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Exécution ratée d’une meurtrière au Tennessee: mais que s’est-il passé?

Christa Pike a survécu à deux injections létales. «Ça illustre que les exécutions aux États-Unis sont encore effectuées de manière “artisanale”», déplore Amnistie internationale.

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Convicted killer Christa Pike makes final plea to Tennessee governor to commute death sentence Christa Pike. Photo de la banque d'archives d'AP.

Amnistie internationale juge «très préoccupant» le cas de Christa Pike, une femme de 50 ans condamnée à mort dans les années 90, qui a survécu mercredi au processus d’exécution mené contre elle dans le Tennessee, aux États-Unis. L’organisme dénonce l’usage de la peine de mort, mais aussi l’aspect «artisanal» du processus.

Mme Pike a reçu deux injections létales — du pentobarbital, un puissant sédatif —, mais elle n’a pas succombé aux effets des doses, obligeant un arrêt des procédures. La condamnée aurait par la suite été conduite dans un centre hospitalier.

«Ça illustre que les exécutions aux États-Unis sont encore effectuées de manière artisanale», a partagé à Noovo Info Charles Perroud, porte-parole d’Amnistie internationale.

Le dosage? La date de péremption? L’inexpérience?

Bien qu’il n’est pas un spécialiste médical, M. Perroud estime que plusieurs hypothèses peuvent à ce stade expliquer l’échec de l’exécution de Mme Pike, notamment un problème avec le dosage ou la date de péremption du pentobarbital.

«Depuis plusieurs années, la grande majorité des entreprises pharmaceutiques ne veulent plus vendre leurs produits aux États-Unis pour être utilisés lors d’exécutions», dit le porte-parole. «Les achats sont faits dans le grand secret dans plusieurs États. On se procure les produits où l’on peut.»

La façon dont le sédatif a été administré pourrait aussi être en cause, estime M. Perroud. «C’est fait de manière très peu encadrée», note le représentant d’Amnistie internationale. «Souvent, ce sont les gardiens de prison que l’on forme sur le tas, parce qu’il n’y a pas souvent d’exécution au Tennessee à la base, et qu’en raison du serment d’Hippocrate, ce ne sont pas des médecins qui font ça.»

L’exécution de Mme Pike aurait été la première exécution d’une femme au Tennessee depuis 1820.

«Cet échec dans l’exécution d’une détenue condamnée à mort arrive dans un contexte où on est supposé mener des exécutions en garantissant que ce n’est pas un traitement cruel, inhumain et dégradant pour la personne qui se fait exécuter. C’est un non-sens».

—  Charles Perroud, Amnistie internationale

Amnistie internationale espère que le cas de Mme Pike fera réfléchir les États américains qui n’ont toujours pas aboli cette pratique. «C’est absurde de dire que l’État doit tuer pour montrer que tuer est mal. Ça n’a aucun sens», a affirmé Charles Perroud.

Qui est Christa Pike?

Christa Pike avait 18 ans lorsqu’elle a tué une camarade de classe dans un accès de jalousie, devenant ainsi l’une des plus jeunes femmes à être condamnées à mort.

Mme Pike et son copain ont été reconnus coupables, en 1995, du meurtre de Colleen Slemmer, âgée de 19 ans, leur camarade de classe au Job Corps de Knoxville. Selon les procureurs, Mme Pike craignait que Mme Slemmer ne soit une rivale amoureuse et l’aurait attirée dans un endroit isolé où, avec son copain, elle l’aurait torturée puis tuée.

Exécution Tennessee Sur cette image tirée d’une vidéo fournie par WBIR-TV, Christa Pike fond en larmes après avoir été condamnée à mort le 30 mars 1996 à Knoxville, au Tennessee. (WBIR-TV via AP) (WBIR-TV via AP)

L’affaire a suscité un vif intérêt en raison de la brutalité du meurtre, de l’âge des personnes impliquées et du fait qu’un symbole satanique avait été gravé sur le corps de la victime.

