La proposition soumise par l’Alberta au Bureau des grands projets concernant un nouvel oléoduc vers la côte ouest est présentée comme un partenariat public-privé, bien que sa structure actuelle penche presque entièrement du côté public.
Quatre-vingt-dix pour cent du projet serait entre les mains de sociétés d’État provinciales et fédérales, du moins au début.
L’entreprise d’infrastructures énergétiques Pembina Pipeline serait un partenaire minoritaire.
Voici un aperçu des activités de chaque entité et de ce qu’elles apportent au projet:
Trans Mountain
Le nouvel oléoduc aurait un constructeur et un tracé familiers.
Il suivrait en grande partie le tracé de l’oléoduc Trans Mountain existant, qui relie la région d’Edmonton au Lower Mainland, en Colombie-Britannique.
Trans Mountain, une société d’État fédérale, en serait le promoteur, le constructeur et l’exploitant.
L’oléoduc Trans Mountain achemine du pétrole brut de l’Alberta vers le sud-ouest de la Colombie-Britannique depuis les années 1950.
Son ancien propriétaire, l’entreprise américaine Kinder Morgan, avait proposé en 2012 un projet d’extension visant à presque tripler sa capacité pour la porter à 890 000 barils par jour.
Les coûts ayant explosé et le projet s’étant enlisé dans des retards judiciaires, Kinder Morgan s’est retirée.
Le gouvernement fédéral a racheté l’oléoduc pour 4,5 milliards $ en 2018 afin de mener à bien l’extension.
Le projet a finalement coûté 34 milliards $, soit une augmentation considérable par rapport à l’estimation de 7,4 milliards $ établie en 2017.
Trans Mountain est une filiale de la Corporation de développement des investissements du Canada, qui rend compte au Parlement.
L’extension de Trans Mountain a été mise en service en mai 2024 et fonctionne désormais au maximum de sa capacité.
Depuis lors, la société a reversé 2,2 milliards $ à son propriétaire, le gouvernement canadien, sous forme d’intérêts et de dividendes.
Le prix que les producteurs de sables bitumineux obtiennent pour leur pétrole brut lourd a également augmenté, leur produit pouvant désormais atteindre les marchés asiatiques en volumes significatifs.
Des projets sont en cours pour étendre encore la capacité de Trans Mountain à près de 1,2 million de barils par jour grâce à des stations de pompage supplémentaires, des additifs chimiques et de nouvelles conduites.
La proposition soumise au Bureau des grands projets «s’intégrerait très bien à notre pipeline existant», a indiqué Mark Maki, directeur général de Trans Mountain.
«C’est le même corridor; on peut faire appel à une partie du même personnel et utiliser les mêmes systèmes, a-t-il ajouté. Tout ce que nous avons déjà construit s’avère très, très utile pour le nouvel oléoduc.»
Commission de commercialisation du pétrole de l’Alberta
La commission est la «branche opérationnelle» du ministère de l’Énergie de l’Alberta, a expliqué Richard Masson, ancien directeur de cette société d’État provinciale.
Une participation dans un nouvel oléoduc s’inscrit dans son mandat qui consiste à «essayer de mener des actions dans l’intérêt des Albertains en tant que propriétaires de la ressource», a-t-il précisé.
La commission a déjà, par le passé, engagé des volumes de barils dans des projets de pipelines à un stade précoce, comme l’extension du Trans Mountain et la modernisation de la ligne 9 d’Enbridge en Ontario et au Québec il y a plusieurs années.
Elle s’était également engagée à fournir des volumes dans le cadre du projet Energy East, aujourd’hui abandonné, proposé par TransCanada (aujourd’hui TC Énergie) et qui devait traverser le Canada.
Jusqu’à présent, l’investissement le plus important et le plus complexe de la commission était un accord visant à fournir du bitume à une raffinerie située au nord d’Edmonton.
«C’est une étape importante. Cela ne fait aucun doute, a souligné M. Masson à propos du projet de pipeline de la côte ouest. La commission n’a jamais rien fait de tel auparavant.»
Pembina Pipeline
L’activité principale de Pembina est la collecte, le traitement et le transport de gaz naturel dans l’Ouest canadien.
L’entreprise construit également, en collaboration avec la Première Nation Haisla, l’usine de gaz naturel liquéfié et le terminal d’exportation de Cedar, dans le nord de la Colombie-Britannique.
Pembina apporte «une gestion rigoureuse des capitaux» et «une expertise opérationnelle» au partenariat autour de l’oléoduc, a mentionné jeudi le premier ministre Mark Carney.
«Et cela enrichit le projet», a-t-il soutenu.
En 2021, Pembina a formé un partenariat à parts égales (50-50) avec une coalition de communautés des Premières Nations et des Métis en vue d’acquérir Trans Mountain, bien que le gouvernement fédéral ait fait savoir qu’il n’avait pas l’intention de mettre cet actif en vente dans un avenir proche.
En attendant, dans le cadre d’un «accord-cadre non contraignant», Pembina détiendra une participation de 10 % dans le nouveau projet de la côte ouest pendant la phase de construction, avec la possibilité de doubler sa participation une fois que l’oléoduc sera mis en service.
L’entreprise a précisé que son rôle consisterait à «compléter, plutôt qu’à remplacer» Trans Mountain en tant que partenaire principal du projet.
«Ce projet représente une opportunité unique de cette génération pour développer une infrastructure énergétique contribuant à l’édification du pays, qui renforce l’économie canadienne et élargit l’accès de l’énergie canadienne aux marchés mondiaux», a souligné Scott Burrows, directeur général de Pembina.
«Notre participation sera évaluée selon les mêmes critères rigoureux que nous appliquons à chaque décision d’investissement. Nous avons abordé notre implication de manière mesurée, en préservant notre flexibilité financière et en intégrant des garanties significatives — afin que toute participation reste conforme à nos principes financiers et crée de la valeur durable pour nos actionnaires», a-t-il expliqué.
Il existe un domaine dans lequel l’activité principale bien établie de Pembina pourrait recouper celle d’un nouvel oléoduc de bitume, a noté M. Masson.
Pour que le bitume épais et goudronneux puisse circuler dans les oléoducs, il doit être dilué avec des liquides issus de la production de gaz naturel.
Pembina dispose d’usines où ces liquides — souvent appelés «condensats» ou «diluants»— sont séparés du gaz extrait du sol.
Avec tous les projets d’extension des oléoducs des sables bitumineux prévus, le secteur fait face à une pénurie de ces liquides, selon M. Masson.
«Si nous voulons mener à bien tous ces projets, nous devons plus que doubler la quantité de diluant produite au Canada, ce qui représente un défi colossal», a-t-il fait valoir.
Partenaires autochtones
Le gouvernement de l’Alberta affirme que le partenariat et la consultation avec les communautés autochtones constitueront un «élément essentiel» du projet.
Les gouvernements provincial et fédéral ont tous deux déclaré qu’ils «faciliteraient les opportunités» d’investissement pour les communautés par l’intermédiaire de leurs agences de prêts respectives dédiées aux Autochtones.
M. Masson ne voit toutefois pas les groupes autochtones s’engager avant que l’oléoduc ne commence à générer des flux de trésorerie réguliers.

