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Il en faudra plus pour attirer le privé dans un nouvel oléoduc, disent des analystes

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Les analystes de Marchés des capitaux CIBC affirment qu'ils ne s'attendent pas à ce que le secteur privé prenne l'initiative d'un nouvel oléoduc pour les sables bitumineux vers la côte ouest tant qu'il y aura une opposition au projet de la part du gouvernement de la Colombie-Britannique et des Premières Nations.  

«L'obligation de consulter la Colombie-Britannique et les groupes autochtones est nécessaire et logique», ont-ils écrit dans un rapport vendredi, au lendemain de la signature par le gouvernement fédéral et l'Alberta d'un protocole d'accord sur un large éventail de questions de politique énergétique.  

«Le protocole d'accord ne contient rien qui s'apparente à une réforme judiciaire et semble donc s'appuyer sur la Loi visant à bâtir le Canada et l'obligation préexistante de consulter les peuples autochtones afin d'éviter des contestations judiciaires sans fin», ont-ils noté.

La Loi visant à bâtir le Canada, en vertu de laquelle le nouveau Bureau des grands projets a été créé cet été pour accélérer la mise en place d'infrastructures «d'intérêt national», reste «inéprouvée», ont écrit les analystes. 

L'obligation constitutionnelle de consulter les Premières Nations est quant à elle «controversée et mal définie», ont-ils ajouté. Les contestations judiciaires ont entraîné des retards pour le projet Northern Gateway, aujourd'hui abandonné, sur la côte nord de la Colombie-Britannique il y a plus de dix ans, et pour l'oléoduc Trans Mountain, qui achemine actuellement du pétrole brut des sables bitumineux vers la région de Vancouver. 

«Avant qu'une entreprise figurant sur notre liste ne s'engage financièrement dans un projet de pipeline aussi politiquement sensible que celui-ci, nous aimerions au moins voir un certain alignement entre l'Alberta, la Colombie-Britannique et les groupes autochtones», indique le rapport de la CIBC. 

«Reconnaissant que cela est peu probable, nous nous attendons à ce que des incitations financières soient mises en place pour protéger les promoteurs du projet contre les frais juridiques et les dépassements de coûts liés à des contestations judiciaires potentiellement interminables.»

Les analystes de la CIBC ne misent pas non plus sur une augmentation immédiate de la production des sociétés de sables bitumineux, même si le protocole d'accord stipule qu'elles ne seront pas soumises à un plafond fédéral d'émissions. 

«Nous considérons qu'un pipeline sur la côte ouest est important pour la souveraineté économique, mais nous pensons qu'il faudra du temps pour qu'il se concrétise», ont écrit les analystes.

Des coûts qui grimpent en flèche

Le premier directeur général, Industries pétrolière et gazière, chez BMO Marchés des capitaux, Randy Ollenberger, a déclaré dans un panel en début de semaine que les coûts restaient une grande inconnue. Il a affirmé qu'il souhaiterait que des audits judiciaires soient menés afin de déterminer pourquoi le pipeline Trans Mountain et le gazoduc Coastal Gas Link vers la Colombie-Britannique ont finalement coûté beaucoup plus cher que prévu initialement. 

«C'est formidable d'approuver un pipeline, mais si vous construisez un pipeline de 100 milliards $ vers la côte ouest, vous n'allez pas y transporter de pétrole et les producteurs ne vont pas le soutenir et le remplir», a-t-il déclaré. 

«Nous ne pouvons pas construire ces projets dispendieux qui coûtent des milliards et des milliards de dollars de plus qu'ils n'auraient dû parce que nous déplaçons des fourmilières et des nids d'oiseaux et que nous déterrons des ossements en cours de route. Nous devons mettre en place un processus beaucoup plus efficace et rationnel pour construire ces projets afin de rester compétitifs», a ajouté M. Ollenberger.

L'ancien premier ministre de l'Alberta Jason Kenney a déclaré qu'il s'interrogeait sur les coûts pour l'industrie de certains éléments du protocole d'accord au-delà du pipeline. 

Il a affirmé aux journalistes qu'il craignait que l'économie des sables bitumineux ne soit compromise par la hausse du prix du carbone industriel, qui pourrait atteindre 130 $ la tonne, en plus des capitaux considérables qui seraient nécessaires pour le projet de capture et de stockage du carbone «Nouvelles voies», une condition préalable à la construction du pipeline. 

«Le Texas n'agit pas de la sorte. La Russie non plus. L'Arabie saoudite non plus. Si l'industrie du pétrole brut lourd vénézuélien revient un jour sous un nouveau gouvernement, elle ne s'imposera pas ce genre de coûts», a fait valoir M. Kenney après le discours du premier ministre Mark Carney devant un public de gens d'affaires à Calgary. 

«Cet accord comporte-t-il des coûts qui rendront la croissance future de l'industrie canadienne non compétitive? Cela reste à déterminer», a-t-il ajouté.

Tout de même, les propos de M. Carney ont visiblement trouvé un écho favorable auprès de nombreuses personnes présentes, comme en témoignent les ovations qui ont encadré son discours.

«Il a commencé à esquisser une solution à un problème très complexe, a déclaré Mark Maki, chef de la direction de Trans Mountain, lors d'une entrevue vendredi. Nous souhaitions que le Canada devienne une superpuissance énergétique et il s'agit d'un grand pas dans cette direction.»