La riposte canadienne aux plus récents tarifs américains est entrée en vigueur mardi. Et pendant que Mark Carney appelle à l’unité et à la résilience des Canadiens, l’administration Trump semble plutôt pencher vers une escalade des tensions, alors que le président s’en est notamment pris la veille à Bombardier.
Le Canada affirme que ses droits de douane correspondent exactement à ceux de Washington, tant en montant qu’en taux. Ils concernent environ 20 milliards de dollars de marchandises américaines, soit environ 6 % des 333,6 milliards de dollars que les États-Unis ont exportés vers le Canada l’année dernière.
Ces droits de douane touchent des produits américains comme l’acier, l’aluminium, le fromage, les appareils électroménagers, les vêtements, les cosmétiques et le matériel agricole, à des taux de 15 %, 25 % ou 50 %.
Le Canada peut-il espérer remporter cette guerre commerciale? Voici ce qu’en pensent des experts.
Le Canada part avec un désavantage : l’économie américaine est environ 13 fois plus importante, et le Canada destine plus de 70 % de ses exportations au sud de la frontière.
Mais Washington a aussi ses points faibles. Les raffineries américaines dépendent de 4 millions de barils de pétrole par jour en provenance du Canada, et les agriculteurs américains sont fortement tributaires des engrais à base de potasse canadiens. Jusqu’à présent, cependant, les dirigeants canadiens ont exclu de recourir à une partie de ce levier en taxant ou en restreignant des exportations essentielles.
Le Canada a entamé ce cycle de négociations avec un certain élan économique. Son économie a progressé à un taux annualisé de 3,2 % au deuxième trimestre, soit plus du double du rythme de 1,5 % enregistré aux États-Unis.
La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a clairement exprimé l’ambition du gouvernement : «Je suis convaincue que nous serons en mesure de montrer au monde entier que le Canada sortira vainqueur de cette guerre commerciale».
L’impact sur les élections de mi-mandat
Les élections de mi-mandat auront lieu le 3 novembre prochain aux États-Unis. Plusieurs observateurs s’attendent à ce que la guerre commerciale avec le Canada teinte le scrutin, alors que des politiciens américains ont fait part de leur désapprobation envers la guerre commerciale.
«Le Canada est notre ami, notre plus proche allié et notre premier partenaire commercial», a déclaré la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, à Politico dans une entrevue publiée la semaine dernière.
«On ne parle pas de la Chine ici. Ce n’est pas un pays hostile. Et… nos économies sont tellement liées que si tu essaies d’en nuire à l’une, tu finis par nuire au Maine.»
Mme Collins est depuis longtemps une figure politique incontournable dans son État frontalier, mais les politiques impopulaires de Trump — notamment sa campagne de droits de douane contre le Canada — ont mis son siège en danger.
Le Canada est le premier partenaire commercial du Maine et de nombreuses industries-clés de l’État, comme les produits de la mer et le bois d’œuvre, sont étroitement liées aux secteurs canadiens. Susan Mme Collins a reconnu que les droits de douane imposés au Canada sont «terribles pour le Maine» et qu’ils compliquent considérablement sa réélection.
Si le siège de Susan Collins dans le Maine est peut-être le plus menacé, ce n’est pas le seul à être ébranlé par les attaques de Trump contre le Canada, alors que les républicains cherchent à conserver le pouvoir au Congrès.
Matthew Lebo, professeur de sciences politiques à l’Université Western de London, en Ontario, a expliqué que les tendances historiques à long terme montrent que, en général, les élections de mi-mandat sont souvent défavorables au parti du président au pouvoir.
Il a ajouté que même si de nombreux observateurs politiques prédisent depuis un moment que la Chambre des représentants basculera du côté des démocrates, le Sénat pourrait aussi être en jeu maintenant.
«Certains des États clés qui sont devenus des États clés sont ceux qui entretiennent des relations commerciales très étroites avec le Canada», a déclaré Lebo, en citant l’Alaska, l’Iowa, le Maine, le Michigan et l’Ohio.
Avec de l’information de La Presse canadienne