L’auteur de l’attaque qui a fait un mort et sept blessés vendredi dernier en région parisienne a reconnu avoir ciblé des personnes musulmanes, africaines ou nord-africaines et avoir choisi la ville de Trappes, à ses yeux «un repaire d’islamistes», a détaillé jeudi le procureur antiterroriste Olivier Christen.
Le patron du Parquet national antiterroriste (PNAT) a par ailleurs insisté devant la presse sur la «très grande préparation» de l’attaque.
Kévin T., 39 ans, doit être présenté dans la journée à des juges antiterroristes en vue de son inculpation, a expliqué Olivier Christen. Le PNAT a requis son placement en détention provisoire.
Le 21 octobre, à bord de sa voiture, il avait abattu un Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo, Pengo Bossio Wangi, et a blessé sept autres personnes, dont plusieurs d’origine africaine ou maghrébine, à Trappes et La Verrière, deux communes situées au sud-ouest de Paris.
Trois étaient toujours hospitalisées jeudi, dont une avec un pronostic vital toujours engagé.

Inconnu des services de renseignement, Kévin T. a admis avoir «spécifiquement ciblé des personnes (…) de type musulman ou africain ou nord-africain», et choisi «spécifiquement Trappes», à ses yeux un «repaire d’islamistes», a exposé M. Christen.
Il a «contesté en revanche toute intention terroriste, considérant son action comme légitime». Il a réfuté également «avoir voulu tuer des enfants», disant avoir «pu se méprendre en raison de leur taille» : il a toutefois déclaré «n’éprouver aucun regret», a souligné M. Christen.
La perquisition à son domicile à Plaisir (région parisienne), qui était piégé, a permis la «découverte d’armes ou d’éléments d’armes, soit notamment un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux», a détaillé le procureur.
Autocollants faits maison
Ont aussi été retrouvés un exemplaire de «Mein Kampf» d’Adolf Hitler, un Coran et une Bible ainsi que différents autocollants aux slogans nationalistes ou en soutien aux forces de l’ordre.
Kévin T. a expliqué avoir «lui-même dessiné ces autocollants», puis avoir «commandé leur fabrication via Amazon il y a plus d’un an».
M. Christen a fait état d’une «très grande préparation de l’action criminelle», avec l’acquisition, en septembre, de «plusieurs éléments d’armes de nature à renforcer l’efficacité tactique du pistolet mitrailleur Sten, d’un brassard police et de menottes».
De plus, Kévin T. a remboursé ses dettes familiales et supprimé le 21 octobre «l’ensemble de ses comptes de réseaux sociaux». Il a également revendu son ordinateur portable et dissimulé son téléphone mobile. Ces deux supports seront analysés.
Célibataire, Kévin T. a affirmé n’être adhérent ou sympathisant d’aucun parti politique.
Selon une source proche du dossier, cet ouvrier dans l’automobile s’était radicalisé à l’extrême droite ces dix dernières années, «en mettant tout sur le dos des Arabes et des Noirs».
Kévin T., condamné à quatre reprises par le passé, la dernière fois en 2012, a fait état de problèmes psychologiques ainsi que d’une forte consommation de stupéfiants dès ses 13 ans.
Hommage national
Les analyses ont révélé «la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang» au moment de l’attaque ainsi que de molécules «cohérentes avec la prise des médicaments antipsychotiques et antidépresseurs», d’après le PNAT.
M. Christen a précisé que selon le médecin, «le diagnostic de schizophrénie allégué par Kévin T. était davantage une interprétation de l’intéressé qu’une conclusion médicale».
L’attentat a créé une onde de choc en France et enflammé le débat politique.
Plusieurs rassemblements ont eu lieu, en région parisienne notamment, en soutien aux victimes et pour «dénoncer la banalisation de la haine raciste».

«Que justice soit faite», a imploré mercredi soir la mère de Ramatou, l’enfant de 11 ans grièvement blessée, lors d’un rassemblement, selon une vidéo du média en ligne Brut.
Un «hommage national», présidé par le premier ministre Sébastien Lecornu, sera rendu prochainement.
Interrogé mercredi sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, le chef de l’État Emmanuel Macron a estimé qu’il y avait «des mouvements politiques qui ont laissé s’installer cela (un climat parfois raciste) à l’extrême droite», citant le Rassemblement national (RN) et «ceux qui leur sont proches».
Le RN a répondu jeudi, par la voix de son député Jean-Philippe Tanguy, que c’était le président, «très problématique», qui avait laissé prospérer «des idéologies haineuses».