Des centaines de milliers de personnes se sont massées samedi le long des canaux d’Amsterdam pour assister au défilé de bateaux sur les canaux de la ville, temps fort du festival annuel de la Fierté qui, cette année, a lieu une semaine seulement après l’attaque meurtrière perpétrée lors d’un événement de la Fierté à Berlin.
Le premier ministre néerlandais Rob Jetten, ouvertement gai, a salué la foule alors qu’il naviguait à bord d’un petit bateau au milieu du défilé haut en couleur composé de 80 embarcations, saluant les participants et les spectateurs tandis que de la musique techno résonnait depuis les haut-parleurs installés le long du parcours.
Ce défilé flottant haut en couleur a eu lieu une semaine après l’attaque de Berlin, qui a fait un mort et 29 blessés.
Un suspect, Abdul Ballout, est soupçonné d’avoir foncé avec une camionnette dans la foule près du festival samedi soir, avant d’avoir apparemment poignardé d’autres personnes à la machette, dans ce que les autorités considèrent comme une attaque d’extrémistes islamistes.
Ballout a été abattu par la police dimanche lors d’une fusillade dans une banlieue de la ville, ont indiqué les autorités.
M. Jetten, premier ministre néerlandais à avoir jamais pris part à ce défilé nautique, a déclaré dans une vidéo publiée sur X que cet événement était plus important que jamais, car partout dans le monde, la liberté et la sécurité de la communauté LGBTQ+ «sont mises à mal par de nouvelles lois discriminatoires, le manque de sécurité dans la rue ou la terrible attaque de la semaine dernière à Berlin».
La mairesse d’Amsterdam, Femke Halsema, avait mentionné au lendemain de l’attaque en Allemagne que les autorités de la ville «prendraient, si nécessaire, des mesures supplémentaires que les visiteurs, espérons-le, remarqueront le moins possible».
Des bateaux à moteur transportant des policiers ont sillonné les canaux et un hélicoptère a survolé la zone alors que le défilé de samedi battait son plein.
L’attaque de Berlin a également jeté une ombre samedi sur la Fierté de Hambourg, l’une des plus importantes d’Allemagne, où le renforcement de la sécurité était perceptible alors que des dizaines de camions défilaient dans la deuxième plus grande ville du pays.
Selon la police et les organisateurs, environ 300 000 personnes y ont participé, contre environ 260 000 l’année dernière, a rapporté l’agence de presse allemande dpa.
Le chef de la police de Hambourg avait déclaré en début de semaine qu’environ deux fois plus de policiers que l’année dernière assureraient la sécurité de l’événement.
Une tradition
Le défilé nautique est le temps fort traditionnel de la Fierté d’Amsterdam. Cette année, il coïncide avec la World Pride, également organisée par la capitale néerlandaise.
Rod Lugtenburg, 55 ans, originaire de Toronto, a expliqué être venu à Amsterdam pour la World Pride.
«Pour moi, c’est une question d’acceptation, de pouvoir être soi-même», a-t-il raconté.
«J’ai des origines néerlandaises et j’ai toujours apprécié le fait que les Néerlandais aient ouvert la voie» en matière d’acceptation et de droits pour la communauté LGBTQ+. «Et le Canada les suit de près, donc j’en suis très fier.»
Cet événement festif s’est déroulé dans un contexte marqué par une recrudescence des signalements d’agressions verbales et physiques à l’encontre de membres de la communauté LGBTQ+ aux Pays-Bas, pays longtemps considéré comme un havre de tolérance.
Un tribunal d’Amsterdam a condamné vendredi un homme pour avoir tenu des propos discriminatoires lors d’un événement de la Fierté organisé dans la ville en début de semaine. Il a été condamné à 40 heures de travaux d’intérêt général.
Parmi les bateaux participant au défilé figuraient des embarcations représentant les ministères du gouvernement néerlandais, l’armée et la police, ainsi que des organisations et des associations LGBTQ+.
L’association néerlandaise de défense des droits LGBTQ+ COC, qui célèbre cette année son 80e anniversaire, avait un bateau dans le défilé arborant un manifeste appelant à faire avancer la lutte pour les droits humains des personnes LGBTQ+ aux Pays-Bas.
Il arborait également un portrait de la militante Marsha P. Johnson, qui a pris part à la révolte de Stonewall lorsque les clients de l’auberge new-yorkaise du même nom ont résisté à une descente de police le 28 juin 1969.
Cette descente a contribué à marquer le début d’une nouvelle phase militante du mouvement pour les droits des homosexuels.
Un autre bateau transportait deux figurines gonflables géantes représentant le président américain, Donald Trump, et son homologue russe, Vladimir Poutine.
Les deux personnages se penchaient l’un vers l’autre pour s’embrasser, à l’image des figurines en faïence que l’on trouve couramment dans les boutiques de souvenirs touristiques à travers les Pays-Bas.
Le groupe à l’origine de ce bateau a précisé sur son site web avoir réinventé ce symbole d’amour et d’unité «non pas pour provoquer, mais pour mettre le pouvoir entre parenthèses l’espace d’un instant et mettre en avant quelque chose d’humain».
