Conflit au Moyen-Orient

Des partisans du Hezbollah prêts à «sacrifier» leurs fils pour combattre Israël

«Il me défendait, ainsi que tout le sud et tout le Liban.»

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Assem Abdallah réagit en entrant dans l'appartement de son ami, détruit lors d'une frappe aérienne israélienne à Kfar Roumman, dans le sud du Liban, le vendredi 17 avril 2026, à la suite d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. Assem Abdallah réagit en entrant dans l'appartement de son ami, détruit lors d'une frappe aérienne israélienne à Kfar Roumman, dans le sud du Liban, le vendredi 17 avril 2026, à la suite d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah. (Hassan Ammar)

Charif Badreddine a vu son fils cadet pour la dernière fois il y a six semaines, avant qu’il rejoigne le front contre Israël. Alors qu’il l’enterre mardi avec 13 autres combattants du Hezbollah pro-iranien, il assure être prêt à de nouveaux sacrifices.

Dans le village de Kfarsir, à près de 15 kilomètres de la frontière avec Israël dans le sud du Liban, les rues étroites sont couvertes de gravats et il ne reste de certains bâtiments que des murs fissurés et des portes disloquées.

Notable du village, Charif Badreddine, 67 ans, fait partie de quelques habitants qui ont refusé de quitter leur localité pendant le conflit de plus de six semaines.

À la faveur de la trêve de 10 jours qui doit expirer dimanche, plusieurs familles sont rentrées momentanément pour prendre part aux funérailles collectives de 14 combattants du village, tués dans des frappes israéliennes ou sur le front.

Dans la maison de Charif Badreddine, des visiteurs lui présentent leurs condoléances avant le cortègre funèbre de son fils, mort au combat à l’aube de ses trente ans, laissant deux enfants dont un nourrisson.

Les traits tirés, son père confie à l’AFP avoir tenté, en vain, de le dissuader de se rendre au front. Mais «il m’a rendu fier en tombant en martyr sur les premières lignes (…) Il me défendait, ainsi que tout le sud et tout le Liban», dit-il.

«Fière de lui»

«Ces jeunes (…) ont forcé les Israéliens à se replier et les ont empêchés d’atteindre leurs objectifs», ajoute-t-il.

Pour lui, comme pour d’autres habitants du village, Israël est «un État agresseur et injuste».

Perdre son second fils, le seul qu’il lui reste avec trois filles, serait insoutenable, dit-il, mais s’il choisissait le combat, «je relèverais la tête grâce à lui, lui aussi».

Des habitants attendent sur la place le début des funérailles collectives organisées par le Hezbollah, qui a imposé des restrictions aux journalistes.

Des portraits de «martyrs» du mouvement islamiste, dont deux secouristes qui lui sont affiliés, tués lors d’une frappe israélienne, sont accrochés aux façades de bâtiments et sur la place.

Trump avance qu’il y aura un cessez-le-feu de 10 jours entre Israël et le Liban Donald Trump a annoncé jeudi qu’Israël et le Liban s’étaient mis d’accord sur un cessez-le-feu de dix jours incluant le Hezbollah pro-iranien et que les dirigeants des deux pays se rencontreraient prochainement à la Maison-Blanche.

Des cercueils enveloppés de drapeaux jaunes du mouvement arrivent à bord d’un camion. Des femmes vêtues de noir les aspergent de fleurs et de riz en lançant des youyous tandis que d’autres pleurent.

Soutenue par d’autres femmes qui la serrent dans leurs bras, Amena al-Chami attend l’arrivée du cercueil de son fils Hassan Chaito, titulaire, dit-elle, d’un doctorat en sciences religieuses.

«Mon fils (..) a défendu notre honneur (…). Il s’est sacrifié (…) à la frontière», dit-elle en pleurs, brandissant son portrait.

«Je suis fière de lui, et il me reste encore deux jeunes hommes que je suis prête aussi à sacrifier», ajoute-t-elle.

«Lâcheté»

Les négociations directes prévues jeudi entre le Liban et Israël sont, pour elle, un acte de «lâcheté».

«La trêve ne veut pas dire que les négociations vont aboutir (…) puisque nos terres sont toujours occupées, (…) ils (les soldats israéliens, ndlr) y entrent, et tuent nos familles et nos jeunes», dit-elle.

Le Hezbollah refuse toute négociation directe avec Israël, accusant le pouvoir libanais de «capitulation», et affirme qu’il continuera la lutte «jusqu’à son dernier souffle» selon les termes de son chef Naïm Qassem.

Lors d’un entretien avec l’AFP lundi, l’un des députés du groupe pro-iranien, Hassan Fadlallah, a affirmé que «des milliers de jeunes gens demandent à rejoindre les rangs» du Hezbollah pour combattre Israël.

Le mouvement n’a pas révélé le nombre total de ses pertes dans le conflit, qui a fait 2 454 morts depuis début mars, d’après un bilan officiel qui ne précise pas la part de civils et de combattants.

Sur la place du village, Haidar Sbeity, 68 ans, attend le cercueil de son fils Mahmoud, un ingénieur.

«Il a choisi cette voie depuis qu’il était petit, et je l’y ai encouragé. J’ai l’honneur d’être le père d’un martyr», dit-il, les larmes aux yeux. «J’ai trois autres jeunes gens, et nous sommes tous prêts à nous sacrifier pour le Liban, son peuple et la résistance».