin était d’avis que le dossier de Guy Turcotte présente tous les points nécessaires à l’obtention d’une telle permission. «Je vous soumets respectueusement qu’il remplit tous les critères de la permission de sortie avec escorte», a-t-il plaidé.
Coupable de meurtres
Guy Turcotte a été reconnu coupable en 2015 de meurtres au deuxième degré pour avoir poignardé à plusieurs dizaines de reprises, en 2009, son fils Olivier, âgé de cinq ans, et sa fille Anne-Sophie, âgée de trois ans.
Le drame a eu lieu dans la maison familiale à Piedmont, trois semaines après la séparation de Guy Turcotte et de sa femme de l’époque. Turcotte a été condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans.
Le calcul de sa peine lui permettra de soumettre une demande de libération conditionnelle complète à partir d’avril 2028.
Turcotte avait initialement été déclaré non responsable criminellement des meurtres, en 2011, mais ce verdict a été infirmé en appel.
Comment fonctionnent les permissions de sorties ?
La CLCC décrit les permissions de sortir avec escorte (PSAE) comme «une forme de libération conditionnelle qui permet au délinquant de quitter l’établissement pour une période limitée» [...] accompagné d’un membre du personnel du Service correctionnel du Canada (SCC) ou d’un bénévole communautaire autorisé.»
Guy Turcotte est incarcéré dans un établissement à sécurité minimale depuis 2024.
Si la CLCC accepte «le principe d’un programme de sorties [...] elle délègue généralement le pouvoir d’autoriser chaque sortie individuelle subséquente au directeur de l’établissement de détention», indique-t-on sur le site de la Commission.
Avec la collaboration de Julien Denis, Noovo Info

