Un responsable militaire iranien a jugé samedi «probable» une reprise de la guerre avec les États-Unis, après le rejet par Donald Trump d’une nouvelle offre de Téhéran pour relancer les négociations de paix.
Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes israélo-américaines sur l’Iran et de représailles de Téhéran dans la région.
La situation est depuis dans l’impasse: des pourparlers directs à Islamabad le 11 avril se sont révélés infructueux, tant les divergences restent fortes, du détroit d’Ormuz au volet nucléaire.
L’Iran a transmis cette semaine un nouveau texte via le Pakistan, sans qu’aucun détail ne filtre.
Donald Trump a dit n’être «pas satisfait» de la proposition. Et alors qu’il avait déjà menacé d’anéantir la «civilisation» iranienne, il a ajouté qu’il préférerait ne pas avoir à «pulvériser une fois pour toutes» l’Iran, mais qu’une reprise de la guerre restait «une option».
«Une reprise du conflit entre l’Iran et les États-Unis est probable et les faits ont démontré que les États-Unis ne respectaient aucune promesse ou accord», a réagi samedi Mohammad Jafar Asadi, inspecteur adjoint du commandement des forces armées iraniennes Khatam Al-Anbiya, cité par l’agence de presse Fars.
Poursuite de la guerre ou voie diplomatique, Téhéran est «prêt» aux deux scénarios et «la balle est dans le camp des États-Unis», a jugé le vice-ministre des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi.
«Humiliation»
Donald Trump avait théoriquement jusqu’à vendredi pour demander l’autorisation du Congrès de poursuivre la guerre. Il a préféré envoyer une lettre à des responsables parlementaires pour leur notifier que les hostilités contre l’Iran étaient «terminées», même si plusieurs élus démocrates ont souligné que la présence continue de forces dans la région indiquait le contraire.
L’USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde, a quitté le Moyen-Orient, mais 20 bâtiments de la marine, dont deux autres porte-avions, restent déployés.
La guerre a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l’économie mondiale, avec notamment des cours du pétrole montés à des niveaux inédits depuis 2022.
Car si les bombardements ont cessé, le conflit perdure sous d’autres formes: Washington impose un blocus aux ports iraniens en riposte au verrouillage par Téhéran du détroit d’Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.
Alors que le président américain s’indigne du manque de soutien des Européens, le Pentagone a annoncé le retrait de quelque 5.000 militaires d’Allemagne d’ici un an.
Le président a été particulièrement agacé par des propos du chancelier Friedrich Merz affirmant que les Américains n’avaient «aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale.
«Comportement hypocrite»
Pendant ce temps, l’Iran reste inflexible. «Nous n’accepterons certainement pas qu’on nous impose» une politique, a déclaré le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï.
Le Parlement iranien prépare une loi prévoyant de placer le détroit d’Ormuz sous l’autorité des forces armées, d’interdire le passage de navires israéliens et de faire payer des droits de passage.
«Nous ne renoncerons pas à nos droits dans le détroit», a assuré Ali Nikzad, vice-président du Parlement.
Si à la faveur de la trêve, les Iraniens ont pu renouer avec une certaine normalité, leur quotidien est plombé par l’inflation qui explose comme le chômage, dans un pays déjà affaibli par des décennies de sanctions internationales.
Le guide suprême, Mojtaba Khamenei, a d’ailleurs exhorté, dans un message écrit, les entreprises ayant subi des dégâts à «éviter autant que possible les licenciements», au nom de la «guerre économique».
Amir, 40 ans, raconte débuter sa journée en «regardant les infos et les nouvelles d’exécutions». La justice iranienne a encore annoncé samedi la pendaison de deux hommes accusés d’espionnage au profit d’Israël.
«Les gens essaient de tenir le coup mais on voit bien qu’ils sont en train de s’effondrer», dit-il à l’AFP.
«Quand leurs économies seront épuisées, les choses changeront, je pense d’ici 30 jours. Petit à petit, le stress et les tensions vont s’aggraver», ajoute le Téhéranais, disant avoir «des crises de panique six fois par jour».
