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Manifestations en France: 70 000 membres des forces de l’ordre mobilisés samedi

Le ministre de l’Intérieur a évoqué de «nombreux appels sur les réseaux sociaux à commettre des exactions», mais aussi des «pillages» pour l’«acte II».

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Violences en France: des couvre-feux imposés Des couvre-feux sont entrés en vigueur lundi soir dans plusieurs villes de France, tandis que la crise prend un tournant de plus en plus politique, avec des critiques émanant aussi du bloc présidentiel.

Quelque 70 000 membres des forces de l’ordre seront mobilisés en France samedi lors d’une nouvelle journée de manifestation strictement encadrée, pour laquelle de «nombreux appels» à «commettre des exactions» et des «pillages» circulent sur les réseaux sociaux, selon le gouvernement.

Après les violences commises la fin de semaine dernière, le président français Emmanuel Macron est monté en première ligne vendredi: il a reçu pour la première fois depuis le début de la contestation les organisations lycéennes, qui ont appelé à poursuivre le mouvement, et doit aller à la rencontre des forces de l’ordre.

À six mois de la présidentielle pour laquelle l’extrême droite est donnée favorite, le chef de l’État a présidé dans la matinée un conseil de défense, après une semaine tendue en France où les couvre-feux et multiples interdictions de manifester ont été prononcés.

Son premier ministre Sébastien Lecornu se rend, lui, à Limoges (centre), particulièrement touchée par les violences du 17 octobre avec son hôtel de ville incendié.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a évoqué vendredi de «nombreux appels sur les réseaux sociaux à commettre des exactions», mais aussi des «pillages» pour l’«acte II» de la mobilisation samedi, mêlant revendications lycéennes et protestation contre la «vie chère».

Un manifestant brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Désolé, c'est moi qui ai volé tout l'argent destiné à l'éducation » lors d'un rassemblement contre les mauvaises conditions d'enseignement dans les écoles, à Paris, le jeudi 22 octobre 2026. Un manifestant brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Désolé, c'est moi qui ai volé tout l'argent destiné à l'éducation » lors d'un rassemblement contre les mauvaises conditions d'enseignement dans les écoles, à Paris, le jeudi 22 octobre 2026. (Teresa Suarez/AP Photo/Teresa Suarez)

Quelque 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés, contre 60 000 le 17 octobre, journée durant laquelle les manifestations avaient réuni entre 550 000 et 800 000 personnes dans le pays.

Vendredi après-midi, une vingtaine de représentants des organisations lycéennes ont été reçus pendant trois heures au palais de l’Élysée où le chef de l’État a voulu «écouter leurs revendications et inquiétudes», selon la présidence.

«On n’est pas satisfait», a réagi Nathanaël Combary, président du conseil d’administration du syndicat Renouveau lycéen, appelant à «continuer à se mobiliser» pour maintenir le «bras de fer» avec l’exécutif après un mois de revendications pour notamment le bâti des établissements scolaires et la refonte de la plateforme d’orientation ParcourSup.

Il a cependant salué à la sortie un chef de l’État «à l’écoute», qui leur a promis une «refonte complète» de ParcourSup et une «réforme de la démocratie scolaire».

«On attend notre réunion avec le premier ministre (lundi, NDLR)» Sébastien Lecornu, a-t-il ajouté.

«On reste très méfiant, puisque Emmanuel Macron (…) a mené une politique de destruction des services publics d’éducation», a renchéri Louis Letoublon (Les Lycéens !).

En parallèle de ces discussions, le chef de l’État continue à mettre l’accent sur la fermeté. Il effectuera un déplacement auprès des forces de l’ordre.

La réponse pénale aux violences «ne connaît pas d’équivalent», a martelé Gérald Darmanin. Le garde des Sceaux a annoncé qu’un total de 217 personnes avaient été incarcérées parmi les 2700 placées en garde à vue, après les violences et pillages de samedi qui ont touché environ 3000 commerces.

