Justice

Le gouverneur du Tennessee suspend les exécutions

Christa Gail Pike était encore en vie et ronflait bruyamment après la tentative d’injection létale. Elle a été évacuée de la prison en ambulance.

Publié le 

Des véhicules d'urgence arrivent à l'établissement pénitentiaire de Riverbend après l'interruption de l'exécution de Christa Pike, le mercredi 30 septembre 2026, à Nashville, au Tennessee. (Photo AP/George Walker IV) Des véhicules d'urgence arrivent à l'établissement pénitentiaire de Riverbend après l'interruption de l'exécution de Christa Pike, le mercredi 30 septembre 2026, à Nashville, au Tennessee. (Photo AP/George Walker IV) (George Walker Iv)

Le gouverneur du Tennessee, Bill Lee, a suspendu la seule exécution prévue pour le reste de l’année dans cet État, après que les autorités n’ont pas réussi à exécuter Christa Gail Pike pour un meurtre commis en 1995, mercredi, malgré deux doses d’un produit létal.

Christa Gail Pike, âgée de 50 ans, était encore en vie et ronflait bruyamment après la tentative d’injection létale. Elle a été évacuée de la prison en ambulance, ont indiqué ses avocats.

Son exécution était prévue mercredi à 10 heures pour un meurtre qu’elle avait commis à l’âge de 18 ans; elle devait être la première femme exécutée au Tennessee depuis plus de 200 ans.

Une cour d’appel a suspendu l’injection létale à peine une heure avant son début, mais la Cour suprême des États-Unis a annulé ce sursis quelques heures plus tard.

Les autorités ont administré à Mme Pike deux doses de pentobarbital, ont indiqué ses avocats dans des documents déposés devant le tribunal mercredi soir.

Le département correctionnel du Tennessee a assuré dans un communiqué avoir «suivi chaque étape du protocole d’exécution légal et établi de l’État, approuvé par le bureau du procureur général».

Le protocole d’exécution de l’État prévoit l’administration d’une deuxième série de seringues contenant des substances létales «si le détenu n’est pas décédé» après la première série. Il ne précise pas ce qui se passe si le condamné est encore en vie après la deuxième série.

May Martinez, à gauche, mère de Colleen Slemmer, victime d'un meurtre, sort de l'établissement pénitentiaire de haute sécurité de Riverbend alors que l'exécution prévue de Christa Pike a été suspendue, mercredi 30 septembre 2026, à Nashville, dans le Tennessee. (Photo AP/George Walker IV) May Martinez, à gauche, mère de Colleen Slemmer, victime d'un meurtre, sort de l'établissement pénitentiaire de haute sécurité de Riverbend alors que l'exécution prévue de Christa Pike a été suspendue, mercredi 30 septembre 2026, à Nashville, dans le Tennessee. (Photo AP/George Walker IV)

Dans un communiqué, le gouverneur Lee a annoncé qu’il avait ordonné «un examen approfondi mené par un organisme tiers afin de déterminer exactement ce qui s’est passé». Il a fait savoir que l’exécution restante prévue en 2026 n’aurait pas lieu cette année.

«L’exécution d’une peine légalement prononcée figure parmi les responsabilités les plus graves de l’État, et les habitants du Tennessee s’attendent à ce qu’elle soit menée d’une manière qui soit non seulement légale et constitutionnelle, mais aussi efficace», a-t-il tranché.

Selon la directrice du Death Penalty Information Center, Robin M. Maher, ce qu’a vécu Mme Pike est «un cas unique et sans précédent».

Sept autres personnes ont survécu en raison de l’incapacité de l’équipe d’exécution à accéder à une veine pour administrer les substances létales, mais personne n’est resté en vie après avoir reçu les substances utilisées dans ce type d’exécution, a-t-elle précisé.

Déroulement de l’exécution

Des témoins de la presse, qui observaient depuis une pièce séparée, ont rapporté que les agents avaient levé les rideaux de la chambre d’exécution à 19 h 27, dévoilant Mme Pike attachée à un brancard.

«Je vais quitter ce monde comme j’ai passé la majeure partie de ma vie, c’est-à-dire dans l’amour», a-t-elle affirmé dans ses «dernières» paroles. Elle s’est dite en paix.

Mais Mme Pike est restée éveillée. À un certain point, elle a relevé la tête et a demandé aux agents pénitentiaires si son bras était censé ressentir cette sensation. On ne savait pas exactement à quoi elle faisait référence.

À 20 h 26, les témoins de l’exécution ont signalé que la deuxième dose de pentobarbital avait été administrée.

On continuait d’entendre Mme Pike ronfler derrière le rideau fermé jusqu’à ce que le micro soit coupé, à 20 h 53. À ce moment-là, une annonce a été faite pour escorter les témoins de la presse hors de la salle.

Cette photo, fournie par le Département correctionnel du Tennessee, montre Christa Pike le 12 janvier 2023. (TDOC via AP) Cette photo, fournie par le Département correctionnel du Tennessee, montre Christa Pike le 12 janvier 2023. (TDOC via AP) (Uncredited)

Les avocats de Mme Pike ont déposé mercredi soir une requête d’urgence auprès de la Cour suprême du Tennessee afin d’obtenir l’arrêt immédiat et le sursis de l’exécution, affirmant qu’elle subissait une «agonie inutile» et que cela violait son droit à être exécutée sans subir de peine cruelle et inhabituelle.

C’était la deuxième fois cette année que le Tennessee se voyait dans l’impossibilité de procéder à une exécution.

En mai, les autorités de l’État avaient annulé l’injection létale de Tony Carruthers, condamné pour l’enlèvement et le meurtre de trois personnes en 1994, après que les exécuteurs eurent tenté en vain, pendant plus d’une heure, de poser une perfusion intraveineuse pour administrer le pentobarbital.

Mme Pike et son compagnon ont été condamnés pour avoir poignardé et battu à mort, en 1995, Colleen Slemmer, âgée de 19 ans, leur camarade de classe dans un centre de formation professionnelle à Knoxville.

L’affaire avait suscité un vif intérêt, en partie en raison d’un pentagramme gravé sur le corps de Colleen Slemmer, et d’autres éléments du crime avaient attisé les craintes liées au culte de Satan pendant la «panique satanique» des années 1980 et 1990.