🗳️ Élections de mi-mandat aux États-Unis

Trahison politique, guerre commerciale: il faudra suivre la course dans le Michigan

Publié le 

Mike Rogers, candidat républicain au Sénat du Michigan (à droite), et la représentante Haley Stevens, démocrate du Michigan, assistent à un service religieux à l’église Perfecting Church, le dimanche 1er novembre 2026, à Detroit. Photo AP Mike Rogers, candidat républicain au Sénat du Michigan (à droite), et la représentante Haley Stevens, démocrate du Michigan, assistent à un service religieux à l’église Perfecting Church, le dimanche 1er novembre 2026, à Detroit. Photo AP (Jose Juarez)

Michelle Taylor a poussé un cri de surprise et a secoué la tête, incrédule.

Devant une église où elle attendait d’entendre le démocrate Abdul El-Sayed s’exprimer dimanche, cette habitante de longue date de Detroit a assisté à une fracture inimaginable au sein de son parti, dans une élection qui pourrait déterminer qui détiendra le pouvoir au Capitole.

L’ancienne adversaire de M. El-Sayed lors des primaires du Sénat américain, Haley Stevens, a offert son soutien au républicain Mike Rogers, à moins de 48 heures des élections de mi-mandat de mardi.

«Qu’elle agisse ainsi, c’est vraiment une claque au visage des démocrates», a soutenu Mme Taylor après avoir pris connaissance du message publié par Mme Stevens sur les réseaux sociaux quelques minutes plus tôt.

Mme Stevens a rapidement été critiquée par les démocrates du Michigan et d’ailleurs aux États-Unis après ce changement de cap en faveur du candidat soutenu par le président Donald Trump.

Ce qui arrivera à Trump en cas de défaite aux élections de mi-mandat Les élections de mi-mandat qui auront lieu le 3 novembre prochain aux États-Unis pourraient être déterminantes pour la suite de la présidence de Donald Trump.

On ignore quel impact le soutien de Mme Stevens pourrait avoir sur l’issue de cette élection très suivie, dont le résultat pourrait déterminer si les démocrates parviendront à freiner l’usage excessif que fait M. Trump de son pouvoir exécutif jusqu’à la fin de son mandat.

Les sondages indiquent que les démocrates sont favoris à la Chambre des représentants, où un gain net de trois sièges leur donnerait la majorité. L’avenir du Sénat est moins clair, certains sondages laissant entrevoir un gain net de quatre sièges pour les démocrates.

La guerre commerciale, un enjeu

Le siège du Michigan est crucial pour que les démocrates obtiennent la majorité au Sénat. Dans cet État, la guerre commerciale menée par M. Trump contre le Canada est devenue un enjeu électoral.

Les économies du Michigan et du Canada sont intégrées depuis longtemps et les droits de douane imposés par M. Trump ont eu un impact important sur l’État. L’industrie automobile des deux côtés de la frontière est confrontée à des droits de douane de 25 % sur les véhicules assemblés au Canada – que M. Trump a menacé de porter à 50 % l’année prochaine.

La Chambre régionale de Detroit a prévenu à plusieurs reprises que cette bataille tarifaire causait des difficultés économiques des deux côtés de la frontière. De nombreux sondages ont montré que la plupart des habitants du Michigan – quelle que soit leur affiliation politique – désapprouvent l’offensive tarifaire de M. Trump contre le Canada.

La décision du président de retarder l’ouverture du pont international Gordie-Howe a également été un sujet très médiatisé de la campagne – tout comme la baisse du nombre de visiteurs canadiens provoquée par la rhétorique anti-Canada de M. Trump.

Les retombées négatives de la guerre commerciale ont été suffisamment graves pour que M. Rogers, le candidat républicain, prenne ses distances avec M. Trump. Dans une publicité diffusée le mois dernier, on pouvait le voir boire une bière Labatt’s et dire aux électeurs: «Le Canada n’est pas notre ennemi.»

M. El-Sayed, le candidat démocrate, affirme depuis longtemps que la guerre commerciale avec le Canada est absurde.

Les deux candidats ont passé des semaines à publier des publicités de campagne virulentes critiquant l’autre.

Selon Christopher Sands, directeur du Centre d’études canadiennes de l’Université Johns Hopkins, M. El-Sayed a été victime d’une stratégie d’«altérisation» – M. Rogers ayant tenté de le lier à ses parents étrangers et à ses propos controversés passés.

M. El-Sayed, quant à lui, a condamné les liens de M. Rogers avec le monde des affaires et son bilan législatif. Il l’a associé aux politiques impopulaires de M. Trump, notamment sa guerre commerciale contre le Canada.

Un candidat qui «répond à tous les critères»

Le Michigan, considéré comme un État clé, a historiquement offert son appui aux démocrates, qui sont associés aux mouvements syndicaux. Or, M. Trump a réussi à remporter cet État en 2024, en progressant dans des régions inattendues, notamment celles comptant une importante population arabo-américaine.

Chris Vitale, un partisan de longue date de M. Trump, se dit «prudemment optimiste» quant aux chances de M. Rogers de l’emporter.

«Beaucoup d’événements de ces derniers jours n’ont fait que jouer en faveur de Mike», a souligné M. Vitale, qui est conseiller municipal à Saint Clair Shores. «Cet optimisme est donc peut-être même un peu plus grand.»

M. Vitale, qui a déjà travaillé dans le secteur automobile, voit l’intérêt de certains droits de douane instaurés par le président. Il se montre en revanche plus réticent quant aux droits de douane visant le Canada.

«(L’administration Trump) devrait comprendre que le Canada est différent», a plaidé M. Vitale, qui souhaiterait que le président concentre plutôt ses efforts sur des pays comme le Mexique et la Chine.

Malgré les tensions commerciales qui rendent les républicains du Michigan plus méfiants, M. Vitale a déclaré qu’ils souhaitaient tout de même envoyer quelqu’un de «normal» au Sénat. À son avis, M. Rogers «répond à tous les critères».

Donald Trump «extrêmement impopulaire»: quel sera l’impact des élections de mi-mandat aux États-Unis? Donald Trump essuiera-t-il un dur revers lors des élections de mi-mandat? Le 3 novembre approche à grands pas et la cote du président américain est en chute libre.

L’union fait la force

Pendant ce temps, dans le centre-ville de Detroit, Kenneth Ware préparait une campagne de mobilisation électorale pour les démocrates du Michigan.

À son avis, il est important que les gens s’unissent pour s’assurer que la bonne personne obtienne le poste – et, pour lui, c’est M. El-Sayed.

Il y a eu beaucoup d’agitation parmi les démocrates au cours des derniers jours, mais M. Ware compare la situation à un marathon. Selon lui, c’est maintenant que les démocrates doivent se mobiliser pour s’assurer que la course aille jusqu’au bout.

«Je crois que notre position est plus forte lorsque nous sommes tous unis», a-t-il fait valoir.

Avec des informations de l’Associated Press

Kelly Geraldine Malone

Kelly Geraldine Malone

Journaliste