🗳️ Élections de mi-mandat aux États-Unis

«Les gens n’aiment pas la triche»: les républicains perdent leur pari du redécoupage électoral

La droite américaine comptait sur le charcutage de plusieurs circonscriptions historiquement démocrates pour gagner des sièges au Congrès.

Publié le 

Des casquettes « Make America Great Again » (ou « MAGA ») sont visibles lors d'un événement organisé le soir des élections en faveur de Mike Rogers, candidat républicain au Sénat du Michigan, mardi 3 novembre 2026, à Détroit. Des casquettes « Make America Great Again » (ou « MAGA ») sont visibles lors d'un événement organisé le soir des élections en faveur de Mike Rogers, candidat républicain au Sénat du Michigan, mardi 3 novembre 2026, à Détroit. (Paul Sancya/AP Photo/Paul Sancya)

Le pari du redécoupage électoral pris par sept États américains pour favoriser les républicains n’a pas suffi à empêcher la cinglante défaite infligée au parti de Donald Trump lors des élections de mi-mandat.

La droite américaine comptait sur le charcutage de plusieurs circonscriptions historiquement démocrates pour gagner des sièges au Congrès. Une stratégie qui, au vu du tsunami bleu qui a déferlé sur le pays mardi — alimenté par des électeurs mécontents face au coût de la vie et de la guerre en Iran qui s’éternise — n’a pas porté ses fruits.

Selon une analyse de CNN, les démocrates ont gagné au moins onze des quinze circonscriptions redessinées en faveur des républicains.

«Le stratagème de redécoupage électoral partisan orchestré par le mouvement MAGA n’a pas échoué tout seul: nous l’avons anéanti, ensemble», s’est réjoui dans un communiqué Eric Holder, le fondateur du National Democratic Redistricting Committee, une organisation se battant pour l’intégrité des cartes électorales aux États-Unis.

Raz-de-marée démocrate et déroute historique pour Trump aux élections de mi-mandat Voyez le compte-rendu de Sabrina Rivet.

Le président Donald Trump a mené dès 2025 une campagne agressive auprès des États républicains afin qu’ils fassent du gerrymandering, vieille stratégie électorale de charcutage des circonscriptions.

Mais cette tactique «n’a pas suffi à contenir la fureur de l’électorat», affirme à l’AFP Justin Levitt, auteur du blogue All about redistricting et professeur de droit à l’université Loyola Marymount.

«Le redécoupage électoral agit comme une digue», dit-il. «Il permet d’empêcher les fluctuations politiques habituelles d’avoir un réel impact», mais, un «raz-de-marée (…) finit par submerger la digue».

Vote latino

Au Texas, trois circonscriptions majoritairement latinos de la vallée du Rio Grande ayant voté pour Donald Trump en 2024 ont par exemple été redessinées pour favoriser les républicains, mais les démocrates Henry Cuellar et Vicente Gonzalez ont gagné leur réélection à la Chambre des représentants. Et dans la quinzième circonscription de l’État, la républicaine sortante Monica De La Cruz a perdu au profit du chanteur tex-mex Bobby Pulido, candidat démocrate.

Donald Trump, qui avait réalisé des gains historiques chez les Américains d’origine hispanique lors de la présidentielle de 2024, comptait sur le vote latino pour aider son parti à remporter certaines circonscriptions. Or selon une analyse du New York Times, 69% d’entre eux ont voté démocrate aux «midterms».

Les républicains ont «fait preuve d’un excès de confiance considérable partout dans le pays, en particulier concernant les électeurs latinos», selon Justin Levitt. C’est «en grande partie grâce à eux» que les circonscriptions charcutées par la droite ont basculé à gauche, juge le chercheur.

En Floride, État d’adoption du président américain, le démocrate Jared Moskowitz, dont la circonscription a elle aussi été charcutée, a gardé son siège.

«Le découpage électoral de cette circonscription avait été modifié dans le but de provoquer ma défaite. Les électeurs en ont décidé autrement», a écrit l’élu sur X.

Réplique

D’autres États, comme l’Indiana ou le Missouri, tous deux républicains, ont évité le gerrymandering grâce au Sénat local pour le premier, et à un référendum populaire pour le second.

Le vote dans le Missouri «montre que des républicains ont voté contre une carte électorale qui leur était favorable… Les gens n’aiment pas la triche, même quand c’est leur propre camp qui l’emporte !», conclut Justin Levitt.

«Les républicains n’auront plus peur de Trump»: l’effet des élections de mi-mandat pour le parti du président Voyez l'entrevue de Marie-Christine Bergeron avec l’ex-délégué du Québec à Washington Benjamin Bélair.

Le parti de Donald Trump avait commencé la bataille du «redistricting» fin 2025 en demandant au Texas de redessiner sa carte électorale pour diluer le vote démocrate, dans l’espoir de gagner cinq sièges supplémentaires aux élections de mi-mandat.

Les démocrates avaient alors répliqué en obtenant via référendum le vote d’une nouvelle carte, destinée à leur faire gagner cinq sièges supplémentaires en Californie, État le plus peuplé du pays qu’ils dominent largement.

S’ensuivit, en avril, une décision de la Cour suprême affaiblissant les protections garanties au vote afro-américain. Cette dernière a permis à plusieurs États du Sud, majoritairement républicains, de redessiner leurs circonscriptions.