La récente destruction par Israël d’infrastructures souterraines vitales du Hezbollah dans le sud du Liban constitue un nouveau revers pour la formation pro-iranienne.
Si le Hezbollah est encore loin d’être vaincu selon des experts, il est devenu plus vulnérable après les nombreux coups durs subis lors des deux dernières guerres et l’occupation par Israël d’une partie du sud du pays, un de ses bastions.
Quelles conséquences?
Une semaine après s’être emparée de la crête d’Ali Taher, qui était aux mains au Hezbollah, l’armée israélienne y a dynamité jeudi des fortifications souterraines, soupçonnées d’abriter un centre de commandement.
Le groupe n’a toujours pas reconnu la perte de ces hauteurs stratégiques situées à environ 10 kilomètres de la frontière avec Israël et surplombant la grande ville de Nabatiyé.
Israël affirme qu’il y avait creusé des tunnels lui permettant de lancer des drones et des missiles contre les positions israéliennes dans le sud du Liban, ainsi que sur le nord d’Israël.
Pour l’armée israélienne, la destruction de ces infrastructures peut ouvrir la voie à Nabatiyé, l’une des principales villes du sud où le Hezbollah exerce encore un contrôle, à quelques km de là, selon des analystes.
«C’est une grande perte» pour le groupe chiite car la construction d’un nouveau centre de commandement «prendra des décennies», commente le général libanais à la retraite Khalil Gemayel, qui a commandé par le passé la région au sud du fleuve Litani.
«Le Hezbollah est désormais à découvert dans la zone qui entoure la crête», dit-il à l’AFP.
Le ministre israélien de la Défense Israël Katz s’est félicité vendredi du fait qu’Israël disposait désormais d’une «zone de sécurité solide» dans le sud du Liban protégeant la population du nord d’Israël.
Cette zone permet aussi à l’armée israélienne de «menacer le Hezbollah en profondeur», a-t-il ajouté.
Le Hezbollah vaincu militairement?
Lors du conflit débuté en mars, Israël a pris le contrôle dans le sud du Liban d’une bande frontalière, où le Hezbollah avait construit un vaste réseau de tunnels désormais démantelé.
Le groupe conserve toutefois encore des positions clés ailleurs dans le sud, comme à Jezzine et dans l’Iqlim al-Touffah, plus éloignées de la frontière, mais aussi dans la Békaa, dans l’est du pays.
Bien qu’importante, «la perte d’Ali al-Taher ne signifie pas que le Hezbollah est vaincu», estime M. Gemayel.
«Les infrastructures dans l’Iqlim al-Touffah sont plus importantes» que celles qui se trouvaient à Ali al-Taher, souligne-t-il.
Mais pour l’expert militaire Hassan Jouni, «le fait que le Hezbollah n’ait pas engagé de bataille décisive à Ali al-Taher (…) est un signe de faiblesse».
Il n’a d’ailleurs plus revendiqué d’attaque depuis le 20 juin contre Israël, qui poursuit lui ses frappes au Liban malgré une trêve en vigueur depuis plusieurs mois.
Où en est le groupe?
Si le Hezbollah «a perdu une base de défense solide et fortifiée» avec la crête d’Ali Taher, il «a déjà subi d’autres coups durs», rappelle M. Jouni.
La guerre qu’il a lancée en octobre 2023 en soutien au Hamas palestinien, puis la dernière en solidarité avec l’Iran, attaqué par Israël et les États-Unis, l’ont fragilisé à plusieurs niveaux et l’ont décapité.
Même si le Hezbollah ne divulgue pas le nombre de ses membres tués dans les combats, on estime qu’ils forment une grande partie des morts des deux guerres, qui s’élèvent à plus de 8900 selon les autorités libanaises.
Et après avoir perdu son allié en Syrie Bachar al-Assad, renversé en décembre 2024, son parrain iranien a lui-même été affaibli par le conflit au Moyen-Orient.
Le mouvement pro-iranien fait aussi face au président libanais et au premier ministre qui se sont engagés à le désarmer, ce à quoi il s’oppose.
Cette question des armes constitue un sujet de discorde dans le pays, les détracteurs du Hezbollah l’accusant de les utiliser pour servir les intérêts de Téhéran dans la région.
Le soutien populaire dont il bénéficie au sein de la communauté chiite, qui lui est en majorité acquise, commence également à se fissurer.
Dans une récente pétition, plus de 400 personnalités ont réclamé que l’armée libanaise se déploie à Nabatiyé, affirmant que la ville «n’appartenait à aucun groupe politique».
