Conflit au Moyen-Orient

Les prix de l’essence augmentent, mais «personne ne peut prédire» de combien

Selon un expert, les consommateurs ne doivent pas s’attendre à une baisse dans un avenir proche.

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Conflit au Moyen-Orient: Trump craignait que l’Iran frappe en premier De nouvelles explosions ont résonné à Téhéran mardi au quatrième jour de la guerre lancée par Israël et les États-Unis.

Le conflit au Moyen-Orient fait grimper les prix de l’essence, et les Montréalais pourraient bientôt voir une hausse de 10 cents à la pompe.

Toutefois, selon Carol Montreuil, vice-président de l’Association canadienne des carburants, il est trop tôt de prédire que les prix dépasseront les 2$ le litre dans les semaines à venir. Il ajoute que les consommateurs ne doivent pas s’attendre à une baisse dans un avenir proche.

Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.

«Personne ne peut vraiment prédire où les prix vont se situer, et je ne ferais pas confiance à quelqu’un qui essaierait de prédire où ils en seront dans un mois ou l’été prochain, mais il est certain que, si l’on observe la tendance, celle-ci est à la hausse. La pression sur les prix sera à la hausse», a-t-il dit.

Selon Essence Montréal, qui suit l’évolution des prix de l’essence, le prix le plus bas par litre dans la région mardi est de 1,39 $/litre chez Costco à Brossard, ainsi que chez Petro-Canada sur l’avenue Renaissance et Esso sur le boulevard Curé-Labelle à Laval.

À l’inverse, les prix sur l’île de Montréal ont grimpé jusqu’à 1,62 $ chez Shell sur l’autoroute 25 à Anjou.

Voici quelques-uns des prix les plus élevés et les plus bas du carburant à Montréal (mardi midi) :

Station-serviceAdressePrix par litre
Petro-CanadaSources/Anselme Lavigne (DDO)1,44$
EssoSainte-Croix/Côte-de-Liesse (Saint-Laurent)1,48$
ShellHenri-Bourassa/Lafrance (Saint-Laurent)1,52$
Petro-CanadaAutoroute 25 (Anjou)1,55$
ShellAutoroute 25 (Anjou)1,62$

Un monde commercial interconnecté

Selon l’expert, ces hausses de prix se sont produites immédiatement, malgré le fait que le Canada importe très peu de pétrole brut d’Iran ou du Venezuela, deux pays qui sont des cibles militaires du président américain Donald Trump.

«Ce qu’il faut comprendre, c’est que, qu’il s’agisse du Venezuela ou du Moyen-Orient, les gens sont surpris d’apprendre que, d’un point de vue volumétrique, très peu de ce pétrole brut arrive en Amérique du Nord», a rapporté M. Montreuil, ajoutant que 80 % du pétrole du Moyen-Orient est destiné à l’Asie.

«Les gens se posent des questions: alors pourquoi les prix augmentent-ils même ici, en Amérique du Nord ? Il faut comprendre que ces marchés sont liés les uns aux autres. Ainsi, lorsqu’un événement se produit dans une partie du monde, les prix sur diverses plateformes, que ce soit en Europe, au Canada ou aux États-Unis, augmentent tous, car ces marchés sont étroitement liés», a-t-il poursuivi.

Le prix du pétrole brut WTI était de 62$ le 17 février et de 65$ il y a une semaine. Il a atteint 77$ mardi.

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Ces pics sont loin des hausses observées lors des chocs pétroliers historiques de 1973, après la guerre du Yom Kippour, ou de 1979, après la révolution islamique en Iran.

«À l’époque, les prix ont quadruplé», a expliqué M. Montreuil. «Les prix sont passés de 3 à 12$ [le baril], ils étaient vraiment bas dans les années 70, puis pendant la révolution iranienne de 79, ils ont encore doublé, passant d’environ 15$ à 30$.»

Cependant, à aucun moment, le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman le long de la côte iranienne, n’a été bloqué, a précisé l’expert.

«Aucun de ces événements n’a entraîné de blocage, d’arrêt ou d’interruption du trafic dans le détroit d’Ormuz comme c’est le cas actuellement», a-t-il dit. «Aucun navire ne veut s’aventurer dans cette zone à l’heure actuelle, la situation est donc très tendue. Nous devrons suivre de très près l’évolution de la situation, mais pour l’instant, il s’agit d’une situation très grave et très importante.»

Un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit, transportant du pétrole et du gaz naturel provenant d’Arabie saoudite, du Koweït, d’Irak, du Qatar, de Bahreïn, des Émirats arabes unis et d’Iran.

La majeure partie de ce pétrole est destinée à l’Asie. Le seul client pétrolier restant de l’Iran est la Chine. L’Iran a déjà attaqué plusieurs navires et menacé tous ceux qui tenteraient de passer, fermant ainsi le détroit.

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Deux boutres traditionnels naviguent à côté d'un grand porte-conteneurs dans le détroit d'Ormuz, le 19 mai 2023. Deux boutres traditionnels naviguent à côté d'un grand porte-conteneurs dans le détroit d'Ormuz, le 19 mai 2023. (Jon Gambrell/Associated Press, archives)

«Le détroit d’Ormuz est fermé», a fait savoir le brigadier général iranien Ebrahim Jabbari, conseiller de la Garde révolutionnaire paramilitaire, promettant que tout navire qui le traverserait serait incendié.

«Les frais d’assurance ont explosé pour assurer les cargaisons de pétrole brut qui traversent le détroit d’Ormuz, de sorte que personne ne veut s’y aventurer pour le moment», a dit M. Montreuil. «C’est un point de passage très important sur la planète pour le pétrole brut et le gaz naturel. À l’heure où nous parlons ce matin, le Qatar, [qui] produit 20 % du gaz naturel liquéfié, est complètement fermé. Aucun gaz naturel ne sort du Qatar.»

Le groupe de réflexion public sur la politique, l’Institut économique de Montréal (IEM), a déclaré que la situation incertaine au Moyen-Orient renforce l’avantage du Québec en matière d’approvisionnement en gaz naturel liquéfié.

Dans un rapport publié en février, l’analyste Gabriel Giguère affirme que le projet Marinvest du Québec à Baie-Comeau pourrait contribuer à approvisionner l’Europe, qui tente déjà de se libérer de sa dépendance vis-à-vis de la Russie, et à répondre à une partie de la demande mondiale croissante.

«Que ce soit par le développement du GNL vers l’Europe ou par un meilleur accès aux marchés asiatiques pour notre pétrole, le Canada doit cesser de limiter son potentiel énergétique», a affirmé M. Giguère. «Dans un monde marqué par l’instabilité géopolitique, nous devons sortir de notre zone de confort et enfin nous donner les moyens d’exporter notre énergie là où elle est nécessaire.»

Le Québec et l’est du Canada

Carol Montreuil a affirmé que le conflit au Moyen-Orient ne devrait pas affecter le volume de pétrole brut du Canada et des États-Unis, mais que des discussions sur l’approvisionnement vont surgir, en particulier au Québec et dans les provinces de l’Atlantique.

«Comme nous le savons, le Canada est un grand producteur de pétrole brut, mais malheureusement, l’est du Canada n’est pas entièrement relié à l’ouest du pays», a-t-il souligné. «La plus grande raffinerie du Canada se trouve à Saint John, au Nouveau-Brunswick, et il n’y a pas de pipeline pour acheminer le pétrole brut de l’ouest du Canada vers Saint John. Nous sommes donc vulnérables dans l’est du Canada, car nous n’avons pas pleinement accès au pétrole brut de l’ouest.»

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