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«Lecornu, t’es foutu, le 6-7 est dans la rue»: les lycéens français manifestent avec les codes du web

«Bismillah c’est les ténèbres.»

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Violences en France: des couvre-feux imposés Des couvre-feux sont entrés en vigueur lundi soir dans plusieurs villes de France, tandis que la crise prend un tournant de plus en plus politique, avec des critiques émanant aussi du bloc présidentiel.

Venue soutenir les lycéens français la semaine dernière, Greta Thunberg a pu observer une «bataille d’aura», duel humoristique de charisme. Des blocus aux cortèges, ils puisent dans les codes des réseaux sociaux pour tourner l’autorité en dérision et mettre en scène leur propre récit de la contestation.

Dans une vidéo appelant à soutenir les lycéens sur le compte Instagram du collectif militant Œil au beurre noir, la militante écologiste suédoise enchaîne le «scuba», nez pincé et mouvement de vague de l’autre main et le «six-seven», paumes tournées vers le ciel et mains levées alternativement, des gestes de connivence popularisés sur les réseaux sociaux et largement repris dans le mouvement lycéen.

«Bismillah c’est les ténèbres», lance-t-elle également. La formule renvoie à un message viral attribué à un supposé policier qui, pour se fondre parmi les lycéens, aurait accumulé les clichés sur leur langage. Si son authenticité n’est pas établie, la caricature circule largement.

Des manifestants se tiennent devant le cabaret du Moulin Rouge lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie, se joignant ainsi aux revendications des étudiants, à Paris, samedi 17 octobre 2026. Des manifestants se tiennent devant le cabaret du Moulin Rouge lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie, se joignant ainsi aux revendications des étudiants, à Paris, samedi 17 octobre 2026. (Thibault Camus/AP Photo/Thibault Camus)

Dans les cortèges, ces références deviennent des slogans: «Lecornu, t’es foutu, le 6-7 est dans la rue», «Ton budget, on le plie avec un scuba», en référence au premier ministre Sébastien Lecornu.

«C’est comme ça qu’on s’exprime tous les jours. On a grandi sur TikTok, Insta, donc c’est naturel pour nous», explique une lycéenne interrogée par l’AFP, qui n’a pas souhaité donner son nom.

Cela «dédramatise un peu. Manifester c’est stressant, il y a les CRS, les lacrymos, les blocus… Quand tu fais une pancarte drôle avec un mème (concept parodique viral), tu as moins peur, tu rigoles avec tes potes», poursuit-elle.

Attirer l’attention

Pour le sémiologue François Jost, «l’humour dans notre société, en particulier dans la société jeune, est une façon de se reconnaître entre soi, il forge une communauté. C’est pour ça que l’humour est une chose majeure dans ces écriteaux».

Les tendances TikTok s’invitent aussi sur les blocus, où des lycéens se filment par exemple en train de danser sur une chanson de l’animateur de télévision et humoriste Patrick Sébastien, tendance du moment sur le réseau social, face aux policiers.

Les «batailles d’aura», des duels où chacun fait à son tour des gestes ou des poses, embarquent parfois les interlocuteurs du mouvement dans des vidéos qui deviennent virales: avec des proviseurs ou un policier qui participent, poursuit François Jost auprès de l’AFP. «C’est comme s’il y avait une sorte de suspension» du conflit.

Une personne brandit un drapeau national français lors d'une manifestation contre le manque de moyens dans les écoles à Paris, le jeudi 8 octobre 2026. Photo AP Une personne brandit un drapeau national français lors d'une manifestation contre le manque de moyens dans les écoles à Paris, le jeudi 8 octobre 2026. Photo AP (Aurelien Morissard)

Le chercheur voit dans cet humour le signe d’une génération «un peu désabusée», avec le sentiment «qu’à un certain moment, ils se disent qu’il vaut mieux en rire».

Mais la dérision et le second degré sont aussi une manière d’attirer l’attention. Les mouvements féministes et écologistes font déjà «un usage très fort de l’humour dans les slogans, les communications et les journaux militants», rappelle Irène Despontin-Lefèvre, maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication.

«À hauteur d’humain»

Dans les vidéos diffusées par les lycéens et étudiants sur les réseaux, certaines portent aussi cette légende: «Ce que les médias ne montreront jamais». On peut notamment y voir des scènes de solidarité, notamment avec les aînés (Gen Z, Gen A), et des moments joyeux de la mobilisation.

Les gilets jaunes reprochaient déjà aux médias de mal les représenter, rappelle François Jost.

Avec leurs smartphones, leurs réseaux et leurs codes, les lycéens disposent de leurs propres moyens de diffusion. «Ils montrent des choses que les médias ne montrent pas forcément. C’est un point de vue à hauteur d’être humain», estime-t-il.

Des manifestants affrontent les forces de l'ordre lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie et en soutien aux revendications des étudiants, à Paris, le samedi 17 octobre 2026. Des manifestants affrontent les forces de l'ordre lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie et en soutien aux revendications des étudiants, à Paris, le samedi 17 octobre 2026. (Emma Da Silva/AP Photo/Emma Da Silva)

Pour les gilets jaunes, les vidéos et les directs sur Facebook servaient déjà à documenter le mouvement, nuance Irène Despontin-Lefèvre. «La différence est du côté de la massification.»

Les mêmes réseaux accueillent des discussions pratiques sur l’organisation. Dans les groupes privés, notamment sur Snapchat, les élèves organisent les blocages. Des tutoriels détaillent quoi apporter en manifestation ou comment s’habiller.

Les plateformes numériques sont aussi un terrain de contestation: lors de «cyberblocages», des jeunes extérieurs à la classe se connectent aux cours en distanciel pour perturber la séance en diffusant de la musique ou en criant des slogans.