Les États-Unis lanceront lundi une opération visant à «guider» les navires bloqués dans le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran, a affirmé le président Donald Trump, sans donner beaucoup de détails sur ce qui pourrait être une initiative de grande envergure destinée à venir en aide à des centaines de navires et à quelque 20 000 marins. L’Iran a rapidement dénoncé cette initiative comme une violation du cessez-le-feu.
M. Trump a écrit dimanche dans un message publié sur les réseaux sociaux que des pays «neutres et innocents» avaient été touchés par la guerre avec l’Iran, et que «nous avons dit à ces pays que nous guiderions leurs navires en toute sécurité hors de ces voies navigables restreintes, afin qu’ils puissent poursuivre leurs activités librement et efficacement».
Le «projet Freedom» débuterait lundi matin au Moyen-Orient, a indiqué Trump, ajoutant que ses représentants menaient des discussions avec l’Iran qui pourraient déboucher sur quelque chose de «très positif pour tous».
Le Commandement central américain a indiqué que cette initiative mobiliserait des destroyers lance-missiles, plus de 100 avions et 15 000 militaires. Le Pentagone n’a pas immédiatement répondu aux questions concernant la manière dont ces forces seraient déployées.
La fermeture effective du détroit par l’Iran, imposée après que les États-Unis et Israël ont lancé la guerre le 28 février, a secoué les marchés mondiaux.
Des navires et des marins, dont beaucoup se trouvent sur des pétroliers, des méthaniers et des cargos, sont bloqués dans le golfe Persique depuis le début de la guerre. Des membres d’équipage ont raconté à l’Associated Press avoir vu des drones interceptés et des missiles exploser au-dessus des eaux, et être à court d’eau potable, de nourriture et d’autres provisions.
De nombreux marins sont originaires d’Inde et d’autres pays d’Asie du Sud et du Sud-Est.
«Ils sont victimes des circonstances», a écrit M. Trump, qualifiant cette initiative de geste humanitaire «au nom des États-Unis, des pays du Moyen-Orient, mais en particulier de l’Iran». Il a toutefois lancé un avertissement: «Si, de quelque manière que ce soit, ce processus humanitaire est entravé, cette ingérence devra malheureusement être traitée avec fermeté.»
L’agence de presse officielle iranienne IRNA a qualifié l’annonce de Trump de «délire», et Ebrahim Azizi, président de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, a indiqué sur X que toute ingérence dans le détroit serait considérée comme une violation du cessez-le-feu.
Le président américain s’est exprimé quelques heures après que l’Iran a déclaré qu’il examinait la réponse américaine à sa dernière proposition visant à mettre fin à la guerre et a clairement indiqué qu’il ne s’agissait pas de négociations sur le nucléaire. Le fragile cessez-le-feu de trois semaines semble tenir.
Un cargo attaqué près du détroit
Plus tôt dimanche, un cargo situé près du détroit d’Ormuz a affirmé avoir été attaqué par plusieurs petites embarcations, a rapporté le centre des opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni de l’armée britannique. Il s’agit de la dernière d’au moins deux douzaines d’attaques perpétrées dans et autour du détroit depuis le début de la guerre en Iran, et d’un rappel des risques encourus si la nouvelle initiative américaine se concrétise.
Tout l’équipage du cargo non identifié, qui faisait route vers le nord, était sain et sauf après l’attaque au large de Sirik, en Iran, à l’est du détroit, a indiqué l’organisme de surveillance britannique. Les responsables iraniens ont affirmé qu’ils contrôlaient le détroit et que les navires non affiliés aux États-Unis ou à Israël pouvaient passer s’ils payaient un péage, remettant ainsi en cause la liberté de navigation garantie par le droit international.
L’Iran a nié toute attaque, ont rapporté les médias semi-officiels iraniens Fars et Tabnak, affirmant qu’un navire de passage avait été arrêté pour un contrôle de documents dans le cadre de la surveillance.
