Le taux d’augmentation recommandé pour les loyers en 2026 a été fixé à 3,1% lundi et correspond donc à la moyenne de l’indice des prix à la consommation (IPC).
C’est ce qu’a annoncé le Tribunal administratif du logement (TAL).
Pour un loyer de base de 1500 $ par mois pour un logement non chauffé, l’augmentation de 3,1% équivaut à une nouvelle mensualité d’environ 1546$, à partir de juillet 2026.
Il s’agit là de l’ajustement de base du loyer. Cette suggestion ne tient pas compte d’autres facteurs comme les taxes et assurances de l’immeuble ainsi que les réparations ou améliorations majeures effectuées par le propriétaire.
Le chiffre dévoilé par le TAL est le premier taux établi en fonction de la nouvelle méthode de calcul mis en place par le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) pour estimer la hausse annuelle des loyers au Québec.
Depuis le 1er janvier, le loyer est indexé selon l’IPC général de la province, calculé avec la moyenne des trois dernières années, ce qui permet d’éviter de trop grandes variations d’une année à l’autre. Le calcul tient compte aussi des taxes municipales et scolaires et des frais d’assurance.
La hausse de 3,1% est de beaucoup inférieure à celle proposée l’an dernier par le TAL alors que le Québec assistait à une hausse historique de 5,9% des loyers. Cette décision avait été vivement critiquée alors que le Québec était - et l’est encore - plongé dans une crise du logement.
En 2024, le TAL avait calculé l’ajustement des loyers à 4% de hausse.
Le taux d’augmentation recommandé pour les loyers est une balise et n’oblige en rien les propriétaires à le respecter, ce que déplorent plusieurs organismes communautaires dédiés notamment à l’aide au logement.
La nouvelle méthode s’applique aux demandes dont l’avis de modification de bail a été donné à compter du 1er janvier 2026.
Notez que pour les baux débutants entre le 2 avril 2025 et le 1er avril prochain, le pourcentage de base pour le loyer a été fixé à 4,5% par le TAL.
Nouvelle méthode de calcul
Après plus de 40 ans, l’année 2026 marque donc la première année des changements à la méthode de fixation des loyers au Québec alors que le nouveau calcul est basé sur une moyenne de l’indice des prix à la consommation (IPC).
Les modifications votées par la CAQ avaient comme objectif de s’assurer que l’augmentation des loyers tient «uniquement compte des charges réelles» du propriétaire et que le calcul soit ainsi plus simple à comprendre et «plus prévisible» pour les locataires.
Le TAL n’a donc plus à présenter une recommandation sur les hausses de loyers, mais plutôt à présenter la moyenne de l’IPC.
«La bonne nouvelle, c’est que l’inflation a quand même diminué, mais la mauvaise nouvelle, c’est qu’on compte l’inflation des trois dernières années. Donc même si on a déjà payé de très grandes hausses l’année dernière et l’année d’avant, on va les recompter. C’est pour ça qu’on arrive à 3,1%», mentionne Steve Baird, du Regroupement des comités logement et association de locataire du Québec (RCLALQ)
D’après le gouvernement, le nouveau procédé devrait faciliter les discussions entre propriétaires et locataires sur les hausses de loyers et diminuer le recours au TAL.
«De prendre les trois dernières années et d’en faire une moyenne, ça fait en sorte que d’une année à l’autre ce sera moins volatile et on va savoir davantage à quoi s’en tenir», soutient Éric Sansoucy, porte-parole de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ)
La nouvelle méthode de calcul pour suggérer une hausse de loyer a toutefois fait l’objet de certaines critiques.
Plusieurs organismes communautaires oeuvrant notamment dans l’aide au logement militent encore pour la création d’un registre des loyers, un meilleur contrôle des loyers et plaident pour un investissement massif dans le logement abordable.
Des rénovations pour augmenter les loyers?
La méthode de calcul du TAL pour les rénovations effectuées par les propriétaires a également été révisée. Les propriétaires pourront désormais amortir leurs rénovations sur une période de 20 ans, avec un seuil fixe de 5%.
«La plupart de nos immeubles sont vieux et ont été sous-rénovés dans les dernières décennies, conséquemment à la méthode de calculs du TAL qui ne reconnaissait pas les travaux de rénovation suffisamment», soutient M. Sansoucy.
Gabriel Soucy, qui a mis en ligne un agrégateur de loyer après avoir analysé 250 000 annonces de logements dans les six derniers mois, soutient que les propriétaires ne respectent pas nécessairement les règles de calcul du TAL.
«La médiane des loyers globalement c’est 1345 $ et si on extrait ceux qui mentionnent que ce sont des loyers rénovés, la médiane devient 1475$ par mois, soit 130$ de plus, une hausse de 10% environ», explique-t-il.
Forte hausse du prix des loyers
Le prix des loyers est en hausse un peu partout au Québec depuis déjà plusieurs années.
En décembre dernier, un classement de Statistique Canada plaçait Drummondville en tête des 40 plus grandes villes du Canada en termes d’augmentation du prix des appartements.
Les données de Statistique Canada indiquaient alors que la fluctuation du prix moyen d’un logement 4 ½ à Drummondville depuis un an s’établissait à 11,5%, soit la pire augmentation au pays.
Pour Sherbrooke, cette même donnée était de 3,4% alors qu’on notait des reculs respectivement de 1%, 3,9% et 5,9% pour Montréal, Toronto et Vancouver.
L’an dernier, la recherche d’un loyer à coût abordable était également difficile du côté de Québec alors que les prix des logements semblent augmenter à la vitesse grand V dans la capitale nationale.
Le coût moyen des loyers continue d’exploser à Saguenay selon des données du Rapport sur le marché locatif publié en décembre dernier par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL).
Hausse de loyer: vos recours
Si votre propriétaire souhaite augmenter votre loyer, un avis écrit doit normalement vous être envoyé trois à six mois avant la fin de votre bail. «Passé ce délai, votre propriétaire ne peut pas augmenter le loyer pour la prochaine année», indique-t-on sur le site Web d’Éducaloi.
Les locataires ont le droit de refuser une augmentation qu’ils jugent déraisonnable tout en renouvelant leur bail - sauf si le locataire réside dans un immeuble construit depuis cinq ans ou moins, dans ce cas, il doit quitter le logement à la fin du bail.
Dans les deux cas, les locataires doivent en informer leur propriétaire par écrit.
Si le propriétaire et le locataire ne s’entendent pas sur l’augmentation du loyer (ou sur toute autre modification au bail), le propriétaire doit, dans le mois qui suit la réponse de refus du locataire, s’adresser au Tribunal administratif du logement (TAL) pour faire une demande de modification du bail.
Avec des informations de Laurie Gervais, Émile Bérubé-Lupien, Félix-Antoine Audet et Émeric Montminy.

