Le chancelier allemand Friedrich Merz semblait se diriger dimanche vers un cuisant revers lors de deux élections régionales, qui se sont soldées notamment par une défaite historique pour son parti. Malgré tout, il s’est engagé à poursuivre les réformes, potentiellement douloureuses, de la plus grande économie européenne.
Les premières projections de la chaîne publique ARD, indiquait que l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti de centre droit de M. Merz, n’avait obtenu que 5,2 % des voix en Mecklembourg-Poméranie occidentale — le plus mauvais résultat jamais enregistré par le parti dans un Land depuis la Seconde Guerre mondiale. Le parti «Alternative pour l’Allemagne» (AfD), hostile à l’immigration et favorable à la Russie, a quant à lui réalisé des gains significatifs et pourrait atteindre 37,7 % des suffrages.
Merz a qualifié le résultat de son parti de «désastreux», mais s’est montré combatif, refusant tout recul par rapport au programme de réformes de son gouvernement. Il a fait valoir que les problèmes économiques et politiques de l’Allemagne rendaient les réformes difficiles et potentiellement impopulaires d’autant plus urgentes, et s’est engagé à aller de l’avant.
«Ce qu’il faut faire maintenant exige de la fermeté, de la constance et de la patience», a déclaré Merz dans un communiqué peu après l’annonce des résultats des sondages à la sortie des urnes à la télévision publique. «Je ferai preuve de ces qualités en tant que président de la CDU et, surtout, en tant que chancelier de notre pays.»
À Berlin, la CDU devait arriver en deuxième position avec 19,8% des voix, derrière Die Linke, un parti de la gauche radicale, à 25,1%, selon ARD. L’AfD pourrait obtenir 15,6 % des suffrages.
L’autorité de Merz avait déjà été ébranlée par la cuisante défaite de la CDU face à l’AfD lors des élections du 6 septembre dans le petit Land de Saxe-Anhalt, dans l’est du pays. Ce résultat avait choqué de nombreux Allemands qui pensaient que leur pays avait développé une immunité face à l’extrême droite et aux discours de supériorité raciale après avoir affronté les horreurs de son passé nazi grâce à l’éducation et à des lois interdisant la persécution.
M. Merz, âgé de 70 ans, est devenu le dirigeant de l’Allemagne, il y a 16 mois, en promettant de redresser une économie qui n’a pratiquement pas connu de croissance depuis des années, mais il n’a pas réussi à redonner le moral à une population morose et est lui-même devenu profondément impopulaire.
La forte progression de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt, où le parti a plus que jamais la possibilité de former le premier gouvernement régional d’extrême droite du pays depuis la Seconde Guerre mondiale, a également affaibli davantage la position du chancelier à l’échelle nationale. Au cours des deux dernières semaines, des voix se sont même élevées au sein de son propre parti pour réclamer son remplacement au poste de chancelier, bien qu’aucun de ses principaux alliés n’ait publiquement appelé à son départ et que beaucoup aient mis en garde contre les «débats sur les personnalités».
Le coprésident national de l’AfD, Tino Chrupalla, a déclaré à la chaîne ZDF que la déclaration du chancelier était plus que faible. «Il a annoncé qu’il ne s’arrêterait pas au lieu de tirer les conséquences des scrutins et de démissionner.»
Anticipant apparemment une période postélectorale difficile, M. Merz a annulé un voyage prévu à New York la semaine prochaine pour assister à l’Assemblée générale des Nations unies. Malgré ces vents contraires, il a répété à plusieurs reprises qu’il était déterminé à rester en poste et à mener à bien son mandat de chancelier.
