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«Constructif»: Fréchette à Washington pour défendre les intérêts du Québec

«On est un joueur stratégique important dans plusieurs secteurs industriels. C’est important de le rappeler à nos partenaires américains.»

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«Constructif»: Fréchette à Washington pour défendre les intérêts du Québec ACEUM: Christine Fréchette a fait son arrivée à Washington et commençait lundi sa mission pour défendre les intérêts du Québec.

Christine Fréchette a fait son arrivée à Washington et a commencé lundi sa mission pour défendre les intérêts du Québec à l’approche de la révision de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

Rencontre avec le responsable de la révision de l’ACEUM

En début d’après-midi, Christine Fréchette a révélé avoir rencontré le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, lors de la matinée. Celui-ci est le responsable de la révision de l’ACEUM chez nos voisins du Sud.

«J’ai souligné à M. Greer que le renouvellement de l’ACEUM ne pouvait cependant se faire au détriment de nos industries et de la protection du français», a indiqué la première ministre dans une publication partagé sur les réseaux sociaux.

Au sujet de cet échange qu’elle a qualifié de «constructif», elle a dit avoir rappelé à son interlocuteur l’importance économique du Québec pour plusieurs États américains.

«Bâtir une relation économique basée sur l’imprévisibilité et l’incertitude, c’est impossible. Pour prospérer, il nous faut un accord bénéfique et non des tarifs. C’est ce que les Québécois veulent. C’est ce que nos partenaires économiques américains veulent. C’est ce que je veux aussi», a-t-elle ajouté.

Le représentant américain au Commerce est à ne pas confondre avec le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick.

Sur le site officiel du Bureau du représentant au Commerce, il est écrit que M. Greer «s’est donné pour priorité de placer l’Amérique au premier plan en matière commerciale, en combattant les pratiques commerciales étrangères déloyales, en élargissant l’accès aux marchés pour les produits ‘Made in America’ et en garantissant l’équilibre et la réciprocité dans les relations commerciales des États-Unis». 

Il est aussi écrit qu’il a joué un rôle déterminant dans la négociation de la première mouture de l’ACEUM. 

Table ronde bilatérale

Après avoir rencontré M. Greer, Mme Fréchette a tenu une table ronde avec des représentants des associations d’affaires canado-américaines dans un chic restaurant de Washington.

«Il y a beaucoup de changements dans le contexte international et nous devons partager des idées et mettre en œuvre une collaboration entre nous pour faire face à ces changements», a-t-elle dit à ses interlocuteurs.

Il y avait là notamment le vice-président responsable des États-Unis du Conseil canadien des affaires, John Dickerman, le président de The Aliminum Association, Charles Johnson, le président et chef de la direction  du National Lumber and Building Material Dealers Association (Association nationale des marchands de bois et de matériaux de construction), ainsi qu’une représentante de General Motors. 

«Notre relation (bilatérale) entretient et supporte des dizaines, des centaines de milliers d’emplois de part et d’autre de la frontière et c’est important pour moi de bien expliquer l’importance de cette relation à des partenaires économiques et politiques comme vous», a-t-elle ajouté.

En après-midi, Mme Fréchette devait se rendre au Congrès pour rencontrer de nombreux représentants, issus de Californie, de New York et du Nebraska.  

La porte-parole de la première ministre a notamment confirmé que des échanges devaient avoir lieu avec les représentants Adrian Smith (Nebraska), Nicholas A Langworthy (New York), Claudia Tenney (New York), Nicole Malliotakis (New York), Gabe Amo (Rhodes Island) et Jimmy Panetta (Californie). 

Rencontre avec l’ambassadeur controversé du Canada

La première ministre a commencé sa journée avec une rencontre avec l’ambassadeur du Canada, Mark Wiseman, en matinée.

Ce dernier a été plongé dans une controverse récemment. Une invitation aux élus fédéraux lancée en anglais seulement lui a valu la réprobation de la classe politique et même du premier ministre Mark Carney.

De surcroît, avant sa nomination, M. Wiseman avait à de nombreuses reprises dénoncé le système de gestion de l’offre. Ce système protège l’industrie laitière au Québec, mais il est menacé lors de chaque négociation d’un accord commercial avec les États-Unis, qui réclament son abolition.

D’ailleurs, questionnée sur le contenu des échanges avec l’ambassadeur, une représentante du Bureau de la première ministre a fait savoir que la «protection du français et la gestion de l’offre sont des conditions non négociables pour la première ministre».

Il a aussi été question de «l’état des négociations» concernant l’ACEUM et de «l’état des relations entre les États-Unis et Canada».

Enfin, il a été question de «l’enjeu du français» et des occasions «pour ces marchés de faire affaires avec les marchés francophones», a-t-on indiqué, sans préciser davantage.

Première mission officielle à l’étranger

En mêlée de presse avant sa première rencontre, Mme Fréchette avait dévoilé ses couleurs.

«On est un joueur stratégique important dans plusieurs secteurs industriels», a statué la première ministre. «C’est important de le rappeler à nos partenaires américains.»

Mme Fréchette a cité «le positionnement, cette force, cette expertise qu’on a au Québec, que ce soit dans le domaine de l’énergie, de l’aluminium, du bois, du cuivre, l’aérospatiale…»

Sa première mission officielle à l’étranger dans ses nouvelles fonctions a lieu à peine deux semaines après son élection à la tête de la Coalition avenir Québec (CAQ), au terme de la course à la succession de François Legault...

Et au retour d’un week-end houleux à Washington, lors duquel le président Donald Trump et d’autres hauts responsables américains ont été pris pour cible par un assaillant dans un attentat raté au dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

«J’ai condamné les évènements de samedi, mais j’ai voulu venir quand même à Washington», a rappelé Mme Fréchette, pour qui «c’était important de venir à Washington rapidement».

«Ça ne fait même pas deux semaines que j’ai été assermentée et on sait l’importance qu’occupent les États-Unis pour nous au Québec, alors c’était important de venir à leur rencontre rapidement, à l’aube des discussions pour réviser l’Accord.»

—  Christine Fréchette

En effet, il faut dire que le temps presse pour la nouvelle première ministre.

Les entreprises québécoises sont durement frappées par les droits de douane imposés par l’administration Trump, les élections générales ont lieu en octobre et son parti est largement déclassé d’un sondage à l’autre.

L’entretien avec l’ambassadeur canadien pourrait être un premier défi pour Christine Fréchette.

Avant sa nomination, M. Wiseman avait à de nombreuses reprises dénoncé le système de gestion de l’offre. Ce système protège l’industrie laitière au Québec, mais il est menacé lors de chaque négociation d’un accord commercial avec les États-Unis, qui réclament son abolition.

Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Québec, mais, depuis mars 2025, les droits de douane américains ont durement frappé plusieurs secteurs industriels canadiens, malgré les protestations d’Ottawa et du gouvernement caquiste.

En 2024, près des trois quarts des exportations du Québec (73,5 %) étaient destinés au marché américain, pour une valeur de 91,2 milliards $.

Il s’agissait essentiellement d’aéronefs, d’aluminium, de moteurs d’aéronefs et de produits miniers tels que l’or, l’argent, de métaux du groupe du platine, et leurs alliages.

Avec de l’information de Patrice Bergeron pour La Presse canadienne.