La Maison-Blanche a défendu jeudi pied à pied le tir mortel d’un policier de l’immigration contre une femme la veille à Minneapolis, où des milliers de personnes ont contesté dans la rue la thèse officielle de la légitime défense.
Le vice-président, JD Vance a martelé que le policier qui a abattu cette Américaine de 37 ans a agi pour protéger sa vie et celle de ses collègues, alors que la victime tentait de les renverser en voiture.
Mais cette version est fermement contestée par l’opposition locale démocrate, qui dénonce la «propagande» du gouvernement conservateur de Donald Trump, en s’appuyant sur plusieurs vidéos.
Des centaines de personnes se sont rassemblées jeudi dans la banlieue de ce bastion démocrate pour protester et appeler au départ de la police de l’immigration (ICE), principal outil de la politique d’expulsion à grande échelle de l’administration Trump.
.@VP: "The idea that Tim Walz and a bunch of radicals in Minneapolis are going to go after and make this guy's life miserable because he was doing the job that he was asked to do is preposterous." pic.twitter.com/qJaeD9Bqpa
— Rapid Response 47 (@RapidResponse47) January 8, 2026
Des manifestations se sont également déroulées dans plusieurs autres villes américaines, y compris à Washington et New York.
Deux personnes ont été blessées jeudi à Portland (Oregon, nord-ouest) par des tirs de la police aux frontières dans des circonstances qui restent à éclaircir.
«Mouvement de gauche dangereux»
À Minneapolis, plusieurs personnes ont été arrêtées après des heurts entre protestataires et policiers devant un bâtiment fédéral.
Des centaines d’habitants se sont également rassemblées dans le calme sur les lieux de la fusillade, où un mémorial a été improvisé sur la neige avec des bougies et des dizaines de bouquets de fleurs. «La haine ne nous rend pas grands», peut-on lire une discrète affiche à l’encre verte.
Abdinasir Abdullahi, 38 ans, citoyen américain depuis une quinzaine d’années, d’origine éthiopienne, raconte à l’AFP le climat de peur que provoquent ces descentes de la police de l’immigration, affirmant qu’il ne se déplace plus sans son passeport. «Ils ne me croient pas si je dis que je suis Américain. Ils ne veulent pas vous croire», dit-il.

Interrogée par l’AFP lors d’une manifestation, Shanda Copeland, 62 ans, estime que «ça ne peut plus continuer ainsi». «Je ne peux pas rester chez moi à regarder sans rien faire», ajoute-t-elle, bien décidée à faire entendre sa voix «aussi fort que possible».
Une cagnotte totalisant déjà plus d’un million de dollars a été lancée pour soutenir l’épouse et la famille de la victime, Renee Nicole Good.
Des photos de cette mère de trois enfants, blonde et souriante, ont été affichées dans les rues de Minneapolis, avec la mention «Assassinée par ICE.»
À Washington, la Maison-Blanche a continué de défendre l’action de ses agents et dénoncé «un mouvement de gauche dangereux» qui mène «un assaut organisé» à travers le pays contre les forces de l’ordre.
«Conneries»
C’est à moins de deux kilomètres du lieu de la mort de Renee Nicole Good que George Floyd, un Afro-Américain, avait été tué en 2020 par un policier blanc, un drame qui avait provoqué des semaines de manifestations antiracistes, parfois violentes, à travers les États-Unis.
Les faits qui secouent jeudi la grande ville du Minnesota se sont déroulés mercredi matin, alors que l’ICE menait une vaste série d’opérations.
Pour contester la thèse officielle, qualifiée de «conneries» par le maire Jacob Frey, les élus locaux se basent sur des vidéos de témoins montrant la scène sous différents angles.

On y voit le VUS de la victime bloquer le passage d’un convoi de l’ICE. Puis plusieurs policiers demandent à la conductrice de sortir de son véhicule. L’un d’eux tente d’ouvrir la portière. Mais, alors que la voiture redémarre pour s’éloigner des agents, un policier placé à l’avant-gauche du véhicule ouvre le feu à plusieurs reprises.
Le FBI est seul en charge de l’enquête.
Mercredi, la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem a insisté sur le fait que la victime avait «entravé le travail» de la police «tout au long de la journée».
À plusieurs reprises ces derniers mois, des personnes sont mortes, souvent accidentellement, en tentant d’échapper à des contrôles de la police fédérale de l’immigration.
Des agents ont également plusieurs fois tiré sur des conducteurs qui tentaient de les renverser, selon la version de l’administration, faisant au moins un mort en septembre à Chicago.