Il s’agissait de la première attaque signalée dans la région depuis le 22 avril. Téhéran a de facto fermé le détroit en attaquant et en menaçant des navires, et le niveau de menace dans la région reste critique.
Les patrouilleurs iraniens, dont certains ne sont propulsés que par deux moteurs hors-bord, sont petits, agiles et difficiles à détecter. Le mois dernier, Trump a ordonné à l’armée américaine de « tirer pour tuer » les petits bateaux iraniens qui déploient des mines dans le détroit.
L’observatoire militaire britannique a également indiqué dimanche que des navires près de Ras al-Khaimah, l’émirat le plus au nord des Émirats arabes unis et proche du détroit, ont signalé avoir reçu des avertissements radio leur enjoignant de quitter leurs mouillages. On ignore qui a envoyé ces messages VHF.
L’Iran examine la réponse américaine à sa dernière proposition
Téhéran examine actuellement la réponse américaine à sa dernière proposition visant à mettre fin à la guerre, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, selon l’agence de presse judiciaire iranienne Mizan.
Mais «à ce stade, nous n’avons pas de négociations sur le nucléaire», a exprimé M. Baghaei. Le programme nucléaire iranien et l’uranium enrichi sont depuis longtemps au cœur des tensions avec les États-Unis, mais Téhéran préfère aborder cette question plus tard.
La proposition de l’Iran vise à résoudre d’autres questions dans un délai de 30 jours et a pour objectif de mettre fin à la guerre plutôt que de prolonger le cessez-le-feu, selon les médias proches du gouvernement iranien. Samedi, M. Trump a indiqué qu’il examinait la proposition, mais a exprimé des doutes quant à la possibilité qu’elle aboutisse à un accord.
La proposition en 14 points de l’Iran demande aux États-Unis de lever les sanctions contre l’Iran, de mettre fin au blocus naval américain des ports iraniens, de retirer leurs forces de la région et de cesser toutes les hostilités, y compris les opérations d’Israël au Liban, selon les agences semi-officielles Nour News et Tasnim, qui entretiennent des liens étroits avec les organismes de sécurité iraniens.
Le premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et le chef de l’armée du Pakistan continuent d’encourager les États-Unis et l’Iran à dialoguer directement, selon deux responsables pakistanais qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat car ils n’étaient pas autorisés à s’adresser aux médias. Le Pakistan a accueilli des pourparlers en face à face le mois dernier et a transmis des messages entre les deux parties.
L’Iran reste ferme sur le détroit d’Ormuz
Donald Trump a proposé un plan visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement environ un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel, ainsi que des engrais dont les agriculteurs du monde entier ont cruellement besoin et d’autres produits dérivés du pétrole.
Téhéran «ne cédera pas sur sa position concernant le détroit d’Ormuz, et celui-ci ne reviendra pas à ses conditions d’avant-guerre», a soutenu dimanche le vice-président du Parlement iranien, Ali Nikzad.
Les États-Unis ont averti les compagnies maritimes qu’elles risquaient des sanctions si elles payaient l’Iran sous quelque forme que ce soit, y compris en actifs numériques, pour transiter en toute sécurité par le détroit.
Par ailleurs, le blocus naval américain en vigueur depuis le 13 avril prive Téhéran des revenus pétroliers dont il a besoin pour soutenir son économie en difficulté. Le Commandement central américain a précisé dimanche que 49 navires commerciaux avaient reçu l’ordre de faire demi-tour.
«Nous estimons qu’ils ont perçu moins de 1,3 million de dollars en droits de passage, ce qui est une somme dérisoire par rapport à leurs revenus pétroliers quotidiens antérieurs», a exprimé dimanche le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, à Fox News. Il a ajouté que les réservoirs de pétrole de l’Iran se remplissaient rapidement et qu’«ils vont devoir commencer à fermer des puits, ce qui, selon nous, pourrait se produire dès la semaine prochaine».
