Nommée émissaire du Québec en vue de la prochaine révision de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis-Mexique (ACEUM), Louise Blais a expliqué à Noovo Info en quoi consistera exactement son rôle.
Il faut comprendre que la diplomate ne sera pas à la table de négociation trilatérale à compter de juillet pour défendre les intérêts du Québec dans le cadre d’une éventuelle entente.
Mme Blais dit qu’elle fera surtout pression auprès des représentants du Canada pour que les intérêts québécois soient «au premier plan et toujours à leur esprit».
«Je veux être un des appels qu’ils font avant de s’asseoir et un des premiers appels, sinon le premier qu’ils font lorsqu’ils se lèvent de la table pour aller faire les consultations», a décrit la conseillère stratégique, désignée comme émissaire par la première ministre Christine Fréchette dans sa mission économique à Washington.
Appel à l’unité
Car dans la révision de l’ACEUM, la question n’est pas que de tailler une place prépondérante au Québec dans l’économie nord-américaine: il faut aussi assurer la progression de la province au sein du Canada, rappelle Mme Blais.
Cela doit se faire de façon solidaire, «avec doigté», dans le respect et au gré de dialogues en temps réel, croit la diplomate.
«Le Québec et l’Ontario sont disproportionnellement touchés par les tarifs sectoriels en ce moment», souligne-t-elle. «On est vraiment les deux provinces qui ont le plus pris le coup.»
«Il faut travailler ensemble, pas se diviser.»
— Louise Blais, émissaire du Québec à la révision de l’ACEUM
Elle continue: «C’est sûr qu’il y a des secteurs économiques qui se concentrent en Ontario et d’autres au Québec, mais je pense qu’on n’est pas dans une telle situation et, par le passé, on a toujours réussi à s’entendre. On n’est pas dans une situation où on doit être l’un contre l’autre ou être divisés.»
| Des secteurs touchés par les droits de douane américains au Québec et en Ontario |
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| Aluminium et acier |
| Bois et produits forestiers |
| Industrie automobile |
| Industrie manufacturière |
| Minéraux critiques |
Faire comprendre l’importance du Québec aux États-Unis
Il y a certes faire comprendre l’importance la place du Québec dans le Canada, mais d’ici la révision de l’ACEUM, il faudra aussi consolider la perception qu’ont les Américains de la province dans l’économie continentale.
Mme Blais prend l’exemple du rôle québécois dans l’exploitation de minéraux critiques, pour lesquels Donald Trump remue ciel et terre – menaces tarifaires et d’annexion incluses – pour réduire la dépendance américaine à la Chine dans ce secteur.
Or, comment faire pour rappeler aux États-Unis «que le Québec a des leviers très importants dans ces négociations»?
L’émissaire du Québec semble croire que le ton belligérant pris par le président au début de son mandat, quand il avait déclenché un conflit commercial à grande échelle, n’est pas représentatif du point de vue de toute son administration.
«Mon expérience aux États-Unis dit qu’on a beaucoup d’alliés», dit Mme Blais. «Autant qu’il y a plusieurs élus et personnes d’importance dans l’administration qui comprennent ces enjeux-là, autant d’autres ont besoin de se faire rappeler. Le travail n’est jamais terminé.»
Tout se jouera dans la forme du message, croit la diplomate: «Si on veut qu’ils comprennent bien, il faut savoir comment le dire.»
«Il ne faut jamais faire la leçon aux Américains, sinon le message ne passe pas.»
— Louise Blais, émissaire du Québec à la révision de l’ACEUM

Autrement dit, pour convaincre l’administration du président Trump à reculer sur les droits de douane sur l’aluminium, par exemple, il faudra prudemment leur rappeler que «c’est un secteur où ils n’ont pas d’industrie à proprement dit et [que] ça fait monter les prix».
Une partie du travail se fera peut-être toute seule? «Les prix montent en flèche pour leurs produits, pour la production, pour les intrants de leur industrie…», énumère Mme Blais. «Ils entendent beaucoup de commentaires négatifs de la part de leur propre secteur.»
Fréchette bientôt au Mexique?
Les premiers échanges réalisés par la première ministre Fréchette font comprendre à Blais que les Américains «connaissent bien le Québec».
«Il y a déjà une sensibilité au Québec», insiste-t-elle. «Le fait que Jamieson Greer [le représentant américain au Commerce, NDLR] accorde une heure à la première ministre du Québec, je pense que ça en dit beaucoup.»
Pour le reste, «il faut jouer avec toutes nos cartes: on a la chance d’avoir un réseau de délégués généraux aux États-Unis qui est hyper efficace malgré peu de ressources».
La diplomate se dit prête à bâtir sur ce «momentum».
D’ailleurs, Mme Blais nous révèle qu’après cette première prompte visite de la première ministre Fréchette à Washington seulement deux semaines après son assermentation suivra «très rapidement» un voyage de la même nature au Mexique.

