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Quels sont les impacts au Canada des visées de Trump sur le Groenland?

Voici un aperçu des raisons qui ont placé le Groenland sous les feux de la rampe internationale.

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Une personne marche à Nuuk, au Groenland, le jeudi 5 février 2026. Une personne marche à Nuuk, au Groenland, le jeudi 5 février 2026. (Christinne Muschi)

Les voisins géographiques les plus proches du Canada, les Groenlandais, sont en proie à un conflit croissant qui menace de rompre l’alliance militaire protégeant les nations de l’Atlantique Nord depuis des décennies.

Le président américain, Donald Trump, ne cesse de parler d’annexion du Groenland, territoire danois où le Canada s’apprête à ouvrir une mission diplomatique.

Voici un aperçu des raisons pour lesquelles la diplomatie, les changements climatiques et les ressources naturelles ont placé le Groenland sous les feux de la rampe internationale, et des conséquences que cette guerre de mots pourrait avoir sur la sécurité canadienne:

Pourquoi le Groenland est-il danois?

Le Groenland est une île riche en minéraux, dont 80 % du territoire se situe au-delà du cercle polaire arctique. Il abrite environ 56 000 habitants, principalement des Inuits. L’île bénéficie d’une certaine autonomie au sein du Royaume du Danemark, qui gère sa politique étrangère.

Des missionnaires ont colonisé cette masse terrestre au XVIIIe siècle, à l’époque où le Danemark et la Norvège n’avaient qu’un seul monarque. Le Groenland est devenu territoire danois lors de l’éclatement de la monarchie en 1814. Il s’agit d’un territoire autonome du Danemark, allié de longue date des États-Unis, qui a rejeté à plusieurs reprises les propositions de M. Trump d’acheter ou même d’annexer ce territoire.

Le gouvernement groenlandais s’oppose également aux visées américaines sur l’île, affirmant que le peuple groenlandais décidera de son propre avenir.

En 2015, le Rapport sur le développement humain dans l’Arctique a mis en évidence des problèmes sociaux au Groenland similaires à ceux du Nunavut, notamment d’importantes inégalités en matière de santé.

Pourquoi le Groenland est-il stratégique?

Le Groenland joue un rôle crucial dans la défense de l’Amérique du Nord depuis la Deuxième Guerre mondiale, lorsque les États-Unis ont occupé le territoire pour empêcher qu’il ne tombe aux mains de l’Allemagne nazie. Il est également vital pour la protection des voies maritimes de l’Atlantique Nord.

Le Groenland contrôle une partie de ce que l’on appelle la «ligne GIUK», la zone située entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni, où l’OTAN surveille les mouvements navals russes dans l’Atlantique Nord. Les analystes considèrent cette zone comme stratégique pour la navigation et comme une ligne de défense extérieure contre les menaces pesant sur les États-Unis.

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Le département américain de la Défense exploite la base spatiale isolée de Pituffik, au nord-ouest du Groenland, construite après la signature d’un traité en 1951. Cette base soutient les opérations d’alerte antimissile, de défense antimissile et de surveillance spatiale des États-Unis et de l’OTAN.

Thomas Crosbie, professeur associé d’opérations militaires au Collège royal de défense danois, estime qu’une prise de contrôle américaine n’améliorerait pas la stratégie de sécurité actuelle de Washington.

«Ils n’y ont aucun avantage, car ils bénéficient déjà de tous les avantages qu’ils souhaitent, a-t-il soutenu dans un entretien avec l’Associated Press. Si un accès spécifique à des ressources de sécurité est nécessaire pour renforcer la sécurité américaine, il leur sera accordé de plein droit, en tant qu’allié de confiance. Cela n’a donc rien à voir avec l’amélioration de la sécurité nationale des États-Unis.»

Comment le changement climatique exacerbe-t-il les tensions?

Après la fin de la Guerre froide, l’Arctique était largement une zone de coopération internationale. Mais le changement climatique amincit la banquise arctique et ouvre la perspective de nouvelles routes maritimes par le passage du Nord-Ouest.

Cela a ravivé la rivalité avec la Russie – qui a restauré d’anciennes infrastructures soviétiques et construit de nouvelles installations militaires dans la région – et la Chine, qui se revendique comme un «État quasi-arctique».

Les inquiétudes des dirigeants européens concernant l’Arctique se sont accrues lorsque la Russie a transformé l’annexion de certaines parties de l’Ukraine en 2014 en une invasion à grande échelle en 2022.

L’an dernier, le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré que Moscou s’inquiétait des activités de l’OTAN dans l’Arctique et qu’il réagirait en renforçant les capacités de ses forces armées sur place. Il a également affirmé que Moscou restait ouvert à une coopération internationale plus large dans la région.

Qu’en est-il des minéraux?

Le Groenland est également une riche source de terres rares: 17 métaux chimiquement similaires constituent un composant essentiel des cellulaires, des ordinateurs, des batteries et d’autres produits de haute technologie qui devraient stimuler l’économie mondiale dans les décennies à venir.

Cette richesse a suscité l’intérêt des États-Unis et d’autres puissances occidentales désireuses de réduire la domination de la Chine sur les marchés de ces minéraux critiques. Actuellement, la Chine extrait près des deux tiers de l’approvisionnement mondial en terres rares et a menacé d’imposer des restrictions à l’exportation.

