L’afflux massif et soudain de 60 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, située sur la côte nord du Maroc, a déclenché une crise pour l’Espagne et l’Union européenne.
Voici ce que l’on sait de cette crise.
Un afflux d’une ampleur inédite
Le nombre de migrants entrés à Ceuta est considérable au regard de la population de l’enclave, qui compte 80 000 habitants.
Quelque 60 000 migrants sont arrivés en l’espace de deux ou trois jours, selon une estimation du président du gouvernement local, Juan Jesus Vivas.
Environ 200 migrants arrivaient «chaque minute», a affirmé Ignacio Cembrero, journaliste spécialisé dans les questions migratoires en Afrique du Nord.
Le ministère espagnol de l’Intérieur a cependant recensé 37 500 personnes qui ont depuis quitté Ceuta pour retourner au Maroc, a annoncé vendredi après-midi le ministère espagnol de l’Intérieur.
Cette arrivée massive dépasse largement celle de mai 2021, lorsqu’environ 12 000 migrants avaient afflué à Ceuta en quelques jours, selon l’Observatoire de Ceuta et Melilla.
Le Maroc laisse-t-il faire?
Selon Ignacio Cembrero, il semblerait que, depuis mercredi, les forces de sécurité marocaines «restent les bras croisés».
«Pour atteindre la digue qui marque la frontière entre Ceuta et le Maroc, il y a des cordons de police et de forces auxiliaires, et il est évident qu’on les a laissés passer. Sinon, cela ne se serait pas produit.»
— Ignacio Cembrero
Carlos Echeverria, directeur de l’Observatoire de Ceuta et Melilla, a estimé que l’usage du terme controversé d’«invasion» peut se justifier, dans la mesure où «des milliers de personnes franchissent illégalement une frontière internationale en exerçant une pression sur un pays voisin».
Pourquoi maintenant?
Selon les experts interrogés par l’AFP, plusieurs explications sont possibles.
L’une d’elles tient à une décision rendue le 8 juillet par la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d’un migrant sans ouverture préalable d’une procédure administrative d’expulsion ne s’applique pas aux personnes arrivées par voie maritime.
«Il ne fait aucun doute que l’arrêt du 8 juillet (…) a joué un rôle. Mais cela n’explique pas l’ampleur de la mobilisation, qui est très importante», a soulevé M. Cembrero.
Cette arrivée massive pourrait également avoir été favorisée par la récente décision du gouvernement espagnol de régulariser des personnes entrées illégalement dans le pays, ou par la perspective d’un éventuel changement de majorité au pouvoir au profit d’un exécutif plus ferme sur l’immigration.
Mais ces deux hypothèses restent difficiles à confirmer, ont souligné les analystes.
Un moyen de pression pour le Maroc?
«Le plus important, le contexte, c’est ce chantage permanent» exercé par le Maroc, a souligné M. Echeverria.
Selon plusieurs analystes, les crises migratoires à répétition et le supposé laxisme des forces de sécurité marocaines constituent des moyens de pression diplomatique.
Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla depuis son indépendance en 1956, tandis que l’Espagne refuse catégoriquement toute négociation sur l’avenir de ces deux enclaves.

Pour Ignacio Cembrero, «les autorités marocaines y ont vu une occasion de forcer l’Espagne à négocier l’avenir de ces villes».
Face à cette revendication territoriale «inacceptable», Carlos Echeverria juge que la question doit être «européanisée».
«Nous devons obtenir des mesures de rétorsion de la part de l’Union européenne, en tant qu’État membre,», a-t-il plaidé.