Les impacts du conflit en Iran sur le secteur pétrolier continuent à se faire ressentir. Et plus la situation perdure, plus on pourrait se rapprocher d’un point de rupture, prévient un expert.
En entrevue avec Noovo Info, le chercheur en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal Yvan Cliche fait notamment allusion à la Une de samedi dernier du Financial Times, qui titrait «Le marché pétrolier à un mois d’un point de rupture alors que les réserves mondiales s’amenuisent».
D’après l’expert, le média britannique était loin d’être alarmiste avec une telle manchette.
Lors de la crise économique de 2008, le baril de pétrole coûtait 147 $ US, soit environ 200 $ au prix d’aujourd’hui. Si le prix du baril montait à 200$… le litre d’essence pourrait être affiché autour de 3 $ le litre, ce qui serait du jamais vu, selon Yvan Cliche.
«Nous faisons face présentement à la plus grande crise d’approvisionnement énergétique de toute l’histoire moderne», soutient M. Cliche.
Mercredi, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, perdait 11,02% à 97,76$, après que Donald Trump a annoncé de «grands progrès» dans les négociations avec l’Iran. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en juin, chutait de 11,87% à 90,13$.
Selon le chercheur, tant que la résolution n’est pas résolue dans le détroit d’Ormuz, qui est en proie à un blocus imposé par l’Iran, les prix de l’essence devraient continuer à croître. «L’économie mondiale fonctionne sur environ 100 millions de barils de pétrole par jour et on en a retiré 10 à 12 pour faire fonctionner l’économie», rappelle-t-il.
«Les réserves de pétrole commencent à se tarir. Bientôt, on va arriver à une situation où pour s’en sortir, il va falloir une contraction économique. Parce qu’on n’a tout simplement pas assez de pétrole pour soutenir cette économie.»
— Yvan Cliche, chercheur en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal
Et cela pourrait tout simplement nous amener à une récession à l’échelle mondiale, notamment à l’arrivée de l’été, une période où les carburants sont davantage en demande, notamment en raison d’une augmentation du nombre de déplacements.
Situation complètement inédite
Yvan Cliche soutient toutefois que bien malin est celui qui pourrait prédire la suite des choses pour le secteur énergétique.
«On ne peut pas se tourner vers d’autres événements pour prédire comment va se comporter le marché […] C’est une première. On est en train de voir un marché pétrolier réagir à une situation complètement imprévue, complètement inédite […] Ça servira de cas d’école», mentionne-t-il.
Il est donc difficile d’évaluer à combien les prix du pétrole et du carburant s’établiront dans les prochaines semaines.
Différent qu’en 2008
La conjoncture mondiale est bien différente en 2026, comparativement à 2008.
«À l’époque, la crise financière avait fait mal à l’économie internationale et là, les prix du pétrole s’étaient mis à chuter. Aujourd’hui, on est dans une économie qui performait bien en début d’année, l’inflation était quand même maîtrisée. Mais là, on est dans une crise d’approvisionnement créée par une crise politique. Là, quel est le point de rupture?», se demande M. Cliche.
Avec la collaboration de Sabrina Rivet pour Noovo Info et de l’information de l’Agence France-Presse