L’exploitation des ressources minérales du Groenland est complexe en raison du climat rigoureux de l’île. Les contrôles environnementaux stricts constituent un obstacle supplémentaire pour les investisseurs potentiels.

Groenland: les menaces de Donald Trump posent un défi Les menaces du président américain Donald Trump d’annexer le Groenland constituent un défi au niveau de la sécurité.

Pourquoi le Canada s’y installe-t-il?

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, inaugurera officiellement un consulat canadien à Nuuk, la capitale du Groenland, vendredi. Cette initiative, qui a attiré l’attention dans la foulée des menaces de M. Trump, était toutefois prévue avant son retour au pouvoir.

Le consulat s’inscrit dans le cadre d’une politique étrangère pour l’Arctique, publiée fin 2024, qui préconisait un accroissement des investissements dans la défense et les infrastructures du Nord, ainsi que l’ouverture d’un nouveau consulat à Anchorage, en Alaska. Cette politique indiquait que le consulat de Nuuk renforcerait les liens en matière de recherche et d’échanges commerciaux.

Mme Anand dit avoir exhorté le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, à inciter l’alliance à se concentrer davantage sur le Nord.

«Le Canada a exporté ses dépenses de défense et militaires vers l’Europe pendant les deux guerres mondiales. Il est temps que l’OTAN se concentre elle aussi sur l’Atlantique Nord et l’Arctique», a-t-elle déclaré au Canadian Club de Toronto le 12 décembre.

Qu’a dit Donald Trump?

Pendant son premier mandat, le président Trump a évoqué la possibilité d’acheter le Groenland. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a qualifié cette idée d’«absurde», ce qui a amené M. Trump à annuler une visite d’État prévue à Copenhague en 2019.

Donald Trump s’est montré plus loquace durant son second mandat. «Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale, et le Danemark ne pourra pas nous le fournir», a tranché M. Trump, après la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines.

Ses propos ont manifestement inquiété les alliés de l’OTAN. Début janvier, M. Trump avait déclaré aux journalistes qu’ils reparleraient du Groenland «dans 20 jours».

«Le Groenland est infesté de navires russes et chinois», avait-il affirmé. L’Institut danois d’études internationales indique que ces pays ont des navires dans l’Arctique, mais pas à portée de vue du Groenland.

Plus tôt ce mois-ci, la Maison-Blanche a souligné que l’acquisition du Groenland était un «objectif important de politique étrangère, et bien sûr, le recours à l’armée américaine reste toujours une option à la disposition du commandant en chef».

M. Trump a récemment renoncé à ses menaces d’utiliser la force pour s’emparer de ce territoire danois. La première ministre Frederiksen a signalé qu’une prise de contrôle américaine du Groenland signifierait la fin de l’OTAN, alliance militaire qui protège les États-Unis, le Canada et l’Europe des menaces émanant de la Russie et d’autres antagonistes depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

La liste des nombreuses acquisitions des États-Unis au cours de son histoire Tous les yeux sont rivés vers le Groenland depuis les propos du président américain Donald Trump, qui répète ad nauseam vouloir obtenir le territoire danois à tout prix.

Roland Paris, directeur de l’École supérieure d’affaires publiques et internationales, a écrit sur la plateforme X que toute tentative américaine de s’emparer du Groenland constituerait un «séisme» qui obligerait le Canada à «repenser tous les aspects de ses relations avec les États-Unis».

Les menaces de Donald Trump ont dominé les débats du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le mois dernier. Le premier ministre Mark Carney y a prononcé un discours largement salué, exhortant les puissances moyennes à collaborer contre l’hégémonie des grandes puissances.

M. Trump a également évoqué à plusieurs reprises la possibilité de faire du Canada un État américain. À Nuuk, on a pu voir des habitants porter des vêtements arborant le message «Le Groenland n’est pas à vendre», un slogan similaire à celui popularisé au Canada par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.

Comment les Danois réagissent-ils?

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le Danemark a renforcé sa présence militaire autour du Groenland et dans l’Atlantique Nord.

L’année dernière, Copenhague a annoncé un investissement de plus de 3 milliards $ pour «améliorer ses capacités de surveillance et de maintien de sa souveraineté dans la région» du Groenland et des îles Féroé.

Ce plan prévoit l’acquisition par le Danemark de trois nouveaux navires de guerre arctiques, de deux drones de surveillance à longue portée supplémentaires et d’une capacité satellitaire accrue.

Le Commandement arctique conjoint danois, basé à Nuuk, est responsable de la «surveillance, de l’affirmation de la souveraineté et de la défense militaire du Groenland et des îles Féroé», selon son site web. Il dispose de stations satellitaires plus petites réparties sur l’archipel.

La patrouille de chiens de traîneau Sirius, une unité d’élite de la marine danoise chargée de la reconnaissance à longue portée et du respect de la souveraineté danoise dans l’Arctique, est également stationnée au Groenland.

Donald Trump a minimisé les efforts danois, les qualifiant d’ajout d’«un traîneau à chiens de plus» à l’arsenal du territoire arctique.

En juin dernier, le Danemark a élargi un accord militaire antérieur afin d’autoriser l’implantation de bases militaires américaines sur son territoire et d’accorder aux Américains un accès accru aux bases aériennes danoises. Copenhague affirme que cet accord pourrait être révoqué si les États-Unis tentent d’annexer le Groenland.

Dylan Robertson

Dylan Robertson

Journaliste