🌍 Conflit au Moyen-Orient

Demande d’action collective autorisée contre McGill: des millions pourraient être versés à des étudiants

L’établissement universitaire montréalais a-t-il failli à sa tâche de protéger ses étudiants juifs en lien avec le conflit entre Israël et le Hamas? La cause «mérite d’être entendue», tranche une juge.

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Des tentes de manifestants pro-Palestine sont photographiées à un campement sur le terrain de l'Université McGill, le 28 avril 2024 à Montréal. Des tentes de manifestants pro-Palestine photographiées à un campement sur le terrain de l'Université McGill, le 28 avril 2024 à Montréal. (Lili Mercure | Noovo Info)

La Cour supérieure du Québec a autorisé mardi une demande d’action collective contre l’Université McGill, laquelle cherche à faire indemniser des étudiants juifs en lien avec le déclenchement du conflit armé entre Israël et le Hamas en 2023.

La demande d’action collective a été initiée en 2025 pour tenir McGill «responsable» d’avoir «échoué à faire respecter ses protocoles contre la haine, la discrimination et la conduite» inappropriée d’étudiants dans la foulée du conflit, a commenté l’organisme B’nai Brith dans un communiqué diffusé au lendemain de la décision.

Pour la juge Dominique Poulin, la cause «mérite d’être entendue en cour». «La situation qui a prévalu à McGill […] est exceptionnelle et complexe», a écrit la magistrate dans sa décision, dont Noovo Info a obtenu une copie.

«Les faits allégués» – des «discours antisémites et antisionistes» qui auraient été tenus à l’intérieur du périmètre du campus montréalais de McGill – soulèvent suffisamment d’inquiétude pour justifier la demande initiée par David Cobrin.

Selon la demande, certains étudiants auraient été victimes de harcèlement, d’intimidation, de propos antisémites ou antisionistes, et même d’agressions physiques entre l’automne 2023 et 2025, quand le campus de McGill est devenu l’un des foyers des tensions liées à la guerre entre Israël et le Hamas dans les universités canadiennes.

La Cour ne se prononce toutefois pas sur le bien-fondé de ces allégations à cette étape. Elle conclut uniquement que les critères permettant d’autoriser une action collective sont satisfaits et que les questions soulevées devront être tranchées lors d’un procès, à moins d’une entente entre les parties d’ici la tenue de procédures judiciaires.

Le recours collectif vise tous les étudiants juifs inscrits à McGill — au baccalauréat, à la maîtrise, au doctorat, en formation continue ou au postdoctorat — entre le 8 octobre 2023 et la date de l’avis public annonçant le recours.

Ce que réclame le recours et la réaction de McGill

Sur le plan financier, le recours collectif veut imposer à l’Université McGill le remboursement du tiers des frais de scolarité et des frais d’études payés par les étudiants concernés depuis le 8 octobre 2023 et le versement de 5 millions de dollars en dommages punitifs.

On souhaite aussi une ordonnance forçant McGill à appliquer ses politiques contre les comportements antisémites et antisionistes, notamment.

Pourtant, l’institution dit condamner «sans équivoque toute forme d’antisémitisme et de haine envers les personnes juives».

«Depuis plusieurs années, McGill met en œuvre de nombreuses mesures concrètes pour s’assurer que l’antisémitisme soit bien compris, efficacement prévenu et traité de manière appropriée sur l’ensemble de nos campus», a écrit une porte-parole de l’Université McGill dans un courriel envoyé à Noovo Info en réponse à l’autorisation de la demande d’action collective. «Parmi ces initiatives figure notamment la création, à l’automne dernier, d’un groupe de travail sur l’antisémitisme.»

Autrement, McGill ne se prononce pas sur la suite des procédures. «Les actes de harcèlement ou de discrimination, y compris l’antisémitisme, n’ont leur place ni à McGill ni dans la société», souligne toutefois la porte-parole auprès de Noovo Info. «De tels comportements nuisent à notre mission académique et compromettent le sentiment de sécurité essentiel à la vie sur le campus. »

«L’Université a pris des mesures concrètes pour soutenir la sécurité et le bien-être des étudiants, des membres du personnel enseignant et des personnes qui visitent nos campus.»

—  Extrait d’un courriel d’une porte-parole de l’Université McGill

Au moment d’écrire ces lignes, Noovo Info attendait aussi une réponse du groupe étudiant Solidarity for Palestinian Human Rights (SPHR), lequel a organisé certaines des manifestations de 2024 qui ont paralysé le campus de McGill après le déclenchement d’un nouveau chapitre du conflit israélo-palestinien. Le groupe SPHR est mentionné dans le document de la juge Poulin.

À l’hiver et au printemps 2024, des manifestations propalestiniennes et pro-israéliennes ont eu lieu à McGill. Plusieurs rassemblements et des blocages de bâtiments universitaires ont perturbé des activités et des cours.

SPHR et d’autres groupes revendiquaient, entre autres, le désinvestissement financier des universités – incluant McGill – des entreprises et institutions liées à Israël.

L’attaque du 7 octobre 2023, contexte | Le conflit israélo-palestinien a connu une escalade radicale à cette date, lorsqu’une attaque du Hamas contre Israël a fait 1200 morts. Le groupe a pris des centaines de prisonniers en otages. S’en est suivie la réplique israélienne dans la bande de Gaza avec comme motif d’anéantir le groupe extrémiste, non sans entraîner une grave crise humanitaire en Palestine avec la mort de dizaines de milliers de civils et la flambée d’autres conflits au Moyen-Orient.

B’nai Brith salue la décision

Dans un communiqué, B’nai Brith Canada affirme avoir soutenu la démarche judiciaire de David Cobrin depuis son dépôt en 2025, comme le montre d’ailleurs un communiqué diffusé en avril 2025.

«Pendant des années, les étudiants juifs de McGill ont été harcelés, marginalisés et même agressés. Cette décision leur permettra enfin d’être entendus devant les tribunaux», a déclaré la directrice régionale pour le Québec et l’Atlantique, Paola Samuel.

Le directeur général de l’organisme, Simon Wolle, estime pour sa part que cette décision constitue «une première étape importante» vers une meilleure reconnaissance de l’expérience vécue par les étudiants juifs sur le campus.