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Le président de Cornell admet n'avoir jamais donné suite à la plainte de Jane Doe

L’affaire a fait couler beaucoup d’encre depuis que la jeune femme, identifiée dans les documents judiciaires sous le nom de Jane Doe, a intenté une poursuite judiciaire en septembre.

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Des manifestants défilent du Monument de Washington à la Maison-Blanche lors d'une manifestation intitulée «Arrêtez la violence sexuelle» à Washington, le jeudi 8 octobre 2026. Photo AP/Jose Luis Magana Des manifestants défilent du Monument de Washington à la Maison-Blanche lors d'une manifestation intitulée «Arrêtez la violence sexuelle» à Washington, le jeudi 8 octobre 2026. Photo AP/Jose Luis Magana (Jose Luis Magana)

Le président de l’université Cornell, Michael Kotlikoff, savait dès 2024 qu’une étudiante avait signalé avoir été victime d’un viol collectif dans une maison de «fraternité», mais il n’a jamais donné suite pour savoir ce qui lui était arrivé ni si l’un des étudiants accusés avait été sanctionné.

Dans une entrevue accordée au New York Times et publiée mardi, M. Kotlikoff a reconnu qu’il n’avait appris que récemment que la jeune femme avait quitté l’université de Cornell, et que des étudiants avaient été renvoyés ou suspendus à la suite de cet événement.

Le président avait constitué un groupe de travail présidentiel chargé d’examiner la manière dont Cornell traite les agressions sexuelles à la suite de la plainte de Jane Doe, mais a reconnu cette semaine qu’il n’avait jamais assuré de suivi pour connaître les conclusions des enquêtes pénales.

Ces révélations sont survenues à la veille d’une séance du Sénat académique de Cornell devant porter sur une motion de censure à l’encontre de l’administration de M. Kotlikoff.

L’affaire a fait couler beaucoup d’encre depuis que la jeune femme, identifiée dans les documents judiciaires sous le nom de Jane Doe, a intenté une poursuite judiciaire en septembre. Elle accuse sept membres de la fraternité Chi Phi de l’avoir agressée sexuellement et exploitée en octobre 2024, et l’université de Cornell d’avoir négligé son dossier.

Cette nouvelle poursuite a conduit le procureur Matthew Van Houten à rouvrir l’enquête qu’il avait laissée tomber à l’époque.

La motion de censure débattue au Sénat académique de Cornell reflète les inquiétudes croissantes de certains membres du corps professoral, qui estiment que les personnes signalant des comportements sexuels répréhensibles se heurtent à des obstacles institutionnels et craignent des représailles.

Certains appellent à la démission de M. Kotlikoff dès maintenant, tandis que d’autres suggèrent d’attendre les conclusions des enquêtes indépendantes en cours.

M. Kotlikoff devait s’adresser au Sénat de la faculté mercredi avant que les membres ne commencent à débattre de la motion. Le débat devrait se poursuivre le 28 octobre, suivi d’un vote électronique du Sénat de la faculté, qui compte 136 membres votants. Une majorité simple est requise pour l’adoption de la résolution.

Une professeure prend la parole

Pour Ariana Kim, professeure agrégée de musique à Cornell et coautrice de la motion, le fait que M. Kotlikoff ait reconnu ne pas avoir donné suite au cas de cette femme est profondément troublant.

Ariana Kim, violoniste et finaliste aux prix Grammy, a expliqué avoir elle aussi subi de l’intimidation et du harcèlement sexuel de la part de collègues plus anciens.

L’université n’a pas correctement consigné ses plaintes et elle n’a jamais été clairement informée des mesures disciplinaires qui avaient été prises, le cas échéant, a-t-elle indiqué.

La professeure Kim estime que le fait d’avoir signalé ces comportements répréhensibles a même nui à sa candidature en vue d’obtenir sa permanence.

Aujourd’hui en quête d’une promotion au poste de professeur titulaire, Mme Kim est consciente que critiquer publiquement les dirigeants de l’université pourrait à nouveau compromettre sa carrière.

«Je m’exprime publiquement contre cette administration qui pourrait très bien refuser ma promotion», a-t-elle soutenu.

Mardi, le président de l’université a annoncé l’interdiction des fêtes organisées par les fraternités jusqu’à la fin de l’année scolaire et prévoit de confier à la police d’État un rôle dans les enquêtes sur les signalements d’agressions sexuelles.

Si cette annonce est saluée par plusieurs, certains membres du Sénat ont remis en question le moment choisi pour cette annonce, la veille du débat sur la mention de censure.