Mme Pike ne niait pas sa culpabilité, mais ses avocats et ses partisans soutenaient qu’une peine de mort n’était pas appropriée pour un crime commis à cet âge par une adolescente souffrant d’une maladie mentale non traitée, après une enfance marquée par des abus sexuels brutaux et de la négligence.

Christa Pike Sur cette photo composite datée du 12 janvier 2023, fournie par le ministère correctionnel du Tennessee, on aperçoit Christa Pike ainsi que des véhicules d’urgence quittant l’établissement pénitentiaire à sécurité maximale de Riverbend après que l’exécution de Christa Pike eut été suspendue le mercredi 30 septembre 2026, à Nashville, au Tennessee. (TDOC / George Walker IV / AP)

Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, avait tout de même annoncé lundi dernier qu’il n’accorderait pas de clémence.

La peine de mort en 2025

Amnistie internationale note qu’en 2025, pour la 17e année consécutive, les États-Unis ont été le seul pays des Amériques à procéder à des exécutions.

Au cours de la dernière année, l’organisme a recensé au moins 2707 exécutions dans 17 pays à travers le monde. Il s’agit d’une augmentation de 78 % des exécutions comparativement à l’année précédente et il s’agit aussi du chiffre le plus haut relevé par Amnistie internationale depuis 1981, «année où 3191 exécutions avaient été recensées dans le monde».

Amnistie internationale précise que les chiffres n’incluent pas les données de la Chine, celles-ci étant classées «secret d’État».

Selon les données publiées par l’organisme, les pays ayant le plus appliqué la peine de mort en 2025 ont été la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite, le Yémen et les États-Unis, dans cet ordre. Amnistie internationale précise que les méthodes d’exécution utilisées l’an dernier sont : la décapitation, la pendaison, l’injection létale, l’exécution par balle et l’asphyxie par inhalation d’azote.

À la fin de 2025, 113 pays avaient aboli la peine de mort pour tous les crimes, selon l’organisme, et au total 145 pays l’avaient fait en droit ou dans la pratique.

Qu’est-ce que le pentobarbital?

Le pentobarbital est un barbiturique, une classe de médicaments qui agissent par dépression du système nerveux central.

Ses utilisations médicales approuvées comprennent la sédation, le traitement à court terme de l’insomnie, la préparation à l’anesthésie et le contrôle d’urgence de certaines crises épileptiques graves. Il est également utilisé en médecine vétérinaire à des fins d’euthanasie.

En cas de surdose, il peut entraîner un coma, une dépression respiratoire, un collapsus circulatoire et la mort.

Pourquoi est-il utilisé lors des exécutions?

Pendant des années, les injections létales faisaient généralement appel à trois médicaments : un anesthésique, un paralysant qui arrêtait la respiration et du chlorure de potassium pour arrêter le cœur.

Cette méthode a suscité des critiques, car si l’anesthésique ne fonctionnait pas, le paralysant pouvait empêcher un détenu de signaler sa douleur. Elle est également devenue difficile à maintenir après que les fabricants de médicaments ont restreint la distribution de ces produits à des fins d’exécution.

Le protocole au pentobarbital a été adopté à l’échelle fédérale au cours du premier mandat de Trump afin de remplacer le mélange de trois médicaments utilisé dans les années 2000.

Sous l’administration Biden, le ministère de la Justice a suspendu les exécutions au pentobarbital après qu’un examen mené par le gouvernement eut soulevé des inquiétudes quant au risque de «douleur et de souffrance inutiles».

Après le retour au pouvoir de Trump, le ministère de la Justice a réautorisé, en 2026, l’utilisation des injections létales à base de pentobarbital.

Qu’ont déclaré les experts ?

Les experts cités dans l’étude fédérale de 2025 affirment que le pentobarbital peut provoquer un œdème pulmonaire, c’est-à-dire une accumulation de liquide dans les poumons pouvant entraîner une sensation d’étouffement.

L’étude a conclu qu’«il subsiste une incertitude importante quant à savoir si l’utilisation du pentobarbital comme seul médicament dans une injection létale cause des douleurs et des souffrances inutiles» et a recommandé que le gouvernement «privilégie un traitement humain».

- Avec des informations de l’Associated Press