Économie

Le Canada risquerait de perdre plus de 100 000 emplois si l'ACEUM était abrogé

Une renégociation réussie permettrait plutôt de créer 137 000 emplois aux États-Unis et 98 000 au Canada.

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Les drapeaux canadiens et américains flottent côte à côte à la frontière des mille îles, à Lansdowne, en Ontario, le lundi 8 novembre 2021. LA PRESSE CANADIENNE/Lars Hagberg Les drapeaux canadiens et américains flottent côte à côte à la frontière des mille îles, à Lansdowne, en Ontario, le lundi 8 novembre 2021. (Lars Hagberg/La Presse canadienne)

Le Canada pourrait perdre 102 000 emplois si l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) venait à échouer, met en garde un nouveau rapport.

Ce rapport, rédigé par Oxford Economics pour le compte du Conseil commercial canado-américain, a analysé les conséquences économiques potentielles des négociations sur l’ACEUM, y compris la résiliation de l’accord.

Selon ce rapport, les États-Unis perdraient 214 000 emplois en 2027 si l’ACEUM venait à être abrogé.

«Bon nombre de ces emplois se trouveraient dans les industries manufacturières directement touchées par les droits de douane, mais le secteur des services en ressentirait également les effets, car la baisse du revenu disponible inciterait les ménages à réduire leurs dépenses de consommation et le commerce, tandis que la baisse des investissements réduirait la demande dans les secteurs des transports, de la construction et des services professionnels», précise le rapport.

Une renégociation réussie permettrait plutôt de créer 137 000 emplois aux États-Unis et 98 000 au Canada, est-il indiqué.

Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada, a écrit dans un courriel que les travailleurs canadiens ne pouvaient pas servir de monnaie d’échange dans une guerre commerciale qu’ils n’ont pas déclenchée.

«Des emplois concrets sont en jeu, et le gouvernement doit être prêt à les défendre, a-t-elle argué. Mais protéger les travailleurs canadiens ne peut pas signifier signer un mauvais accord sous la menace de Donald Trump de se retirer. Le Canada doit savoir pour quoi il se bat, où se situent les lignes rouges et quel est le plan pour protéger les travailleurs et les collectivités si les États-Unis se retirent.»

Selon le rapport, les provinces et les États les plus touchés par la disparition de l’ACEUM seraient l’Ontario, le Québec, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, le Michigan, l’Indiana, l’État de Washington et l’Iowa.

Pour le Canada, les secteurs qui subiraient les répercussions les plus importantes en cas de disparition de l’ACEUM seraient notamment l’automobile, la métallurgie, la construction mécanique, l’électronique, la chimie, les produits du bois et les produits papetiers, précise le rapport.

«Les conséquences économiques sont bien réelles et nous devons aborder toute négociation en toute lucidité», a déclaré mardi Beth Burke, directrice du Conseil commercial canado-américain, lors d’une entrevue.

Le rapport indique qu’une renégociation réussie de l’accord représenterait environ 516 $ US par foyer américain et 846 $ CAN par foyer canadien chaque année.

«Ce n’est pas négligeable, surtout à une époque où le pouvoir d’achat est mis à rude épreuve pour tout le monde», a-t-elle ajouté.

«Faire progresser et défendre fermement les intérêts canadiens»

Une nouvelle série de droits de douane américains de 50 % sur une gamme de produits canadiens doit entrer en vigueur le 19 août et, contrairement à la plupart des autres droits de douane instaurés par le président américain Donald Trump, ceux-ci ne prévoiraient aucune exemption pour les produits conformes à l’ACEUM.

Le ministre du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, et Janice Charette, négociatrice en chef du Canada, sont de retour à Washington cette semaine pour une nouvelle série de négociations commerciales.

M. LeBlanc a indiqué mardi sur les réseaux sociaux qu’ils avaient rencontré le représentant américain au commerce, Jamieson Greer.

«Nous demeurons engagés à la table de négociation et continuons de travailler avec détermination pour faire progresser et défendre fermement les intérêts canadiens», a-t-il écrit.

Dimanche, le porte-parole de M. LeBlanc, Gabriel Brunet, a indiqué que les discussions avaient largement porté sur les nouveaux droits de douane menacés, les droits sectoriels existants et la renégociation de l’ACEUM.

Mme Burke s’est dite «très prudemment optimiste» alors que les responsables poursuivent leurs rencontres.

«Chaque fois qu’ils se réunissent pour débattre et avoir des conversations plus constructives et de fond, c’est un pas de plus vers la conclusion d’un accord satisfaisant», a soutenu la présidente du Congrès du travail du Canada.

Le rapport indique qu’environ 1,4 million d’emplois américains et 2,5 millions d’emplois canadiens dépendent des relations commerciales bilatérales.

«Rompre cette intégration ne se contenterait pas de supprimer ses avantages directs, mais imposerait également des coûts de transition substantiels aux entreprises, contraintes de reconstruire des chaînes d’approvisionnement complexes mises en place au fil des décennies, et entraînerait des pertes d’efficacité à long terme», précise-t-il.

Le rapport indique aussi que les droits de douane actuels représentent un «écart significatif» par rapport aux niveaux d’avant 2025.

«Toutefois, la résiliation de l’ACEUM entraînerait une forte hausse des droits de douane dans les deux pays», prévient le rapport.

«Une renégociation réussie de l’ACEUM ramènerait les droits de douane bilatéraux à des niveaux proches de ceux d’avant 2025, soit environ 1 %, car, dans ce scénario, on suppose que seuls des droits de douane supplémentaires limités subsisteraient sur l’acier, l’aluminium et les produits laitiers canadiens.»

Catherine Morrison

Catherine Morrison

Journaliste