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Importante manifestation contre la crise du logement en Espagne

Elle faisait suite à l’expulsion dramatique, mercredi, d’une femme de 87 ans de l’appartement de Madrid où elle vivait depuis des décennies.

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Des personnes se sont rassemblées lors d'une manifestation pour réclamer un renforcement de la législation visant à protéger les locataires, le 26 septembre 2026 à Madrid, en Espagne. (Photo AP/Manu Fernandez) Des personnes se sont rassemblées lors d'une manifestation pour réclamer un renforcement de la législation visant à protéger les locataires, le 26 septembre 2026 à Madrid, en Espagne. AP (Manu Fernandez)

Des dizaines de milliers de personnes sont descendues samedi dans les rues de Madrid pour manifester contre la crise du logement en Espagne et réclamer des mesures de protection pour les locataires, des règles de lutte contre la fraude et l’interdiction des expulsions sans offres de relogement.

Cette manifestation faisait suite à l’expulsion dramatique, mercredi, d’une femme de 87 ans de l’appartement de Madrid où elle vivait depuis des décennies.

«Nous sommes ici parce que le logement est un problème qui touche déjà l’ensemble de la société, tous les âges et toutes les classes sociales, a déclaré Dora Garcia, une infirmière de 55 ans participant à la manifestation. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Le logement est un droit et nous n’en bénéficions pas.»

Emmenée de chez elle sur une civière dans le quartier huppé du Retiro, María del Carmen Abascal a été accueillie par des manifestants et des sympathisants alors qu’elle se faisait installer dans une ambulance.

Les médias espagnols ont rapporté que le père de Mme Abascal avait loué le logement pour la première fois en 1956 et qu’elle avait pris la relève en tant que locataire après le décès de ses parents, à une époque durant laquelle un plafonnement des loyers était en vigueur.

L’immeuble a changé de propriétaire en 2018, et Mme Abascal s’est vu proposer d’acheter l’appartement, mais elle n’en avait pas les moyens, a raconté le Syndicat des locataires de Madrid, qui a organisé la manifestation de samedi.

Urbagestión, un fonds d’investissement qui a racheté le logement par la suite, a augmenté son loyer mensuel de 500 euros (805 $CAN) à 2650 euros (4270 $CAN). Il l’a ensuite ramené à 1650 euros (2513 $CAN), somme que Mme Abascal ne pouvait toujours pas payer avec sa retraite, a précisé le syndicat.

Les tribunaux ont bloqué trois tentatives précédentes d’expulsion. Une large couverture médiatique a fait de Mme Abascal un symbole de la crise du logement en Espagne.

«Toute cette situation en matière de logement est déchirante. Maricarmen a été, d’une certaine manière, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et déclenché ces troubles sociaux, mais cela fait déjà longtemps que nous sommes confrontés à ce problème», a déclaré Simón de la Riva, 43 ans, enseignant et manifestant.

«Il est inacceptable que des fonds vautours rachètent des logements, que les gens n’aient plus les moyens de se loger, que des familles entières soient expulsées et qu’une femme âgée ait été expulsée.»

À la fin de la marche, les manifestants se sont assis sur la place de la Puerta del Sol, avec l’intention apparente de l’occuper. Certains ont même monté des tentes pour y passer au moins la nuit — ou au moins rester jusqu’à ce que la police les expulse de force.

La hausse des coûts et la pénurie de logements excluent de nombreux Espagnols du marché immobilier, malgré la forte croissance économique de la quatrième économie européenne.

Les revenus n’ont pas suivi le rythme. Selon des analystes, la croissance démographique dans les villes, alimentée par le tourisme et l’immigration, a exercé une pression supplémentaire sur l’offre limitée de logements.

La Banque d’Espagne a estimé que le pays accusait un déficit d’environ 550 000 logements l’année dernière, Madrid, Barcelone et Valence en représentant une part importante.

L’Espagne se classe parmi les derniers pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière de logements sociaux locatifs, qui représentent moins de 2 % de son parc disponible. La moyenne de l’Union européenne est de 8 %.

L’Espagne construisait autrefois des logements avec des fonds publics qui étaient ensuite vendus à des particuliers, les retirant ainsi du parc de logements sociaux.

«Je n’ai pas réussi à défendre mon logement, mais je me suis battue pour que d’autres puissent apprendre à se battre pour ce qui leur appartient», a déclaré Mme Abascal dans une vidéo diffusée vendredi par le syndicat des locataires. La vidéo a été enregistrée depuis son lit d’hôpital après l’expulsion.