Une journaliste libanaise a été tuée mercredi lors d’une frappe aérienne israélienne sur une maison du sud du Liban où elle s’était réfugiée alors qu’elle couvrait la guerre entre Israël et le Hezbollah. Son corps n’a pu être repêché des décombres que plusieurs heures plus tard, ont indiqué les secouristes.
Le quotidien Al-Akhbar indique que sa reporter Amal Khalil a été tuée dans le village d’al-Tiri, dans le sud du pays.
Mme Khalil couvrait le conflit au Liban entre Israël et le groupe militant libanais du Hezbollah, qui a repris début mars, dans le sillage de la guerre américano-israélienne en Iran. Elle s’était réfugiée dans une maison d’al-Tiri après qu’une frappe aérienne israélienne avait touché la voiture dans laquelle elle se trouvait avec une autre collègue.
Le ministère libanais de la Santé a affirmé que la première frappe avait tué deux personnes. Une deuxième frappe israélienne a ensuite touché la maison d’al-Tiri où Mme Khalil et sa collègue Zeinab Faraj s’étaient réfugiées.
Dans un premier temps, les secouristes ont pu atteindre Mme Faraj, qui était gravement blessée, et récupérer les corps des deux personnes tuées lors de la première frappe aérienne. Mais ils ont essuyé des tirs des forces israéliennes et ont donc été contraints d’interrompre leurs tentatives pour se rendre à Mme Khalil, a indiqué le ministère.
La journaliste est restée sous les décombres pendant des heures avant que l’armée libanaise, la défense civile et la Croix-Rouge libanaise ne parviennent à se rendre sur les lieux quelques heures plus tard. Son corps a été récupéré peu avant minuit, au moins six heures après la frappe.
L’armée israélienne a déclaré que des individus du village avaient violé le cessez-le-feu, mettant ainsi ses troupes en danger. Israël a nié avoir pris pour cible des journalistes ou avoir empêché les équipes de secours d’atteindre la zone. L’État hébreu a indiqué que l’incident faisait l’objet d’une enquête.
«Tuer des journalistes est un crime et une violation flagrante du droit international et humanitaire», a déclaré le ministre libanais de l’Information, Paul Morcos.
La mort de Mme Khalil survient à la veille du deuxième cycle de pourparlers directs entre responsables israéliens et libanais à Washington sur la prolongation du cessez-le-feu entré en vigueur vendredi dernier.
Originaire du sud du Liban, Mme Khalil couvrait la région depuis 2006 pour le journal Al-Akhbar. Son dernier reportage portait sur les démolitions par Israël de maisons libanaises dans des villages où les troupes israéliennes sont désormais positionnées à l’intérieur du Liban.
Sa mort porte à neuf le nombre de journalistes tués au Liban depuis le début de l’année. Au moins 2300 personnes ont été tuées lors de frappes israéliennes et plus d’un million ont été déplacées depuis le début de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars.
Plus tôt mercredi, Reporters sans frontières a appelé à une pression internationale sur l’armée israélienne pour qu’elle autorise le sauvetage de Mme Khalil. Le Comité pour la protection des journalistes a exprimé son «indignation» face au fait que les deux journalistes aient apparemment été pris pour cible et a averti que l’entrave aux efforts de sauvetage «pourrait constituer un crime de guerre».
Le président libanais Joseph Aoun a demandé à la Croix-Rouge libanaise de se coordonner avec l’armée libanaise et les forces de maintien de la paix de l’ONU «pour mener à bien l’opération de sauvetage» aussi rapidement que possible.
Fin mars, une frappe aérienne israélienne sur le sud du Liban a tué trois journalistes qui couvraient la guerre. La chaîne Al-Manar, du Hezbollah, a annoncé que son correspondant de longue date, Ali Shoeib, avait été tué. L’armée israélienne a affirmé avoir pris pour cible M. Shoeib, l’accusant d’être un agent des services de renseignement du Hezbollah, sans fournir de preuves.
La journaliste Fatima Ftouni, qui travaillait pour la chaîne Al-Mayadeen TV établie à Beyrouth, a également été tuée lors de cette même frappe, aux côtés de son frère Mohammed Ftouni, vidéojournaliste.
Quelques jours plus tôt, une frappe aérienne israélienne sur un appartement du centre de Beyrouth avait tué Mohammed Sherri, responsable des programmes politiques de la chaîne Al-Manar du Hezbollah, ainsi que son épouse.
