Les producteurs laitiers canadiens mettent en garde contre toute concession concernant leur secteur alors que les négociations commerciales avec les États-Unis s’intensifient à l’approche de la date limite fixée par le président Donald Trump pour l’application des droits de douane.
Une nouvelle série de droits de douane de 50 % sur toute une gamme de produits canadiens doit entrer en vigueur le 19 août. Contrairement à la plupart des autres droits de douane imposés par Donald Trump, ceux-ci ne prévoiraient aucune exemption pour les produits conformes à l’Accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).
Le système de gestion de l’offre qui protège le secteur laitier canadien a été cité par les États-Unis comme un point de friction majeur dans les négociations commerciales, et Donald Trump s’est plaint à plusieurs reprises du niveau d’accès des producteurs laitiers américains au marché canadien.
Les Producteurs Laitiers du Canada affirment qu’ils exhortent le gouvernement fédéral à ne plus faire de concessions sur les produits laitiers ou la gestion de l’offre lors des négociations avec les États-Unis.
«Notre souveraineté alimentaire n’est pas à vendre ; un mauvais accord n’en vaut pas le coût», a indiqué l’organisation dans une déclaration adressée à La Presse Canadienne.
«Le Canada a déjà fait plusieurs concessions ces derniers mois pour faire avancer les discussions de révision de l’ACEUM avec les États-Unis — pour se heurter à chaque fois à de nouvelles exigences. Il est difficile de voir en quoi de nouvelles concessions pourraient aboutir à un résultat différent.»
Le premier ministre Mark Carney a expliqué jeudi que son gouvernement restait «fidèle» au système de gestion de l’offre.
Une source informée des négociations en cours, mais non autorisée à s’exprimer publiquement à ce sujet, a indiqué qu’Ottawa avait dit aux provinces de ne pas s’attendre à des changements majeurs au régime de gestion de l’offre.
Le Canada pourrait élargir l’accès au marché américain selon les modalités actuelles, a précisé la source.
Les États-Unis réclament depuis longtemps un accès direct pour leur secteur laitier aux grandes chaînes de distribution canadiennes, comme Walmart ou Loblaw, à l’instar de l’accord commercial de l’Union européenne qui permet aux fromageries d’accéder, de façon limitée, à certains grands marchés canadiens.
Selon cette source, il est peu probable que le Canada accorde cet accès direct, car l’ampleur des importations américaines pourrait saturer le système de gestion de l’offre et enfreindre le projet de loi C-202, qui limite la portée des négociations commerciales et leur capacité à modifier ce système.
Parmi les autres points de friction soulevés par les États-Unis, où les négociateurs américains font pression pour obtenir des concessions, figurent les interdictions provinciales de vente d’alcool américain, la politique d’approvisionnement «Achetez canadien» du gouvernement fédéral et les quotas imposés à certains véhicules américains.
La source a indiqué que les provinces qui maintiennent des restrictions sur la vente d’alcool devraient les conserver, tandis qu’Ottawa leur a suggéré de ne pas renoncer à ce levier de négociation tant que le Canada n’aura pas obtenu d’avantages significatifs.
Un document annuel publié en mars par le Bureau du représentant américain au commerce indique que les barrières à l’accès au marché imposées par les régies provinciales des alcools «entravent considérablement» les exportations de vin, de bière et de spiritueux américains vers le Canada.
Plusieurs provinces canadiennes ont retiré les boissons alcoolisées américaines de leurs rayons l’an dernier après l’imposition de droits de douane par Donald Trump. Le document précise que les États-Unis souhaitent que leurs produits alcoolisés soient de nouveau disponibles «immédiatement et définitivement» sur tous les marchés.
Pas de retour prévu de l’alcool américain
Le cabinet du ministre des Finances du Québec a indiqué vendredi, dans un communiqué, que les produits américains resteraient hors des rayons des succursales de la SAQ jusqu’à ce qu’une entente jugée équitable par le Québec soit négociée.
«La vente d’alcool relève exclusivement du gouvernement du Québec, a indiqué le bureau du ministre Eric Girard. C’est le Québec, et seul le Québec, qui prendra une décision.»
Le Canada fait pression pour obtenir des mesures de soutien pour les secteurs les plus touchés, notamment l’acier, l’automobile et la foresterie.
Le ministre canadien du Commerce, Dominic LeBlanc, quitte Washington vendredi après avoir rencontré des groupes industriels et plusieurs sénateurs. Il devrait y revenir lundi.
Janice Charette, négociatrice commerciale en chef du Canada, demeure à Washington pour la fin de semaine.
L’attaché de presse du ministre LeBlanc, Gabriel Brunet, a déclaré que, compte tenu de la poursuite des discussions commerciales détaillées entre les deux pays, le gouvernement «ne fera aucun commentaire sur les détails».
La directrice générale de la Chambre de commerce du Canada (CTC), Candace Laing, a expliqué que si les échéances sont source d’anxiété, elles produisent aussi très souvent des résultats.
«Je ressens une dynamique nouvelle, et nous avons besoin de cette dynamique pour sortir les entreprises de l’incertitude», a-t-elle dit.
Gabriel Brunet, porte-parole du ministre LeBlanc, a indiqué que, compte tenu de la poursuite des négociations commerciales détaillées entre les deux pays, le gouvernement «ne fera aucun commentaire sur les détails».
«L’objectif du Canada demeure la conclusion d’une entente globale qui règle les tarifs sectoriels et qui profite aux travailleurs, aux agriculteurs et aux entreprises canadiens», a-t-il affirmé.
Siobhán Vipond, vice-présidente exécutive du Congrès du travail du Canada, a dit que le Canada était confronté à un «tyran» et qu’il ne pouvait se permettre de faire des concessions ni de baisser ses normes.
Mme Vipond a ajouté que le gouvernement devait se concentrer sur la protection des emplois et des ressources naturelles.
«Il vaut mieux ne pas conclure d’entente que de faire trop de concessions», a-t-elle dit.
L’ACEUM a été négocié sous la première administration Trump pour remplacer l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).
Début juillet, l’administration Trump a annoncé qu’elle ne prolongerait pas l’ACEUM. Cela a entraîné des examens annuels continus pouvant durer jusqu’à dix ans, après quoi l’ACEUM expirerait à moins que les trois pays n’acceptent une prolongation.

