L’armée israélienne a poursuivi dimanche son opération militaire de grande envergure en Cisjordanie occupée, provoquant le déplacement de centaines de Palestiniens et imposant des restrictions importantes à la liberté de circulation, en réponse à une attaque qui a coûté la vie à deux soldats israéliens et en a blessé trois autres, vendredi à Hébron.
Cette opération intervient alors qu’Israël entre dans les derniers jours précédant une élection tendue, largement considérée comme un référendum sur le leadership et les politiques de sécurité du premier ministre actuel, Benyamin Nétanyahou, au cours des trois dernières années de guerre.
La plupart des travailleurs palestiniens titulaires d’un permis ne seront pas autorisés à entrer dans les colonies israéliennes pour travailler en Cisjordanie occupée dimanche et lundi, et les points de passage vers Israël resteront fermés jusqu’après les élections israéliennes de mardi, a annoncé l’armée israélienne.
Elle a indiqué avoir mené des opérations dans plus de 400 lieux différents au cours du week-end et arrêté 40 Palestiniens qu’elle accuse d’être affiliés au Hamas ou au Jihad islamique palestinien. L’armée a précisé que l’opération s’est poursuivie avec la même intensité dimanche.
La Ville d’Hébron a rapporté que l’opération avait provoqué le déplacement de plus de 2200 personnes, dont près de 300 mineurs.
L’armée a indiqué que ses troupes menaient des perquisitions dans la zone où les tireurs avaient opéré, et a averti les habitants qu’ils devaient évacuer Deir Bahha, le quartier où résidaient les tireurs présumés.
Après l’attaque de vendredi, l’armée israélienne a affirmé avoir trouvé des armes dans la voiture des tireurs et a avancé qu’ils prévoyaient probablement d’attaquer des civils israéliens avant d’être interceptés au poste de contrôle.
Toutes les entrées et sorties de la ville sont restées bouclées. L’épicentre de l’opération se situe à Deir Bahha et dans un autre quartier de la ville appelé Al-Jalda, selon le maire d’Hébron, Yousef Zuhair Al-Jabari.
«Les gens ne peuvent pas entrer dans la ville et ils ne peuvent pas en sortir. Le blocus a affecté tous les aspects de la vie», a déploré M. Al-Jabari. Il a ajouté que le blocus obligeait les commerces à fermer et avait entraîné la fermeture d’une mosquée.
«L’armée nous a dit que cette zone serait fermée pendant 12 jours. Aujourd’hui, on nous a parlé de douze jours, mais peut-être quitteront-ils la zone après deux ou trois jours. C’est peut-être à cause des élections ou d’une question politique que personne ne connaît, sauf Dieu», a indiqué Shadi al-Qawasmi, un habitant d’Hébron qui a été déplacé avec sa famille.
L’opération a contraint certaines familles à franchir les postes de contrôle à pied pour quitter Hébron après la fermeture des routes à la circulation. À certains postes de contrôle militaires, des personnes faisaient passer des sacs de farine et des bonbonnes de gaz à travers les barrières, tandis qu’un homme âgé poussait son épouse en fauteuil roulant à travers une ouverture située à côté de l’un des postes de contrôle.
Nétanyahou promet une réponse ferme
Les responsables municipaux d’Hébron ont rapporté que des familles avaient été évacuées de près de 500 appartements à Deir Bahha et dans les quartiers environnants.
Six Israéliens ont été tués cette année lors d’attaques en Cisjordanie, qui connaît une recrudescence de la violence. Au cours de la même période, 112 Palestiniens ont été tués, y compris les auteurs présumés des attaques, selon le ministère palestinien de la Santé, basé à Ramallah.
Cette attaque a suscité l’indignation en Israël. Vendredi après-midi, Benyamin Nétanyahou et trois membres de son gouvernement ont fait des déclarations depuis le lieu de l’attaque, s’engageant à riposter avec force. «Nous avions mis en garde il y a quelques semaines contre les tentatives de nos ennemis de nuire à nos citoyens et à nos soldats à l’approche des élections. Nous agirons pour détruire cet endroit», a déclaré le premier ministre.
M. Nétanyahou subit des pressions pour faire preuve d’une grande fermeté à l’égard des assaillants palestiniens afin de renforcer son image auprès des Israéliens préoccupés par la sécurité.
Environ 3 millions de Palestiniens et 540 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967. Hébron est l’une des villes les plus tendues de la région et le seul endroit où des colons juifs vivent au cœur d’une zone palestinienne densément peuplée, sous protection militaire israélienne.
