Pete Hegseth, le très martial ministre américain de la Défense, se retrouve de plus en plus isolé à Washington, entre les attaques à venir du nouveau Congrès aux mains des démocrates et des républicains qui lui reprochent son soutien indéfectible à la guerre en Iran.
Cet ancien militaire et présentateur sur Fox News a résisté à de multiples scandales depuis son accession à la tête du Pentagone, mais il semble fragilisé par la bérézina républicaine mardi lors des élections de mi-mandat.
Son bellicisme débridé contre Téhéran pourrait se retourner contre lui.
«La guerre est la raison de notre défaite», a écrit sans détour le vice-président JD Vance au lendemain de l’élection. «C’est en grande partie vrai», a acquiescé Donald Trump.
Le président a tout de même renouvelé mercredi sa confiance à Pete Hegseth, évoquant son «très bon travail».
Mais l’immense claque électorale subie par leur camp a donné aux parlementaires démocrates, qui prendront leur fonction en janvier, d’importants outils pour faire contrepoids à l’exécutif et aux ministres de Donald Trump.
Ils pourront ainsi lancer des enquêtes parlementaires étendues et, s’ils le veulent, réduire le budget de l’armée américaine, réduisant ainsi sa marge de manœuvre en Iran.
Destitution improbable
Mais pour nombre de parlementaires, c’est bien le ministre lui-même le problème.
«Je vais m’en prendre à Pete Hegseth», a lancé Jason Crow, un député démocrate. «Il n’est pas seulement incompétent et corrompu, mais il sape la sécurité nationale et celle de nos militaires.»
Le responsable démocrate de la commission des forces armées, Adam Smith, a lui affirmé que sa priorité serait de «mener un contrôle étroit du ministère de la Défense», avec «la guerre illégale en Iran» dans le viseur.
La menace la plus immédiate pour le chef du Pentagone vient toutefois d’un républicain, le rebelle Thomas Massie.
Avant de quitter le Congrès en fin d’année, ce député de droite mais ouvertement anti-Trump compte faire voter la Chambre sur une procédure d’«impeachment», c’est-à-dire de destitution, dès la semaine prochaine.
Il avait tenté de lancer cette procédure plus tôt cette année, mais n’avait pas pu obtenir qu’un vote ait lieu.
Pour destituer un responsable de l’exécutif, la Chambre doit d’abord mener une enquête. Si une majorité de députés vote en faveur de l’«impeachment», la procédure est transmise au Sénat, qui fait office de tribunal. Il faut là une majorité des deux tiers pour effectivement destituer le responsable.
Une issue pour l’instant très hypothétique : après la vague bleue de mardi, les démocrates vont obtenir en janvier une large majorité à la Chambre, mais il faudrait qu’une bonne dizaine de sénateurs républicains se joignent à eux pour décrocher la majorité des deux-tiers et faire tomber le ministre.
Face à toutes ces menaces, Pete Hegseth «ne cédera pas», a tonné son porte-parole, Sean Parnell. Il «ne sera pas découragé par des élus qui jouent à de la politique politicienne ou lancent des enquêtes bidon», a-t-il martelé.
Le ministre est «complètement déterminé» à rester en fonction jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump, a ajouté Sean Parnell.
Casseroles
Mais pour les démocrates, les casseroles que traîne le ministre sont multiples.
Récemment, il avait annoncé la diffusion en direct de l’exécution par peloton militaire de l’auteur d’un attentat contre des soldats américains, avant d’être désavoué par Donald Trump.
Au cours de ses premiers mois en fonction, un journaliste avait révélé qu’il avait utilisé une simple conversation de l’application Signal pour informer d’autres responsables de frappes militaires à venir au Yémen, et non des outils sécurisés dédiés à ce genre d’informations ultra-sensibles.
Sous sa direction, l’armée américaine a mené des frappes contre des bateaux de narcotrafiquants dans les Caraïbes et le Pacifique, une campagne particulièrement critiquée sur le plan du droit international.
Pete Hegseth a aussi écarté de façon inhabituelle de très nombreux haut-gradés souvent sans justification, jusqu’au limogeage du chef d’état-major américain Charles «CQ» Brown.
