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Violences en France: des commerçants se protègent, d’autres ne veulent pas croire à une répétition du chaos

Au total, 450 commerces ont été dégradés et 228 pillés la fin de semaine dernière dans la capitale, selon la préfecture de police de Paris.

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Violences en France: des couvre-feux imposés Des couvre-feux sont entrés en vigueur lundi soir dans plusieurs villes de France, tandis que la crise prend un tournant de plus en plus politique, avec des critiques émanant aussi du bloc présidentiel.

Dans son armurerie parisienne, Yves Gollety a vu ses ventes «multipliées par dix» depuis les pillages la fin de semaine dernière en marge de la mobilisation sociale. En prévision de la nouvelle manifestation de samedi, des commerçants «s’arment parce qu’ils ont très peur», constate-t-il.

Son stock de lanceurs de balles en caoutchouc d’une puissance maximale de 20 joules, en vente libre pour les majeurs, est déjà épuisé.

Certains de ses clients «se sont retrouvés coincés dans leur boutique avec les pillards», raconte-t-il au milieu de fusils et de vestes de chasse.

Dans une autre armurerie de la capitale, Mickaël* vient d’acheter des bombes au poivre. C’est «au cas où des pilleurs entrent dans la boutique», explique ce propriétaire d’un magasin de lunettes près de la gare de l’Est.

Histoire d’«avoir un semblant de défense» et de «se donner bonne conscience» en cas de saccage, explique-t-il.

Des personnes observent et prennent en photo les opérations de nettoyage, le mercredi 21 octobre 2026, à Paris, après que des manifestations sur le coût de la vie, survenues durant la fin de semaine, eurent dégénéré en émeutes et en pillages à travers la France. Photo AP Des personnes observent et prennent en photo les opérations de nettoyage, le mercredi 21 octobre 2026, à Paris, après que des manifestations sur le coût de la vie, survenues durant la fin de semaine, eurent dégénéré en émeutes et en pillages à travers la France. Photo AP (Teresa Suarez)

Sur le boulevard de Magenta, qui relie la gare de l’Est à la place de la République, théâtre de violences samedi, des ouvriers s’affairent à protéger des vitrines avec des panneaux de contreplaqué.

Certaines de ces protections de fortune sont devenues des supports de soutien aux commerçants : des affiches appellent à rejoindre un groupe WhatsApp du quartier pour notamment «empêcher les intrusions», d’autres proposent de participer à une cagnotte pour «Ali Hossain et son équipe dévastée» après le pillage de sa boutique.

Une agence immobilière ironise sur la situation : «Un peu moins de transparence sur la vitrine, mais toujours autant de transparence dans nos échanges. Nous sommes ouverts et gardons le sourire !»

Sur les trottoirs, des bris de vitrines et des dosettes vides de sérum physiologique, utilisé pour se rincer les yeux après des jets de gaz lacrymogène, se mêlent encore jeudi aux feuilles mortes de ce début d’automne.

Quitter la capitale

«Samedi dernier, c’était une horreur. J’ai eu peur pour ma vie», raconte José Guedj, coiffeur. «Mais je ne veux pas croire une seconde que ça va être la même chose samedi», ajoute-t-il, confiant que l’État a «pris en compte ce qui s’est passé».

Derrière lui, la porte vitrée de son salon, brisée par des casseurs, est rafistolée avec quelques planches qui laissent passer un courant d’air.

Situation tendue en France: les derniers développements Avant la journée de mobilisation de samedi contre la vie chère, les services de renseignement assuraient que le 17 octobre «ne serait pas le grand soir». Ce fut le chaos, avec une mise en cause sévère des services devant cette faillite inédite.

Emmanuel Rénales, 60 ans, propriétaire d’un magasin de peinture de bâtiment à deux pas de la gare de l’Est, reste traumatisé après les violences de la fin de semaine. Il dort depuis lundi dans sa boutique, désormais à moitié vide.

«Samedi prochain, ça m’étonnerait qu’on ouvre», dit-il. «Je n’ai toujours pas compris pourquoi les pilleurs sont venus voler de la peinture et de l’outillage.»

Au total, 450 commerces ont été dégradés et 228 pillés la fin de semaine dernière dans la capitale, selon la préfecture de police de Paris.

La mairie appelle ses habitants «à la plus grande prudence» samedi et recommande aux riverains et commerçants de «rentrer leurs poubelles et leurs vélos, ainsi que leurs terrasses et leur mobilier extérieur».

«On appréhende ce qu’il va arriver et la communication gouvernementale n’est pas rassurante», estime Pierre-Emmanuel Duprat, retraité et président d’une association de riverains et commerçants du quartier des Halles, dans le centre.

Un manifestant tient une pancarte sur laquelle figure une photo du président français Emmanuel Macron devant un office de tourisme en feu, lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie et en solidarité avec les revendications des étudiants à Lyon, en France, samedi 17 octobre 2026. Photo AP Un manifestant tient une pancarte sur laquelle figure une photo du président français Emmanuel Macron devant un office de tourisme en feu, lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie et en solidarité avec les revendications des étudiants à Lyon, en France, samedi 17 octobre 2026. Photo AP (Laurent Cipriani)

«Samedi dernier, on est restés enfermés pendant douze heures à cause de la fumée des lacrymogènes», témoigne-t-il. Il reste pourtant optimiste : «je fais le pari que ce sera moindre, même s’il y aura de la délinquance opportuniste».

Laurence, 82 ans, qui vit au cœur du quartier, préfère ne pas tenter le diable. Très marquée par les récents débordements, elle a décidé de partir le temps de la fin de semaine: «coucher en dehors de Paris et se balader dans la forêt, ça me paraît bien».