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La situation demeure tendue à Ceuta après le départ de la plupart des migrants

La plupart des 60 000 migrants étaient repartis à pied vers le Maroc dès dimanche.

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Escortés par des soldats espagnols, des migrants qui étaient entrés dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, retournent au Maroc, le 1er août 2026. AP/Antonio Sempere Escortés par des soldats espagnols, des migrants qui étaient entrés dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, retournent au Maroc, le 1er août 2026. AP (Antonio Sempere)

Ceuta ne donnait plus l’impression d’être une ville en ébullition, mais les événements de la semaine étaient toujours présents dans tous les esprits.

La plupart des 60 000 migrants qui, cette semaine, avaient nagé, grimpé et finalement pris d’assaut cette minuscule enclave espagnole en Afrique du Nord, étaient repartis à pied vers le Maroc dès dimanche, tandis que d’autres tentaient de se fondre dans la population locale pour rester sur place. Les navires de la Garde civile espagnole continuaient de rechercher les corps des migrants dans les eaux proches de la plage urbaine que des dizaines de milliers d’entre eux avaient franchie quelques jours plus tôt.

Les commerces de Ceuta ont rouvert leurs portes, et le mélange habituel d’habitants et de touristes de cette ville de 84 000 habitants envahissait les terrasses en plein air, les restaurants et les cafés.

Plus de 60 000 migrants traversent la frontière depuis le Maroc vers l’enclave espagnole de Ceuta Environ 60 000 migrants ont traversé la frontière ces derniers jours entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Il était difficile vendredi de savoir clairement ce qui a provoqué cette soudaine arrivée en masse de migrants en provenance du Maroc, principalement des jeunes hommes et des adolescents.

Mais la ville, qui se targue d’accueillir quatre cultures, était encore aux prises avec les conséquences de cette vague migratoire à la frontière, les habitants étant divisés sur ses causes et sur l’identité exacte des responsables.

L’afflux massif à la frontière redonne un nouveau souffle au débat sur l’immigration en Europe

Au moins 72 migrants ont trouvé la mort, dont certains se sont noyés et d’autres ont été tués dans une bousculade alors qu’ils tentaient de franchir une barrière de protection, ont indiqué dimanche les autorités espagnoles. La crise humanitaire provoquée par cet afflux soudain de personnes a relancé le débat sur l’immigration en Europe et au-delà.

«Ce n’est pas la faute des jeunes hommes, dit Mohamad Abdelkader Driss, serveur dans un restaurant de poisson frit de la ville. Si on ouvre la frontière, bien sûr que tout le monde entre, mais ce ne sont pas les jeunes hommes qui doivent être mis en cause. Ce sont les autorités qui sont responsables.»

Certains migrants qui sont retournés au Maroc ont décrit une frontière qui était de fait ouverte et ont affirmé que les autorités n’avaient pratiquement rien fait pendant que des milliers de personnes la franchissaient.

Les arrivées non autorisées de 50 000 à 60 000 personnes, principalement des jeunes hommes, jeudi et vendredi, ont fait augmenter la population de Ceuta de plus de moitié. M. Abdelkader déplore ce qui s’est passé, mais souligne que ceux qui avaient franchi la frontière s’étaient relativement bien comportés.

«Ça aurait pu être bien pire», lance-t-il.

L’extrême droite veut en profiter

Au cours du week-end, des responsables politiques espagnols d’extrême droite et anti-immigrés, ainsi que des influenceurs de droite connus, ont afflué dans la ville, déclenchant des contre-manifestations auxquelles ont participé des membres de l’importante communauté musulmane de la ville, dont beaucoup sont d’origine marocaine.

Alvise Pérez, un homme politique espagnol d’extrême droite et membre du Parlement européen, a appelé samedi soir à l’expulsion des migrants alors qu’il faisait face à une foule en colère de contre-manifestants opposés à sa cause. M. Pérez a finalement dû se réfugier dans un bar tandis que des habitants frappaient aux vitres, jusqu’à ce que la police l’escorte hors des lieux.

Parmi les contre-manifestants présents samedi figurait Noor Ahmed, une étudiante de 20 ans résidant à Ceuta. Elle a dénoncé la présence de personnalités telles que M. Pérez dans sa ville, les qualifiant d’opportunistes.

«Ils veulent simplement tirer profit de la crise humanitaire que traverse actuellement Ceuta», observe Mme Ahmed.

Santiago Abascal, le chef du parti d’extrême droite Vox, s’est rendu à Ceuta dimanche, fustigeant le gouvernement espagnol pour l’afflux de migrants, qu’il a qualifié d’«invasion».

«Les frontières de Ceuta et de Melilla sont les murs de notre foyer et de notre patrie, et elles ne sont pas protégées par un gouvernement corrompu et traître», dénonce-t-il.

Certains habitants, tout en reconnaissant que la population de Ceuta, composée de chrétiens, de musulmans, de juifs et d’hindous, vit habituellement dans une relative harmonie, s’inquiètent.

Eva Barrientos, une habitante de Ceuta qui travaille dans une entreprise de logistique, a voulu entendre ce que M. Pérez et les autres personnalités de droite avaient à dire. Elle était convaincue qu’un événement similaire se reproduirait et s’interrogeait sur la loyauté de certains résidents de Ceuta nés à l’étranger envers l’Espagne.

«À Ceuta, nous avons toujours vécu ensemble. Quatre cultures cohabitent très bien, sans aucun problème», souligne-t-elle. Mais la seule chose dont nous prenons conscience aujourd’hui, c’est qu’il y a un ennemi à l’intérieur.»

Elle a également accusé certains résidents d’origine étrangère d’être plus fidèles au Maroc qu’au pays dans lequel ils vivaient.