Les audiences concernant l’action collective visant le pasteur Claude Guillot, accusé d’abus physiques et psychologiques, entrent cette semaine dans leur dernière étape au palais de justice de Québec.
Après avoir entendu lundi avant-midi l’expertise du Dr Michel Gil, expert en psychiatrie, sur l’évaluation des plaignants, Marc Levasseur et Jonathan Seanosky, la partie demanderesse a amorcé ses plaidoiries.
L’avocat représentant les demandeurs a remis en lumière certains passages des témoignages d’anciens étudiants de l’école la Bonne Semence de Victoriaville – opérée par l’Église baptiste évangélique de Victoriaville et géré par Claude Guillot – où il a été question d’agressions physiques et psychologiques violentes.
Il a notamment été question de corrections utilisant une palette de bois, de privation d’eau et de nourriture, d’humiliation et de menaces.
«Ce n’est pas une simple correction. Nous devons tout faire comme société pour que ce type de gestes ne se reproduisent plus», a-t-il notamment mentionné.
L’avocat des demandeurs a dépeint Claude Guillot comme un homme violent, manipulateur et contrôlant qui s’appuyait sur la religion pour justifier ces façons de faire.
L’avocat a répété à plusieurs reprises que le pasteur Guillot semblait prendre plaisir à faire du mal aux enfants.
La partie demanderesse demande au tribunal de reconnaître la responsabilité de Guillot dans cette affaire.
«Encore aujourd’hui, quand on entend Guillot témoigner, on n’entend aucun remords. Il se dit encore aujourd’hui être une victime», a souligné l’avocat.
Mardi, l’avocate de Claude Guillot a tenté de minimiser les intentions du pasteur vis-à-vis les jeunes dont il avait la responsabilité et pour lequel il a été accusé au criminel pour des sévices physiques et psychologiques.
Dans sa plaidoirie de plusieurs heures, Me Sophie Noël a répété qu’elle ne croyait pas que Claude Guillot «voulait blesser ou traumatiser à long terme les personnes qu’il avait comme étudiants à l’école La Bonne Semence de Victoriaville».
Procès au civil
L’action collective visant Claude Guillot, qui a mené à l’ouverture d’un procès le 17 novembre dernier, a été autorisée en 2021 par la Cour d’appel du Québec.
Marc Levasseur et Jonathan Seanosky poursuivent Claude Guillot au civil lui reprochant des années d’abus physiques et psychologiques.
Ils reprochent aussi à trois organisations baptistes - l’Église évangélique baptiste de Québec-Est, l’Église baptise évangélique de Victoriaville et l’Association d’Églises baptistes évangéliques au Québec - d’avoir été complices des actes du pasteur.
Les procédures judiciaires ont été intentées au nom de deux groupes, soit «toutes personnes ou successions de personnes décédées qui ont été victimes d’abus physiques ou psychologiques de la part de Claude Guillot entre 1982 et 1984, alors qu’elles étaient mineures et fréquentaient l’école La Bonne Semence» et «toutes personnes ou successions de personnes décédées qui ont été victimes d’abus physiques ou psychologiques ou de harcèlement sexuel de la part de Claude Guillot entre 2000 et 2015, alors qu’elles étaient mineures et fréquentaient l’école clandestine tenue par Guillot».
Marc Levasseur et Jonathan Seanosky réclament chacun une somme totale de 2 M$ pour compenser, entre autres, «la douleur, la souffrance, l’angoisse, la honte et l’humiliation» subies aux mains de Claude Guillot ainsi que pour les frais de thérapie passés et futurs et pour la gravité de l’atteinte intentionnelle à leur dignité et à l’intégrité physique et psychologique de leur personne, et ce, «dans le contexte de l’abus de pouvoir et de confiance qui accompagnait les agressions répétées dont ils ont été victimes».
Témoignant dans les dernières semaines dans le cadre de l’action collective, Claude Guillot a nié avoir brutalisé des enfants qualifiant de «mensonge» et «d’invention» les témoignages entendus.
Coupable au criminel
Arrêté en 2015, Claude Guillot, aujourd’hui âgé de 75 ans, a été reconnu coupable de 18 chefs d’accusation, dont voies de fait, séquestration et harcèlement infligé à cinq enfants, à l’issue de son procès criminel en avril 2022. Il a été condamné à huit ans de prison en décembre de la même année.
Lors du procès, il a notamment été question de châtiments avec des palettes en bois, de coups de poing et de coups de pied, de privation d’eau et de nourriture, de séquestration et d’absence de soins de santé.
La première demande de libération conditionnelle de Claude Guillot a été rejetée en septembre dernier.
«Vous avez affirmé à l’audience que vous avez bien agi et que vous agiriez à nouveau ainsi, si c’était à refaire. Bref, votre acharnement criminel témoigne d’une indifférence à l’égard de votre comportement violent et des répercussions sur les victimes», avaient écrit les commissaires au moment de rejeter sa demande en ajoutant : «Vous ne présentez ni remords ni empathie et vous vous déresponsabilisez complètement de vos gestes et de leurs conséquences.»
Avec des informations de Caroline Dumont pour Noovo Info

