Justice

L’exécution d’une femme au Tennessee, une première en 200 ans, suspendue in extremis

Le meurtre pour lequel elle a été condamnée à mort a fait grand bruit dans les années 1990.

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Cette photo, fournie par le Département correctionnel du Tennessee, montre Christa Pike le 12 janvier 2023. (TDOC via AP) Cette photo, fournie par le Département correctionnel du Tennessee, montre Christa Pike le 12 janvier 2023. (TDOC via AP) (Uncredited)

L’exécution au Tennessee de Christa Gail Pike pour un meurtre commis en 1995 alors qu’elle avait 18 ans a été suspendue une heure avant l’heure prévue, mercredi. Il devait s’agir de la première exécution d’une femme dans cet État depuis au moins 200 ans.

Mme Pike, aujourd’hui âgée de 50 ans, devait être exécutée mercredi matin par injection létale à l’établissement pénitentiaire à sécurité maximale de Riverbend, à Nashville.

Dans une brève décision rendue environ une heure à peine avant l’exécution, la cour d’appel considère que «l’intérêt de la justice et le caractère définitif de l’exécution imminente de Mme Pike nécessitent un court sursis», dont elle ne précise pas la durée, afin d’examiner les arguments des deux parties.

La cour d’appel doit trancher sur la recevabilité d’un recours de la défense visant à prendre en considération les violences sexuelles subies dans son enfance par Christa Pike, 50 ans.

On ignorait dans l’immédiat si le procureur général du Tennessee allait faire appel de cette décision, ni combien de temps l’exécution pourrait être reportée. Un message téléphonique et un courriel ont été laissés à un porte-parole du bureau du procureur général afin d’obtenir ses commentaires.

Mme Pike et son copain ont été reconnus coupables d’avoir poignardé et battu Colleen Slemmer, une jeune femme de 19 ans, leur camarade de classe dans un centre de formation professionnelle à Knoxville.

Colleen Slemmer Colleen Slemmer (Courtoisie)

Des témoins de l’exécution s’étaient déjà rassemblés à l’établissement pénitentiaire de haute sécurité de Riverbend, à Nashville, lorsque l’ordre a été donné vers 9h, heure locale (10h, heure de l’Est).

L’affaire avait suscité un vif intérêt à l’époque, en partie parce qu’un pentagramme gravé sur le corps de Slemmer et d’autres éléments du crime avaient attisé les craintes liées au culte de Satan pendant la «panique satanique» des années 1980 et 1990. À l’approche de la date d’exécution, cela a ravivé le débat sur la peine de mort pour les jeunes délinquants.

Mme Pike ne nie pas avoir commis le meurtre, mais on a fait valoir que l’État devrait tenir compte de son âge à l’époque, de sa maladie mentale et de ses antécédents d’abus sexuels graves, notamment le fait qu’elle ait été violée dès sa l’enfance.

L’avocat fédéral adjoint Stephen Ferrell a mentionné que la peine de mort prononcée contre Mme Pike constituait un cas atypique, car d’autres jeunes de 18 ans condamnés à mort au Tennessee ont vu leur peine annulée.

Christa Pike fond en larmes après avoir été condamnée à mort le 30 mars 1996 à Knoxville, dans le Tennessee. (WBIR-TV via AP) Christa Pike fond en larmes après avoir été condamnée à mort le 30 mars 1996 à Knoxville, dans le Tennessee. (WBIR-TV via AP)

La Cour suprême des États-Unis avait rejeté mardi une demande des avocats de Mme Pike visant à suspendre l’exécution. Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, a refusé lundi d’accorder la clémence à Mme Pike.

«J’étais une jeune fille de 18 ans atteinte d’une maladie mentale. Il m’a fallu de nombreuses années pour ne serait-ce que réaliser la gravité de ce que j’avais fait», a souligné Mme Pike dans un énoncé joint à sa demande de clémence. «Il m’en a fallu encore plus pour accepter le nombre de vies que j’ai bouleversées. J’ai ôté la vie à l’enfant, à la sœur, à l’amie de quelqu’un. Cela me rend malade aujourd’hui de penser que j’ai été capable de commettre un tel crime.»

La mère de Mme Slemmer souhaite que l’injection létale ait lieu, affirmant qu’elle a attendu des décennies pour voir la peine de Mme Pike exécutée.

«Chaque fois que j’y pense, j’imagine Colleen ressentant cette douleur et essayant de se relever et de s’enfuir», a dit May Martinez lors d’une entrevue téléphonique.

Mme Martinez a expliqué qu’un groupe avait aidé à amasser des fonds afin qu’elle et son mari puissent faire le voyage depuis la Floride pour assister à l’exécution.

Ce meurtre, survenu en 1995, a bouleversé la ville de Knoxville. Les procureurs ont déclaré que Mme Pike, craignant que Mme Slemmer ne tente de lui voler son copain, l’avait attirée dans une zone boisée le 12 janvier 1995. Mme Pike a lacéré Mme Slemmer avec un coupe-boîte et l’a frappée avec un gros morceau d’asphalte. Shipp, le copain de Mme Pike, a admis que c’était lui qui avait gravé un pentagramme, un symbole en forme d’étoile associé au satanisme, sur le corps de la victime.

Shipp avait 17 ans au moment des faits et a été condamné à la prison à vie avec possibilité de libération conditionnelle. Mme Pike a été la seule à être condamnée à mort.

Le Tennessee n’a pas exécuté de femme depuis au moins 200 ans, selon Robin M. Maher, directrice générale du Death Penalty Information Center. Les archives plus anciennes peuvent toutefois être incomplètes, ce qui rend difficile l’obtention de détails précis concernant la dernière femme à y avoir été exécutée.

18 femmes exécutées depuis 1976

Les avocats de Christa Pike ont tenté en vain de faire valoir que sa défense lors de son procès en 1996 n’avait pas invoqué les circonstances atténuantes qui auraient dû lui bénéficier, en particulier les traumatismes et les violences, en particulier sexuelles, subies depuis son plus jeune âge.

Elle a été diagnostiquée tardivement de trouble bipolaire et de stress post-traumatique provoqué par les violences subies pendant son enfance.

Au total, 18 femmes ont été exécutées aux États-Unis depuis le rétablissement de la peine capitale en 1976, sur 1.683 exécutions, selon l’observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC).

Début septembre, des experts mandatés par l’ONU ont appelé à suspendre et à commuer la peine de Christa Pike qui serait le «paroxysme d’une existence de grave souffrance physique et psychologique marquée par des violences dans l’enfance et près de trois décennies de détention à l’isolement dans le couloir de la mort».

Les États continuant à appliquer la peine capitale doivent «respecter strictement les garanties du droit international», ont affirmé ces experts, citant le plein respect des droits de la défense, «la prise en compte individualisée de toutes les circonstances atténuantes, y compris le passé de traumatismes et de violences, et une véritable opportunité de demander une grâce ou une commutation de peine».

Au total, 47 exécutions ont eu lieu aux États-Unis en 2025, contre une vingtaine par an depuis une décennie, soit le plus haut niveau depuis les 52 enregistrées en 2009.

La peine de mort a été abolie dans 23 des 50 États américains. Trois autres, la Californie, l’Oregon et la Pennsylvanie, observent un moratoire des exécutions sur décision du gouverneur.

Avec de l’information de l’Agence France-Presse