L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) a annoncé la suspension de certaines de ses opérations dans l’un des plus grands hôpitaux encore en activité dans la bande de Gaza, après que des patients et des membres du personnel eurent signalé la présence d’hommes armés et masqués dans certaines parties de l’établissement médical.
L’hôpital Nasser, situé dans la ville de Khan Younis, est l’un des rares hôpitaux encore en activité dans la bande de Gaza. Des centaines de patients et de blessés de guerre y ont été soignés. L’établissement sert aussi de centre d’accueil pour les prisonniers palestiniens libérés par Israël en échange d’otages israéliens dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
Médecins Sans Frontières a déclaré dans un communiqué que toutes ses opérations médicales non essentielles à l’hôpital Nasser étaient suspendues en raison de «failles de sécurité» qui constituaient de graves menaces pour la sécurité de ses équipes et de ses patients.
L’organisme n’a fait part de sa décision que dans la section «Foire aux questions» de son site internet, mais le site n’a pas été mis à jour depuis le 11 février. La suspension serait survenue en janvier. Il est rare que MSF fasse des annonces publiques au sujet de la présence d’hommes armés dans ou à proximité d’établissements médicaux depuis le début de la guerre, il y a plus de deux ans.
«Les équipes de MSF ont signalé une série d’actes inacceptables, notamment la présence d’hommes armés, des intimidations, des arrestations arbitraires de patients et, récemment, des soupçons de trafic d’armes», indique le communiqué.
Attaques contre des établissements de santé
Les groupes armés se sont multipliés à Gaza à la suite de la guerre. Certains sont soutenus par l’armée israélienne dans la partie de la bande de Gaza contrôlée par Israël. Le personnel de l’hôpital Nasser affirme avoir été attaqué à plusieurs reprises ces derniers mois par des membres de tribus armées et des milices, malgré la présence de la police sur place.
Le groupe a déclaré avoir fait part de ses préoccupations aux autorités compétentes, soulignant que les hôpitaux doivent rester des espaces civils neutres. Il a ajouté que ses inquiétudes étaient également renforcées par les attaques délibérées menées précédemment par Israël contre des établissements de santé pendant la guerre.
Tout au long de la guerre, Israël a frappé à plusieurs reprises des hôpitaux, dont celui de Nasser, accusant le Hamas d’être actif à l’intérieur ou à proximité. Des membres des forces de sécurité du Hamas ont également été souvent aperçus à l’intérieur des hôpitaux, bloquant l’accès à certaines zones des établissements.
Certains otages libérés de Gaza ont déclaré avoir passé une partie de leur captivité dans un hôpital.
Déploiement de la police
Le ministère de l’Intérieur dirigé par le Hamas, qui supervise les forces de police à Gaza, a déclaré samedi que la police serait déployée pour sécuriser les hôpitaux et les débarrasser de toute présence armée. Il a ajouté qu’il engagerait des poursuites judiciaires contre les contrevenants et qu’il était en train de mettre en œuvre des mesures plus strictes pour assurer la sécurité des patients.
Si le droit international accorde aux hôpitaux une protection spéciale en temps de guerre, ceux-ci peuvent perdre cette immunité si des combattants les utilisent pour se cacher ou stocker des armes, selon le Comité international de la Croix-Rouge. Toutefois, un préavis suffisant doit être donné pour permettre l’évacuation du personnel et des patients avant toute opération. Si les dommages causés aux civils par une attaque sont disproportionnés par rapport à l’objectif militaire, celle-ci est illégale au regard du droit international.
Les organisations humanitaires et les associations de défense des droits de l’homme affirment qu’Israël a décimé le système de santé de Gaza, forçant la plupart des hôpitaux à fermer et endommageant gravement les autres. Pendant la guerre, les forces israéliennes ont mené des raids contre plusieurs hôpitaux et en ont bombardé d’autres, détenant des centaines de membres du personnel.
Impact sur un système médical déjà affaibli
MSF a déclaré que jusqu’à nouvel ordre, elle continuerait à soutenir les services essentiels de l’hôpital Nasser, notamment les services d’hospitalisation et de chirurgie pour les patients souffrant de traumatismes ou de brûlures. Cependant, elle met fin à son soutien aux services de pédiatrie et de maternité, y compris l’unité de soins intensifs néonatals. Elle a également suspendu indéfiniment ses consultations externes pour le dépistage des brûlures en 3D et la santé mentale, ainsi que d’autres services.
Zaher al-Waheidi, chef du service des archives du ministère de la Santé, a déclaré que la suspension de MSF aurait un impact significatif, car des centaines de patients sont admis chaque jour dans les services de maternité et de brûlés. Il a ajouté que le ministère de la Santé prendrait en charge les soins aux patientes en maternité, mais que les victimes de brûlures n’auraient pas beaucoup d’options.
Israël mène une campagne de répression contre les organisations humanitaires opérant à Gaza et en Cisjordanie occupée, y compris MSF. L’organisation fait partie de la trentaine d’organisations humanitaires auxquelles Israël a interdit d’opérer dans la bande de Gaza pour non-respect des nouvelles règles d’enregistrement.
MSF affirme que la décision d’Israël aura un impact catastrophique sur son travail à Gaza, où elle finance et fournit du personnel international à six hôpitaux, et gère deux hôpitaux de campagne et huit centres de santé primaires, cliniques et points de soins. Elle gère également deux des cinq centres de stabilisation de Gaza, qui viennent en aide aux enfants souffrant de malnutrition sévère.
