Le suspect de l’attaque meurtrière perpétrée lors de la Fierté de Berlin, qui a fait un mort et 29 blessés, a été abattu par la police dimanche lors d’une confrontation dans la banlieue de la ville, ont indiqué les autorités.
Abdul Ballout, un citoyen allemand d’origine libanaise, a été tué à l’issue d’une chasse à l’homme qui a duré près de 24 heures après l’attaque commise dans le centre-ville de Berlin.
Le bureau du procureur a indiqué qu’il avait auparavant tenté de rejoindre Daech.
Ballout était soupçonné d’avoir foncé avec une camionnette dans la foule près du festival de la Fierté de Berlin samedi soir, avant d’avoir apparemment poignardé d’autres personnes à la machette, dans ce que les autorités considèrent comme une attaque terroriste d’extrémisme islamiste.
Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a rapporté que l’attaque s’était produite à quelques centaines de mètres d’une fête près de la porte de Brandebourg, qui devait clôturer la Marche des fiertés de Berlin.
Ballout a été retrouvé dimanche vers 18 heures dans un jardin de Spandau, en banlieue berlinoise, a indiqué la police de la ville sur X. Selon les forces de l’ordre, il aurait couru vers les policiers armé d’un objet tranchant, et ces derniers ont ouvert le feu. Il est décédé sur place.
Ballout est né en Allemagne, a précisé le ministre. Sa mère a été naturalisée en 2002, trois ans avant sa naissance.
Ashley Jump, une résidente britannique de 26 ans, s’était rendue à Berlin pour le défilé de la Fierté de samedi, mais avait quitté les festivités avant l’attaque. Elle est revenue dimanche pour déposer des fleurs devant un mémorial situé près de la scène du crime, en signe de soutien à la communauté queer de Berlin.
«Ils ne nous effaceront jamais, nous ne disparaîtrons jamais, a-t-elle déclaré. Tant que l’humanité existe, nous existons. Et tant que l’humanité existera, nous existerons. On ne nous fera pas disparaître.»
Extrémisme islamiste
Ballout s’est rendu au Liban en 2025 dans le but d’aller en Syrie pour rejoindre Daech, ont indiqué dimanche les procureurs de Berlin.
Sur place, il a pris contact avec plusieurs personnes présumées membres du groupe, ou du moins, c’est ce qu’il croyait, ont précisé les procureurs.
Il a été arrêté au Liban l’année dernière et condamné par un tribunal militaire à trois mois d’emprisonnement pour des infractions comprenant notamment l’incitation à la haine religieuse et sectaire.
Il est rentré en Allemagne après avoir purgé sa peine, où il a été arrêté à l’aéroport de Berlin.
En mai, un tribunal pour mineurs de Berlin a reconnu Ballout coupable d’avoir préparé un acte de violence grave mettant en danger l’État, ainsi que d’avoir publié de la propagande de l’État islamique sur son compte Instagram et d’autres chefs d’accusation, selon les procureurs.
Le tribunal a prononcé une peine avec sursis d’un an et dix mois de placement en centre de détention pour mineurs, contre laquelle le bureau du procureur de Berlin a fait appel.
Le tribunal a pris en compte les mois de détention provisoire de Ballout en Allemagne et au Liban.
Il a également indiqué avoir considéré que Ballout avait avoué les faits, semblait prendre ses distances avec le groupe et qu’aucune menace réelle ne s’était jamais concrétisée.
Il avait été libéré dans l’attente de l’appel
Selon la police, une camionnette blanche a fait irruption dans le parc du Tiergarten vers 22 heures et a percuté plusieurs personnes avant de heurter un arbre. À quelques pas de là, près de la porte de Brandebourg, la soirée de clôture du festival de la Fierté battait son plein, après la parade qui avait traversé le centre-ville de Berlin plus tôt dans la journée.
L’attaque n’a pas eu lieu lors du festival, ni le long de son parcours, ni lors de la soirée de clôture. Les faits se sont plutôt déroulés à quelques centaines de mètres de là, sur une allée du parc du Tiergarten. La camionnette a foncé dans une foule composée vraisemblablement à la fois de festivaliers, d’habitants du quartier et de visiteurs.
La police a indiqué qu’une femme avait été tuée.
Dimanche après-midi, des centaines de personnes se sont rassemblées devant un mémorial érigé près de la porte emblématique. Elles se sont enlacées et ont déposé des fleurs, des bougies, des drapeaux arc-en-ciel et des pancartes artisanales, dont une en carton où l’on pouvait lire: «La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour.»
Des centaines de milliers de personnes étaient venues à Berlin samedi pour célébrer l’événement, mais on ignore combien étaient encore présentes au festival en fin de soirée. Il s’agit de l’une des plus grandes célébrations 2ELGBTQI+ d’Europe.
«Nous sommes tout simplement abasourdis par ce qui s’est passé. Cette attaque présumée frappe au cœur de la communauté queer.»
— André Lehmann, un haut responsable de la principale association nationale 2ELGBTQI+, la LSVD+.
Amsterdam a annoncé qu’elle célébrerait la liberté après l’attentat de Berlin.
Le chancelier Friedrich Merz a exhorté la nation à rester unie après l’attaque. «Je voudrais dire ceci aux participants du Christopher Street Day, ici à Berlin mais aussi dans toute l’Allemagne: ne vous laissez pas intimider, a-t-il déclaré. Ces actes n’ont qu’un seul but: diviser notre société. Ils veulent nous priver de ce que nous avons de plus précieux : notre ouverture d’esprit et notre liberté.»
Dobrindt a indiqué s’attendre à ce que les mesures de sécurité lors d’autres grands événements en Allemagne, notamment les Marches des fiertés ailleurs dans le monde, soient réexaminées et, si nécessaire, considérablement renforcées.
Berlin a déjà été le théâtre d’attentats islamistes. En décembre 2016, un demandeur d’asile tunisien débouté a foncé avec un camion détourné sur un marché de Noël, tuant 13 personnes et en blessant des dizaines d’autres. Il a été abattu quelques jours plus tard en Italie.
En février de l’année dernière, un touriste espagnol a été poignardé et grièvement blessé au Mémorial de l’Holocauste de Berlin. Un Syrien a été condamné en mars à 13 ans de prison pour cet attentat.
Cette semaine, Amsterdam accueille la World Pride en parallèle de ses propres célébrations annuelles de la Marche des Fiertés.
La maire, Femke Halsema, a assuré que les autorités et les organisateurs «suivent de près la situation sécuritaire» après l’attentat de Berlin, mais veillent à ce qu’aucune mesure supplémentaire n’entrave les festivités de liberté et d’amour.