«Fuite en avant»

Pour ce samedi, seules les manifestations organisées par les syndicats seront autorisées, a prévenu Emmanuel Macron.

Dans la capitale, où un seul cortège est autorisé, la municipalité a appelé la population «à la plus grande vigilance». Et le préfet de police de Paris a demandé aux commerçants de recourir «s’ils le peuvent à la sécurité privée».

L’intersyndicale qui organise la manifestation à Paris a dénoncé vendredi un changement de parcours «inacceptable» «imposé par la préfecture».

La police fait face à des manifestants brandissant une banderole sur laquelle on peut lire : « Les lycéens s'en prennent au Bac. Le Bac (Brigade anti-criminalité) s'en prend à la direction », alors qu'ils se rassemblent pour dénoncer les mauvaises conditions d'enseignement à Paris, le 22 octobre 2026. La police fait face à des manifestants brandissant une banderole sur laquelle on peut lire : « Les lycéens s'en prennent au Bac. Le Bac (Brigade anti-criminalité) s'en prend à la direction », alors qu'ils se rassemblent pour dénoncer les mauvaises conditions d'enseignement à Paris, le 22 octobre 2026. (Teresa Suarez/AP Photo/Teresa Suarez)

À Lyon (sud-est), le centre-ville sera interdit aux manifestants, et à Marseille (sud) une manifestation sera finalement autorisée, alors que la préfecture avait interdit jeudi tout rassemblement.

Ces restrictions à répétition sont jugées liberticides dans l’opposition, au point que le parti de gauche radicale La France insoumise a dénoncé une «fuite en avant autoritaire».

Autre point de tension de la fin de semaine, le congrès du Rassemblement national (RN, extrême droite) à Orléans (centre-nord) samedi et dimanche. Entre 20 000 et 30 000 militants anti-RN sont attendus samedi. Le parcours de leur manifestation, qui devait passer dans le centre-ville, a été modifié vendredi. Près de 3000 membres des forces de l’ordre seront déployés.

Note de la France

Plusieurs matchs de soccer prévus cette fin de semaine, dont Paris Saint-Germain–Lyon, l’affiche de la 8e journée de Ligue 1, le championnat de France de football, ont été décalés à la demande de préfectures.

Un sondage réalisé après les violences du 17 octobre montre que le candidat de LFI Jean-Luc Mélenchon se qualifierait au second tour de la présidentielle dans tous les cas de figure testés, mais qu’il s’inclinerait lourdement face à Marine Le Pen. L’écart entre les deux se creuse d’ailleurs de 3 points par rapport à la précédente vague de ce baromètre Harris Interactive pour M6/RTL, publiée début octobre.

Jeudi, à l’issue d’une réunion organisée par le premier ministre avec les principaux partis politiques autour du maintien de l’ordre, la gauche a de nouveau critiqué l’absence de réponse politique de l’exécutif au sujet des revendications (éducation, salaires, pouvoir d’achat, services publics…).

Situation tendue en France: les derniers développements Avant la journée de mobilisation de samedi contre la vie chère, les services de renseignement assuraient que le 17 octobre «ne serait pas le grand soir». Ce fut le chaos, avec une mise en cause sévère des services devant cette faillite inédite.

Mais les marges de manœuvres financières du gouvernement restent limitées, en pleine préparation d’un budget très serré, dans un contexte de finances publiques dans le rouge.

L’image dégradée d’une France en proie aux violences continue d’avoir des conséquences directes sur les marchés financiers: le taux d’emprunt à dix ans poursuit sa course au-delà des 5%, une première depuis 2002, illustrant la crainte des investisseurs sur la capacité de l’État français à rembourser.

L’agence de notation Moody’s pourrait abaisser vendredi soir la note de la deuxième économie de l’Union européenne, selon une majorité d’économistes, ce qui pourrait encore renchérir le coût de la dette.