Les autorités ukrainiennes responsables de la lutte contre la corruption ont annoncé mercredi qu’elles enquêtaient sur de hauts responsables du cabinet du président Volodymyr Zelensky. La veille, l’ancien ministre de la Défense récemment limogé avait lancé un appel pour la tenue d’élections nationales, malgré la poursuite de la lutte contre l’invasion russe.
Cette perturbation politique constitue une distraction malvenue pour M. Zelensky, alors que la guerre entre l’Ukraine et son grand voisin entre dans sa cinquième année.
L’agence nationale anticorruption a annoncé que des inspecteurs avaient identifié un groupe de personnes ayant blanchi 150 millions de hryvnias (4,7 millions $ CA) pour payer la caution d’un accusé dans une importante affaire de corruption l’an dernier. Ce dossier, impliquant la compagnie nucléaire publique ukrainienne, avait entraîné la démission des ministres ukrainiens de la Justice et de l’Énergie.
Parmi les derniers suspects figurent une directrice adjointe de la présidence, un ancien parlementaire, le président du conseil d’administration d’une banque publique et le président du conseil de surveillance de cette même banque, entre autres, a précisé l’agence.
Le président Zelensky n’a fait aucun commentaire public sur l’enquête, mais a publié un décret limogeant Iryna Mudra de son poste de directrice adjointe de la présidence.
Cette révélation constitue un nouveau test pour la résilience politique de M. Zelensky, qui est aux prises avec des enquêtes sur des affaires de corruption à haut niveau.

L’année dernière, son chef de cabinet, Andriy Yermak, a démissionné avant d’être désigné comme suspect dans une vaste enquête pour corruption liée à un projet de construction de luxe, ce qui a représenté la plus grande menace pour le gouvernement Zelensky depuis l’invasion russe de février 2022.
L’Union européenne a identifié la corruption profondément enracinée comme l’un des principaux obstacles à l’adhésion souhaitée de l’Ukraine au bloc.
Des élections réclamées
Volodymyr Zelensky subit déjà des pressions dans la foulée du congédiement, le mois dernier, du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, l’un des membres les plus anciens de son équipe et un allié proche depuis qu’il l’avait aidé à remporter l’élection présidentielle de 2019.
M. Zelensky, cherchant à apaiser les tensions entre les jeunes innovateurs férus de technologie du ministère de la Défense et les chefs de guerre ukrainiens chevronnés, formés à l’époque soviétique, a pris le risque de s’attirer les foudres des deux camps en remaniant son commandement en temps de guerre. Il a écarté à la fois M. Fedorov, dont les réformes des marchés publics militaires visaient à éradiquer la corruption, et le commandant en chef, le général Oleksandr Syrskyi.
Cette décision a déclenché plusieurs jours de manifestations en faveur de M. Fedorov. Pour Volodymyr Zelensky, c’était la deuxième fois en un an qu’une décision prise en temps de guerre suscitait une vive réaction de l’opinion publique. Mi-2025, il avait mis en place des mesures visant à limiter les pouvoirs des agences de lutte contre la corruption.
Dans une allocution vidéo publiée mardi soir sur YouTube, M. Fedorov a appelé à la tenue d’élections en Ukraine, dans une déclaration fracassante qui semblait s’opposer directement à M Zelensky. Le président martèle qu’un scrutin ne peut avoir lieu sous la loi martiale actuellement en vigueur en raison de la guerre.
«Nous devons trouver un mécanisme légal, sûr et réaliste qui permettra à l’Ukraine de rétablir un processus démocratique complet, même en pleine guerre prolongée», a soutenu M. Fedorov.
Il a ajouté que l’Ukraine était confrontée à une crise systémique dans son mode de gouvernance, arguant que le système actuel était orienté vers l’autoprotection et la résistance au changement. Il a également condamné la corruption parmi les responsables sans citer de noms, affirmant qu’elle avait affaibli la capacité de l’Ukraine à mener la guerre.
Le président russe Vladimir Poutine, qui a refusé de négocier un accord de paix directement avec M. Zelensky, affirme que le président ukrainien est un dirigeant illégitime car son mandat a expiré en 2024.
De récents succès pour l’Ukraine
Ce désordre politique fait suite aux récents succès de l’Ukraine dans la guerre. Grâce à sa technologie innovante de drones, elle a frappé à plusieurs reprises des installations pétrolières russes, provoquant des pénuries de carburant. Elle a également choqué l’opinion publique russe en attaquant des entrepôts de Wildberries, le plus grand détaillant en ligne de Russie, et a freiné les avancées sur la ligne de front de l’armée russe, pourtant plus importante en effectifs.
Mais M. Zelensky n’a pas réussi à faire avancer les efforts de paix menés par les États-Unis, et l’Ukraine est à la merci des missiles balistiques russes, car il n’y a pas suffisamment d’intercepteurs Patriot de fabrication américaine disponibles en raison de la faiblesse des stocks internationaux.
Lors de sa dernière frappe contre des installations pétrolières, un drone a touché une raffinerie de pétrole à Oufa, dans le Bachkortostan russe, a déclaré le gouverneur de cette région, Radiy Khabirov, selon l’agence de presse d’État russe RIA Novosti.
La ville d’Oufa est située à environ 1300 kilomètres à l’est de la frontière avec l’Ukraine. Oufa compte trois raffineries de pétrole, qui ont toutes déjà été attaquées par le passé.
Les défenses aériennes russes ont intercepté cette nuit 453 drones ukrainiens au-dessus de plusieurs régions russes, ainsi qu’au-dessus de la Crimée occupée et de la mer Noire, a relaté mercredi le ministère de la Défense à Moscou.
D’autres attaques russes
Le ministère de la Défense a indiqué que les forces russes avaient frappé mardi soir un vraquier en mer Noire, au sud-est d’Odessa, qui transportait du matériel militaire. Mercredi, l’armée russe a visé ce qu’elle a présenté comme des réservoirs de stockage de carburant et de lubrifiants destinés aux forces armées ukrainiennes dans le port méridional de Tchernomorsk.
Par ailleurs, en Ukraine, un drone russe a attaqué mercredi matin un minibus dans la région méridionale de Kherson, tuant quatre personnes, selon Oleksandr Prokudin, chef de l’administration militaire régionale de Kherson.
Quatre femmes ont également été blessées lors de cette frappe et ont été hospitalisées, a-t-il ajouté.
Par ailleurs, un drone russe a frappé mercredi une voiture civile dans la ville de Kherson, capitale de la région, tuant une femme, a annoncé Oleksandr Prokudin, chef de l’administration militaire régionale de Kherson.
Pendant les combats, la Russie et l’Ukraine ont chacune renvoyé chez eux 103 prisonniers de guerre mercredi, selon le ministère russe de la Défense.
