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Choc sur les prix du pétrole et du gaz en raison du conflit au Moyen-Orient

«Les acteurs commencent désormais à prendre conscience que le risque d’une escalade est très élevé.»

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Les prix de l'essence sont affichés dans une station-service avec la Banque centrale européenne en arrière-plan à Francfort, en Allemagne, le lundi 2 mars 2026. Les prix de l'essence sont affichés dans une station-service avec la Banque centrale européenne en arrière-plan à Francfort, en Allemagne, le lundi 2 mars 2026. (Michael Probst)

Les cours du gaz et du pétrole s’envolent mardi, portés par le conflit au Moyen-Orient, qui paralyse le détroit d’Ormuz et menace directement des infrastructures énergétiques dans cette région clé pour les hydrocarbures, ravivant le spectre du choc inflationniste de la guerre en Ukraine.

Donald Trump a averti lundi que le conflit contre l’Iran pourrait durer un mois, voire plus, et les acteurs du marché «commencent à prendre conscience que le risque d’une escalade prolongée dans la région est très élevé», affirme Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management.

En conséquence, le baril de pétrole Brent a dépassé mardi 85$ pour la première fois depuis juillet 2024, et le gaz européen s’est brièvement affiché à plus de 65 euros le mégawattheure, un niveau plus vu depuis janvier 2023.

«La question est de savoir si nous allons revivre le scénario de 2022», au début de l’invasion russe de l’Ukraine, «où la flambée des prix de l’énergie avait déclenché une vague d’inflation massive, qui avait durement frappé l’économie mondiale», résume Kathleen Brooks, analyste chez XTB.

Les prix actuels restent cependant loin des sommets atteints à l’époque: le gaz avait ponctuellement dépassé 300 euros par mégawattheure — pour un record absolu de 345 euros— et le baril de brut s’était installé pendant plusieurs mois au-delà des 100$.

Passage stratégique

Un responsable iranien a menacé lundi de «brûler» tout navire tentant de franchir le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement par lequel transite environ 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux.

À court terme, les réserves permettent de répondre au blocage de ce passage stratégique, mais «un risque plus important pour le marché serait que l’Iran vise d’autres infrastructures énergétiques dans la région», ce qui «pourrait entraîner des interruptions» de production, expliquent les analystes d’ING.

La compagnie énergétique publique qatarie QatarEnergy a déjà suspendu lundi sa production de gaz à la suite d’une attaque de drones iraniens contre les installations de deux de ses principaux sites de traitement.

Des installations pétrolières ont également été touchées par des drones mardi à Oman et aux Émirats arabes unis.

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L’Asie est particulièrement exposée: la Chine et l’Inde, deux géants de l’importation d’énergie, dépendent fortement des hydrocarbures du Golfe.

L’Europe possède des sources d’approvisionnement plus variées sur le pétrole, mais le gel du trafic dans le détroit d’Ormuz «intensifiera la concurrence mondiale pour les flux de GNL restants», faisant grimper les prix, affirme M. Jonathan Schroer, analyste chez UniCredit.

«Chute brutale»

Les stocks de gaz européens étaient déjà bas avant le déclenchement du conflit, remplis à environ 30% fin février, contre 62% fin février 2024, d’après la plateforme officielle répertoriant les réserves.

L’envolée des prix de l’énergie réveille les craintes d’une «stagflation», soit une inflation tenace combinée à une croissance fragile, similaire à la situation vécue en 2022 et 2023.

Ce risque n’est «pas encore comparable à la guerre en Ukraine», mais le conflit au Moyen-Orient en a «le potentiel», selon Neil Wilson, analyste de Saxo Markets.

«C’est pourquoi nous avons observé aujourd’hui une chute brutale des marchés boursiers», remarque Fawad Razaqzada, analyste chez StoneX.

La durée du conflit devrait donc déterminer si la hausse des hydrocarbures se répercutera ou non au reste de l’économie.

En Europe, «heureusement, une éventuelle crise devrait avoir un impact moins important sur les factures d’électricité, car davantage d’énergies renouvelables sont désormais raccordées au réseau, ce qui réduit le recours aux centrales à gaz», tempère cependant Jess Ralston, du groupe de réflexion Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU).